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samedi 30 avril 2011

AVIS DE TEMPETE EN ISRAEL




HAMAS-FATAH : AVIS DE TEMPETE EN ISRAEL

Par Jacques BENILLOUCHE

Abbas, Mechaal et Haniyeh
                 
               Les révolutions arabes auront eu au moins l’avantage de dénouer le conflit inter-palestinien.  La chute probable du président syrien ou, au moins, un changement de gouvernance a convaincu les deux parties palestiniennes à trouver un terrain d’entente. La faiblesse de la Syrie induit celle de son allié, l’Iran qui risque de souffrir d’une perte d’influence au Proche-Orient. Les syriens ne semblent plus en état de dicter leurs conditions au Hamas qu’ils financent, hébergent et réarment car ils sont plutôt occupés à défendre leur régime chancelant. Selon l’agence égyptienne Mena : «  Les délégations sont parvenues à un accord complet après des discussions sur tous les points, dont la formation d'un gouvernement de transition et le choix d'une date pour les élections ». Cet accord a été négocié de longue date mais il reviendra à l’ancien président Moubarak et à son adjoint le général Souleimane d’en recueillir les lauriers, tardivement certes, tant ils se sont obstinés à « inventer » une base de réconciliation entre Fatah et Hamas. Ils ont prouvé qu’il n’y avait aucune raison de désespérer des palestiniens qui devront leur donner acte de leur ténacité au moment où les anciens dirigeants égyptiens sont dans la tourmente.

Légitimité pour Mahmoud Abbas

                La question ouverte concerne l’usage ultérieur qui sera fait de cet accord. Les palestiniens auront le choix d’une réconciliation sur le dos d’Israël menant à la persistance du conflit, avec son lot d’attentats, de morts et de représailles. Ils pourraient en revanche accroitre, auprès de l’opinion internationale et du peuple palestinien, la crédibilité de Mahmoud Abbas qui obtiendrait une légitimité pour apposer sa signature au bas d’un accord durable avec les israéliens, sans risquer sa vie ou être qualifié de traitre.  
Le Hamas avait beaucoup hésité à signer puisque ses délégués n’avaient pas accepté, lors de leur réunion du 26 mars en Cisjordanie, de parapher un texte de réunification malgré la pression de l’Egypte et les bons offices de la Turquie, nouvel arbitre de la région. Mais les révolutions dans les pays arabes l’ont obligé à anticiper les changements encore incertains dans la plupart des dictatures arabes. Khaled Mechaal , le représentant basé à Damas, a senti le vent tourner et il a donné son feu vert.
Cet accord est reçu comme un coup de tonnerre par les dirigeants israéliens qui ne s’attendaient pas à une si rapide conclusion. En effet des négociations secrètes s’étaient tenues en Turquie sous l’égide américaine avec l’arbitrage du premier ministre Erdogan mais elles trainaient en longueur dans un va-et-vient permanent entre les protagonistes. Les révoltes arabes avaient mis aux oubliettes des négociations de réunification. Mais l’entêtement du nouveau ministre des affaires étrangères égyptien Nabil El-Araby et de Mahmoud Abbas a fini par payer et la signature de l’accord a pris de surprise Benjamin Netanyahou. Il ne voit pas d’un bon œil l’émergence du Hamas dans la scène internationale : « Le Hamas aspire à détruire l'Etat d'Israël et est tout à fait ouvert à ce sujet. Hamas tire des roquettes sur les villes israéliennes et nos enfants ». Bien que le langage ne semble pas avoir changé, les israéliens devront intégrer la nouvelle donne.

Concessions palestiniennes

La signature rapide de l’accord a nécessité de sérieuses concessions de la part de Mahmoud Abbas qui a été contraint de rogner sur sa position dominante et celle du Fatah en Cisjordanie. Il a accepté de créer un Conseil suprême ayant autorité sur tous les problèmes de sécurité en le plaçant au dessus du comité israélo-palestinien agissant sous la coordination américaine. Tous les membres du Hamas emprisonnés en Cisjordanie seraient libérés en incluant les terroristes impliqués dans des actions sanglantes contre Israël.
Mahmoud Abbas avait pour objectif de se présenter à l’Assemblée Générale de l’Onu, en septembre, en position de force pour exiger la reconnaissance d’un Etat palestinien. Quant à Khaled Mechaal, il envisage un nouveau point de chute si Bassar El-Assad tombait. Cet accord, résultat d’une diplomatie secrète initiée par les Etats-Unis, tend à réactiver l’alliance israélo-turque. Les américains ont obtenu de la Turquie qu’elle reporte son nouveau projet de nouvelle flottille de Gaza. Par ailleurs, le commentaire d’Abu Marzouk , un officiel du Hamas, sur un nouveau canal de médiation pour la libération du soldat Guilad Shalit est un signal envoyé par Ankara stipulant que la Turquie reste encore utile pour aider Israël.  
Les israéliens devront revoir leur stratégie fondée sur la dissension entre Fatah et Hamas qui, réunis à nouveau, vont être amenés à innover en ce qui concerne leurs relations avec leurs voisins. Une tempête politique risque de faire bouger les lignes en Israël et faire exploser les partis actuels. Le parti travailliste atone et décomposé a perdu son âme et, le parti centriste Kadima terne et passif ne fait preuve d’aucune initiative pour contrer le gouvernement, laissant à Benjamin Netanyahou un boulevard devant lui. Jusqu’alors, il était assuré de disposer d’une majorité de droite pour maintenir une position intransigeante ou une politique de stagnation facilitée par l’inertie des dirigeants palestiniens.
Par la force de leur réunification, les palestiniens disposent d’une occasion pour mettre au pied du mur un gouvernement israélien qui surfe sur un électorat devenu de plus en plus à droite parce qu’il n’a plus d’espérance. L’unité palestinienne retrouvée pourrait permettre une définition claire et précise de propositions palestiniennes originales, présentées officiellement avec la reconnaissance « de jure » de l’Etat d’Israël, incluant impérativement des concessions notables sur quelques questions fondamentales. Le droit au retour des réfugiés, la rectification des frontières de 1967 et la question des habitants des implantations devraient faire l’objet d’un consensus palestinien  douloureux qui entrainera inévitablement l’éclatement de l’opinion israélienne et de nouvelles élections avec des choix difficiles pour l’électorat.

