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dimanche 9 janvier 2011

ISRAËL : RACISME OU OSTRACISME




ISRAËL : RACISME OU OSTRACISME

Par Jacques BENILLOUCHE


Le problème devient récurrent en Israël. Les religieux pensent avoir des avis sur tout ce qui touche à la société, et aux affaires politiques en particulier, et estiment qu’ils sont seuls détenteurs de la vérité. En quittant leur synagogue pour se plonger dans la bataille politique, ils n’ont pas compris  qu’ils ne se rehaussaient pas en perdant l’aura qui entoure d’ordinaire les hommes de religion. La politique a ses vertus mais aussi ses travers faits de coups tordus et de renoncement à mille lieues de la pureté exigée pour les adeptes du Livre.

Place du phénomène religieux

Les hommes politiques israéliens éludent volontairement le problème sensible de la place du phénomène religieux dans la société car il ravive des conflits qui déstabilisent le pays et exacerbent les relations avec le judaïsme mondial. La religion est, pour certains, un ensemble de superstitions dont seuls les humains dépourvus de raison ont besoin. Les philosophes jugent que l’émancipation de l’homme se conjugue avec la disparition pure et simple de la religion. Mais pour la majorité des religieux, l’État d’Israël jouerait sa cohésion et son existence s’il devait permettre un moindre recul de la religion. Alors, ils réussissent à créer le doute auprès des laïcs qui s’interrogent sur la nécessité de la religion pour vitaliser la démocratie.
 Les orthodoxes exigent de l’autorité pour imposer un rôle primordial à la religion dans la vie politique parce que le judaïsme, considéré trop assimilé à leurs yeux, risque une disparition prématurée. En fait ils feignent d’ignorer que, malgré l’Histoire tragique de la Shoa, il renait depuis une vingtaine d’année.
Les laïcs dénient tout rôle social à la religion qui ne doit avoir, selon eux, aucune légitimité publique reconnue par un État, se situant au dessus de la pluralité religieuse, qui  garantit la liberté égale de toutes les religions, sans aucune transcendance de l’une d’entre elle. Ils ne tiennent pas à mêler l’idée de Dieu à l’évolution de la société des hommes. Mais la vitalité retrouvée de la religion juive tend à s’interpréter comme une faiblesse du pouvoir politique.
Les religieux israéliens ont justifié le déclin des autres grandes religions monothéistes par la fin du monopole religieux exercé dans les sociétés occidentales. Ils ont alors décidé de combattre cette évolution négative en s’insérant dans tous les rouages politiques de l’État d’Israël. Ils portent dorénavant sur la scène publique, dans une sorte de recours à la médiation populaire, des décisions qu’ils contestent en exploitant la démocratie d’opinion face à la démocratie parlementaire. La religion se donne toutes les libertés pour se faire entendre dans l’espace public et pour manipuler ses relais à la Knesset en qualifiant d’antireligieux tous ceux qui veulent se passer de l’instance religieuse dans leur vie civile.

Prises de position contestables

 Les prises de position contestables et répétées du parti Shass indisposent l’opinion politique parce qu’elles émanent  souvent de personnalités dont la clairvoyance est sujette à caution. La nouvelle vague religieuse, constituée en majorité de jeunes idéalistes convaincus, le doigt sur la couture du pantalon, se plie aux décisions d’un Conseil des Sages dirigé par des leaders d’un autre âge. Cette démocratie consistant à confier son avenir aux anciens, tranche avec la jeunesse de ceux qui rejoignent le monde religieux après s’en être écarté. Une sorte de mai 1968 à l’envers. De nouveaux inquisiteurs naissent, des Torquemada, séniles et intransigeants,  chefs d’un monde qu’ils veulent volontairement anachronique pour paralyser le libre arbitre des militants. Certains cadres se rebiffent, tel le député-rabbin  Amsallem qui a vu le couperet tomber sur sa tête en raison de sa rébellion.    
 Cinquante rabbins d'Israël, fonctionnaires de l’État, ont dénoncé la vente ou la location de maisons ou de terrains à des non-juifs, menaçant de frapper d'ostracisme les juifs qui contreviendraient à cette injonction. Ils interprètent à leur manière, de façon douteuse, les textes sacrés : «  La Torah interdit de vendre à un étranger une maison ou un champ de la Terre d'Israël ». Les signataires de cet appel sont certes connus pour leur extrémisme mais les réactions du Landerneau politique déçoivent tant elles sont timorées par souci de préserver une coalition gouvernementale fragile. Les arabes, titulaires d’une carte d’identité israélienne, sont considérés par la Loi comme des citoyens à part entière, totalement intégrés dans la société israélienne. Nombreux parmi eux exigent de faire leur service militaire dont ils sont pourtant dispensés parce qu’ils tiennent à être reconnaissants vis-à-vis d’un pays qui les accueille.
 L’appel de leaders religieux à fustiger une partie de la population israélienne dénote une absence de culture politique et une preuve que tous les intégrismes se ressemblent par leur côté excessif et leur absence de démocratie. Ils jouent sur la seule croyance pour s’abstenir de tenir compte de l’opinion internationale en acceptant de vivre dans leur monde sclérosé.

