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mercredi 23 mars 2011

REVOLUTIONS ARABES : LE REVEIL SYRIEN



REVOLUTIONS ARABES : LE REVEIL SYRIEN

Par Jacques BENILLOUCHE
L'armée syrienne en opération

            Les regards israéliens sont tournés vers la Syrie qui connait, comme d’autres pays arabes, des turbulences et des émeutes. Alors que la Libye intéresse peu les israéliens en raison de l’éloignement de ses frontières et des faibles risques militaires, le cas de la Syrie reste préoccupant. Aucune similitude n’est à retenir entre la révolution tunisienne ou égyptienne, qui toutes deux ont vu l’armée refuser de prendre position, et celle de Libye où le régime s’appuie sur la 32ème brigade commandée par le fils Khamis Kadhafi. Ces 10.000 militaires fidèles et fortement armés sont prêts à en découdre car leur avenir en dehors du clan Kadhafi est incertain.
La Syrie en revanche se distingue des autres pays. Sa population vit depuis 1963 sous le régime de l’état d’urgence à la suite du coup d’Etat du 8 mars 1963 fomenté par le général Amin Al-Hafez. L’armée y est au pouvoir et omnipuissante. Les informations qui nous parviennent sont sommaires puisque la presse occidentale est peu présente à Damas. Cela explique pourquoi les occidentaux ont du mal à évaluer la réalité de la révolution populaire mais ils sont prêts à soutenir tout élan tendant à l’émergence de la démocratie à condition que la volonté vienne de l’intérieur.

Troubles confirmés

            Le régime syrien n’innove pas pour contrer la propagation de la contestation. Il utilise les mêmes méthodes que tous les régimes dictatoriaux. Bassar El Assad a envoyé son frère cadet Maher Assad, à la tête de la 4ème division blindée, pour réprimer le 21 mars le soulèvement populaire. Il avait déjà ordonné à des forces parachutistes de la garde présidentielle d’organiser le 18 mars deux opérations héliportées à Daraa et à Deir Ezzor en y faisant au moins 54 morts. La télévision Al Arabiya a confirmé que les manifestations se sont étendues à Damas, Alep, Homs et Baniyas et qu’elles ont été l’objet d’une répression sévère. Les émeutiers ont rempli le rôle des journalistes en captant les images des émeutes avec leurs téléphones portables pour les diffuser sur le Net.
            La préoccupation d’Israël reste l’extension d’une guerre civile à ses portes car la révolution risque d’être incontrôlable lorsque plusieurs parties interviennent dans ce conflit. L’opposition syrienne a fait appel aux mouvements kurdes pour l’aider matériellement dans la contestation. Les Kurdes, la plus importante minorité, représentent environ 10 % de la population sans pour autant bénéficier d’une reconnaissance de leur identité spécifique. Ils menacent la cohésion nationale, selon le pouvoir, justifiant ainsi pourquoi leur grande majorité reste persécutée et pourquoi la nationalité syrienne leur est refusée. Cette communauté, prise dans l’étau turco-syrien, cherche à profiter des révolutions dans les pays arabes pour revendiquer ses propres droits. Le rapprochement entre la Turquie et la Syrie avait convaincu les israéliens de s’engager auprès des kurdes dans le cadre d’une coopération militaire de plus en plus étroite avec Tsahal. Cependant, les israéliens ne veulent surtout pas être partie prenante dans un conflit interne en Syrie qui risque de dégénérer par une répression contre leurs protégés.