Réactions passionnées

Les deux adversaires, Mahmoud Abbas et Benjamin Netanyahou, attendaient peut-être ce coup de pouce de l’extérieur pour justifier une nouvelle politique parce qu’aucun des deux n’avait le courage de sauter le pas. Le clivage gauche-droite avait disparu en Israël sous les coups de boutoir des craintes sécuritaires et il se reformulera quand il s’agira à nouveau de s’exprimer sur l’avenir des 300.000 pionniers des implantations parmi une population totale de 7 millions d’habitants en Israël. Le risque est grand de voir un déchainement de réactions passionnées. Mais les israéliens restent sceptiques sur l’avenir de cet accord car trois pactes de réconciliation ont déjà été signés dans le passé sans résultat. Il appartient donc à Mahmoud Abbas de les démentir.
Mais la nouvelle donne est du ressort de la population palestinienne, au moins celle de Cisjordanie, lasse de la guerre et de ses destructions stériles. Selon les documents WikiLeaks, les palestiniens étaient prêts, lors des pourparlers secrets intervenus entre 1999 et 2010,  à une approche plus pragmatique des problèmes cruciaux : le statut de Jérusalem avec renoncement à des quartiers entiers de Jérusalem-Est, le tracé des frontières avec des corrections notables, la question des réfugiés avec l’abandon du droit de retour. La contre-proposition israélienne avait aussi de quoi surprendre par son avancée parce que l’Etat d’Israël était devenu confiant en raison de l'étroite coopération entre les services de sécurité de l'Autorité palestinienne et d’Israël.

Concessions mutuelles

Si les palestiniens assimilent ces concessions comme une braderie de leur cause alors il n’y aura aucune avancée. Ils doivent intégrer l’idée que l’opinion palestinienne est prête à la paix parce qu’elle l’a démontré. La divulgation des éventuelles concessions avait amené le Hamas à exiger des manifestations de la population qui ne l’a pas suivi et qui, au contraire, a appuyé Mahmoud Abbas par des manifestations de soutien . La Cisjordanie a évolué face à son expérience de ni-guerre ni-paix bénéfique, surtout au contact des arabes israéliens qui envahissent ses centres commerciaux et ses villes. Ils ont goûté au luxe et aux plaisirs de la vie et leur réalisme a contaminé Mahmoud Abbas. Il pourrait alors mettre au pied du mur le premier ministre Benjamin Netanyahou, présenté dans une nouvelle biographie sous un aspect inédit : « il est indécis, hésite, une ligne de conduite qui caractérise son caractère encore aujourd’hui…ses jongleries et ses multiples bévues dans la gestion des affaires ont dévoilé un manque de maturité politique et une absence de leadership... il est excellent comme second mais incapable de naviguer seul, être commandant de bord ».
De leur côté, certains dirigeants israéliens acceptent dorénavant l’idée d’un partage de Jérusalem sous réserve que la vieille ville reste sous souveraineté israélienne. Les raisons sécuritaires liées à l’étroitesse du pays leur imposent de garder uniquement trois groupes de grandes implantations : Ariel, Maale Adoumim et Goush Etsion. Ces villes ne seront jamais évacuées car elles ont été conçues pour la défense du pays : la première contre une attaque dans sa partie centrale la plus étroite, la seconde pour la protection de Jérusalem et la troisième pour la défense du flanc central sud. Des compensations de territoires peuvent être envisagées ainsi que la cession de villes arabes israéliennes, Oum-El-Fahm ou Taybé, sous réserve d’acception par ses habitants rétifs à vivre sous gouvernance palestinienne.
L’avenir reste dans la volonté du Hamas de jouer, comme le Fatah, le jeu de la démocratie pour être considéré comme un interlocuteur fiable capable d’imposer à son peuple une décision acceptée et signée. La chute des dictatures arabes pourrait lui donner l’occasion d’être inséré dans le concert des organisations sérieuses non terroristes. Mais par nature, il restera attaché à ses convictions et à ses dogmes et donc, il est peu probable qu'il prendra le bon tournant politique. Cependant nous avons eu ces derniers temps de telles surprises dans le monde que plus rien ne nous surprendra.

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