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dimanche 24 avril 2011

BASSAR AL-ASSAD MASSACRE EN SILENCE LES SYRIENS



BASSAR AL-ASSAD MASSACRE EN SILENCE LES SYRIENS

Par Jacques BENILLOUCHE


            La politique ne supporte pas la morale puisque les massacres persistent en Syrie sans qu’aucune action ne soit entreprise par l’occident pour venir au secours de populations soumises à une dictature implacable. Ce fut déjà le cas lors des émeutes en Iran durant lesquels l’occident a tourné la tête pour ne pas se voir impliqué. Bassar Al-Assad est pourtant l'un des adversaires les plus implacables des États-Unis. Il agit en tant que proche allié de l'Iran tout en fournissant des armes iraniennes au Hezbollah au Liban, et au Hamas de la bande de Gaza. Depuis 2003, le régime syrien a aidé des milliers de djihadistes à se répandre à travers le monde arabe et même en Irak où ils ont attaqué les soldats américains. Il a déstabilisé le gouvernement pro-occidental du Liban voisin en parrainant une série d'assassinats. Et pourtant, ces massacres exécutés contre le peuple syrien, à grande échelle, n’ont provoqué aucune réponse ferme des démocraties occidentales comme cela a été le cas en Libye.

Des dizaines de morts

            Les observateurs politiques estiment que le président syrien n’a pas su s’opposer à la contestation de son régime autocratique. Il avait le choix entre faire des concessions qui auraient été interprétées comme une preuve de faiblesse ou engager la répression avec le risque de radicaliser encore plus son opposition. Il a choisi la répression sanglante sous le regard indulgent du reste du monde.
            Les villes de Damas, Daraa, Hama et Izraa sont à feu et à sang et l’on y compte déjà plus de 100 morts et des blessés par centaines. À Deraa, plusieurs milliers d’émeutiers se sont rassemblés à la sortie des mosquées en exigeant l' « annulation de l'article 8 » de la Constitution, qui consacre l'hégémonie du parti Baas. Israël n’a pas été oublié des manifestants puisqu’à Zabadani, à 50 km au nord-ouest de Damas, ils ont crié : « Ni le Hezbollah ni l'Iran, c'est nous qui allons libérer le Golan ».
L’armée tire à vue à balles réelles et ne respecte pas la trêve des funérailles puisque  quinze autres victimes ont été dénombrées durant leur déroulement. Certains blessés sont contraints à la mort parce que l’armée bloque les ambulances pour masquer le nombre de morts et de blessés. Le Comité syrien de défense des droits de l’homme a précisé que   « les forces de sécurité syriennes ont commis des massacres dans plusieurs villes et régions aujourd'hui en Syrie, faisant jusqu'à présent 72 morts et une centaine de blessés ». Débordé, le président Assad a fait appel à son allié, l’Iran, pour l’aider dans sa répression de ses citoyens. D’ailleurs, le pouvoir commence à se fissurer car, au risque de leurs vies, deux députés Nasser Al-Hariri de Daraa et Khalil Al-Rifai ont démissionné de leurs mandats pour s’élever contre les massacres. Le régime n’est pas de nature à pardonner ce genre d’écart.

Frontières israéliennes dégarnies

            Les seules réactions à ces massacres sont des paroles diplomatiques sans lendemain. Le président Obama a condamné « l’utilisation scandaleuse de la violence » tandis qu’Alain Juppé a menacé Bassar El-Assad de le déférer devant le Tribunal Pénal International. Aucun des deux dirigeants n’a cependant réclamé le départ du président syrien. À Londres, le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a qualifié d' « inacceptable » le fait que des manifestants aient été tués par balles en Syrie et a demandé que « la levée de l'état d'urgence soit vraiment appliquée ».
            Les services de renseignements israéliens révèlent que de nombreuses troupes quittent la frontière israélo-syrienne pour faire mouvement vers les villes afin de remplacer celles dont les officiers, ayant refusé de tirer sur la foule, ont dû être exécutés en secret. Le président Assad semble exploiter ses dernières cartouches car les manifestants, bien armés, s’opposent à ses forces de sécurité en leur interdisant l’accès à certaines régions. La nécessité d’une augmentation d’une puissance de feu pour les contrer justifie ce nouveau déploiement de forces.   
Le président Assad compte, pour sa survie politique, sur sa onzième division alors que jusqu’alors  il l’avait gardée en retrait pour lui préférer les hommes de ses services de sécurité très fiables, la Garde républicaine et la 4ème division commandée par son jeune frère, le général Assad Maher . Il s’inquiète en effet de voir les émeutes s’étendre à Damas après avoir constaté des violences dans plus de seize villes principales et dans trois villes kurdes.
Les chefs de l’armée ont pris des mesures de réorganisation pour contrecarrer l’avance des émeutiers. Ils ont décidé de diviser le pays en trois régions militaires en faisant appel aux  troupes frontalières qui ont pris position dans les villes : Damas et sa banlieue, le centre du pays avec Alep, Homs et Hama et enfin le sud et le djebel druze. La révolte s’étend au sein même de l’armée et en particulier au sein de la 7ème division blindée basée dans la ville stratégique de Katana.
Mais le régime syrien a décidé de prendre de gros risques en déployant une armée de 220.000 hommes composée à 75% de musulmans sunnites, de kurdes et de druzes, qui ont souvent été les victimes de répression de la part du régime alaouite syrien. Devant l’étendue des massacres, les militaires deviennent en effet solidaires des émeutiers tandis que l’éclatement de l’armée risque de se produire avec des défections de plus en plus nombreuses, signalées dans tous les corps d’armée.
Bassar Al-Assad dispose encore, autour de lui, d’un carré d’irréductibles et surtout des troupes du Hezbollah qui pourraient intervenir en masse, sur simple ordre de l’Iran, pour sauver le régime. Quelques éléments étaient déjà intervenus pour réprimer les premières  contestations mais il aurait besoin de plusieurs centaines de combattants en provenance du Liban. Cependant, la contrepartie politique à une intervention du Hezbollah risquerait d’être élevée et il est peu probable que les israéliens observent avec passivité cet éventuel pacte militaire actif. 

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