La main de l’Iran

            Une éventuelle révolution syrienne risquerait d’avoir des conséquences inattendues pour Israël. L’Iran pourrait se donner le droit d’intervenir pour sauvegarder ses intérêts quitte à fomenter, comme au Liban, une guerre civile. Bassar El Assad est redevable vis-à-vis de l’Iran car il reçoit des armes en quantité importante et bénéficie de son soutien dans sa politique de mainmise sur le Liban par Hezbollah interposé. L’Iran lui a par ailleurs promis la modernisation du port de Lattaquié pour le transformer en base maritime iranienne en Méditerranée et en port de stockage d’armements contrôlé par les Gardiens de la Révolution. Les travaux ont déjà commencé et la dissémination d’armes à destination du Hamas avait été tentée par le navire Victoria qui devait décharger du matériel sophistiqué, embarqué en Syrie,  au port égyptien d’El-Arish mais qui a été arraisonné par la marine israélienne.
            Le président Bassar el Assad a donc demandé l’aide des iraniens pour obtenir que les troupes armées du Hezbollah, qui ne reçoivent d’ordres que d’Ahmadinejad, interviennent pour mater la rébellion. Des milliers de miliciens ont traversé la frontière pour participer à la répression contre les révoltés de Damas au point d’inquiéter l’opposant syrien en exil Maamoun Al-Homsi qui a demandé au Hezbollah de retirer ses hommes.
            La situation est donc plus complexe en Syrie qu’au Maghreb et en Egypte. Le soulèvement populaire couplé avec l’activisme kurde et l’intervention du Hezbollah risque d’envenimer une situation déjà tendue. Mais la peur a changé de camp puisque le régime syrien, actuellement aux abois, pourrait prôner l’anarchie ou la guerre civile pour favoriser une intervention extérieure qu’Israël jugerait plus dommageable que la situation actuelle de tension sans guerre.
            Un signe démontre la profondeur de la contestation. Les femmes sont entrées en opposition frontale et celles qui ont des proches enfermés  ont trouvé l’occasion de rappeler au bon souvenir des occidentaux que certains opposants politiques croupissent dans les prisons syriennes. Ainsi, Rouba Laouani et ses amies militantes défendent l’opposant Kamal Labouani condamné à 12 ans de prison.

Haines et craintes

            Israël est déçu de la réaction de la Ligue Arabe qui, à l’unanimité, a condamné les frappes contre la Libye alors qu’elle aurait dû applaudir l’avènement de la démocratie parmi les siens. Malgré les exactions commises contre le peuple libyen, elle a qualifié cette intervention occidentale de colonialiste. Aucun précédent positif d’ingérence dans les affaires internes d’un pays arabe ne peut donc être invoqué pour la Syrie.
Les occidentaux feraient preuve, selon Israël, d’indulgence vis-à-vis d’un Iran conquérant. La déception est grande de voir que les Etats-Unis se bornent à « vigoureusement condamner les violences qui ont eu lieu en Syrie et à appeler le gouvernement syrien à autoriser que les manifestations se déroulent pacifiquement. » Israël regrette que l'administration Obama ne soit pas allée au-delà d’une condamnation verbale de la répression brutale de la dissidence. Il sait toutefois que les situations se retournent toujours contre lui et que les tensions internes se dissipent dès qu’il est qualifié d’ennemi agissant de l’extérieur. Quelque soient la justification de ses actions et la volonté réelle des populations à s’affranchir de leurs dictateurs, il ne réussit qu’à fédérer toutes les haines et toutes les craintes à son égard.
Les dirigeants israéliens se sont refusés à communiquer sur les révolutions arabes car ils estiment que « le monde s’est arrêté de se taire » et que les occidentaux ont enfin compris que la communauté internationale ne garderait plus le silence lorsqu’un « tyran massacre ses compatriotes ». Alors, l’Etat juif laisse aux autres le soin de donner des leçons et de se comporter en gendarme de la région. Faisant face à de nouveaux défis sécuritaires, il cherche dorénavant à circonscrire les dangers qui le guettent à ses frontières immédiates.
Israël sait qu’il est à l’origine d’alliances insolites puisque la Syrie, championne du nationalisme arabe laïc, se trouve liée à un Iran arborant la bannière de l’islam révolutionnaire tandis que les sunnites du président Bassar Al-Assad, dont le père a assassiné des milliers d’islamistes, flirtent avec les chiites d’Ahmadinejad. Alors, face à ces conceptions volatiles, il surveille de près la situation en Syrie car il craint que le chaos ne déborde les frontières et que l’Iran n’intervienne en sauveur de la légitimité du régime syrien. Il soupçonne les iraniens d’entretenir les émeutes pour saper le processus de paix qui risque d’isoler le régime des mollahs. Une victoire des émeutiers pourrait alors être confisquée par un Hezbollah mandataire et partenaire à la fois avec Téhéran et Damas.
Les américains n’ayant plus d’influence face à Bassar El-Assad, la Syrie et ses alliés du Hezbollah et du Hamas restent dans l’œil de mire des dirigeants israéliens qui ne croient pas à l’émergence d’Etats démocratiques tant que la religion n’est pas mise à l’écart de la politique des pays arabes. Selon eux, un changement positif en Syrie est fortement improbable.

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