Stigmatisation des arabes

Cet ostracisme consistant à écarter ceux qui ne partagent pas la même religion est antidémocratique et doit inquiéter les partisans de bonnes relations avec la communauté arabe et, par delà, la communauté internationale. En exploitant l’amalgame entre les citoyens arabes israéliens et les habitants des territoires de Cisjordanie, entre citoyens pacifiques et terroristes, ils agitent le spectre du danger de l’étranger. Les uns sont à respecter, les autres à combattre sans pitié. Ils cherchent à  instituer la discrimination comme politique d’État pour créer une fracture dans la société civile avec toutes les conséquences désastreuses à la fois sur le plan économique, mais surtout sécuritaire. Israël a besoin de ses minorités pour attester de son ouverture au monde moderne.
Tsipi Livni, arrivée en tête des dernières élections avec son parti Kadima, a déjà eu à pâtir des méthodes du parti Shass puisqu’elle n’a pas été désignée pour constituer un gouvernement. Les religieux avaient monnayé leur soutien au plus offrant pour financer leurs écoles talmudiques. Grace à une proportionnelle intégrale qui parsème les voix, les partis religieux usent et abusent de leur statut de partis charnières, sans se soucier de l’intérêt général du pays qui réclame un gouvernement d’union nationale viable, capable de prendre des décisions définitives.
Leurs exigences  surestimées ne cadrent pas avec leur poids politique réel. Seize députés sur 120 dictent leur loi avec des revendications qui n’ont rien de politiques mais uniquement sectorielles pour ne pas dire religieuses. Leur culture politique s’arrête à l’octroi de fonds qui leur permettent de mettre sous leur coupe des populations défavorisées prises en charge en échange de leur vote. Ils ne répugnent pas à favoriser l’émergence de jeunes oisifs, certains diront  parasites, étudiant les textes sacrés à longueur de journée, loin de la réalité du pays, loin du modernisme et dans un anachronisme inquiétant. Ces pseudos étudiants en profitent souvent pour échapper au service militaire national. Le député Amsallem s’est courageusement élevé contre une situation qui allait à l’encontre de ses convictions et des intérêts du pays. Il a été sanctionné et il perdra  certainement son poste à la Knesset.
Les israéliens, de nature profondément laïque, commencent à s’inquiéter de la part envahissante prise par la religion dans les instances dirigeantes. La Cour suprême israélienne, qui n’est pas suspecte de parti pris, abonde dans le sens des religieux puisqu’elle a autorisé, à la demande des orthodoxes, la séparation des femmes et des hommes dans les autobus. Mais parfois elle s’élève contre les excès puisque le sectarisme, sinon le racisme, de certains orthodoxes a déjà été mis en évidence par leur refus d’accueillir dans leur école des filles d'origine séfarade. Ils avaient annoncé qu'ils préféraient être incarcérés plutôt que de respecter un arrêt de la Cour suprême qui leur imposait de ne pas faire de ségrégation.
La population se montre à présent excédée par l’incompétence des ministres Shass qui placent l’intérêt religieux au dessus de l’intérêt général. Leur chef, Eli Ishaï a été littéralement expulsé, sous l’œil des caméras, d’une salle où il venait s’expliquer sur la conduite du combat contre le feu au Carmel qui a fait 44 morts. Il lui était reproché d’avoir dilapidé le budget des équipements pour les pompiers au profit de subventions religieuses. Il semble bien qu’il y ait à présent un réveil civique face à l’indulgence qui était de mise à l’égard des représentants du Livre. Le poids des religieux mine la situation politique en Israël et la fige dans un immobilisme inquiétant. Ils récupèreraient leur prestige s’ils reprenaient le chemin de leurs synagogues.

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