ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

samedi 20 novembre 2010

MOHAMED DAHLAN ET LA REUNIFICATION PALESTINIENNE


MOHAMED DAHLAN ET LA REUNIFICATION PALESTINIENNE



Par Jacques BENILLOUCHE




Dahlan avec Mahmoud Abbas et Ismael Haniyé

Dahlan avec Ehoud Olmert et Chaoul Mofaz

Alors que les négociations de paix avec les palestiniens piétinent et qu’il se confirme que le plan de paix de Barack Obama se met progressivement et secrètement en place malgré l’opposition du parti du premier ministre israélien, la coopération arabo-israélienne s’affirme ouvertement de jour en jour. A la demande des américains, les différents services de sécurité s’organisent pour contrer les terroristes qui agissent au Sinaï en traversant les tunnels de Gaza.

Actions contre Al-Qaeda

Les américains avaient inauguré le principe des assassinats ciblés avec Mohammed Namnam grâce à l’aide des renseignements reçus de la part des israéliens et des égyptiens. Ils sont déterminés à combattre l’organisation Al-Qaeda, bien implantée en Afghanistan, qui cherche à étendre son influence dans tout le Moyen-Orient. Ils ont convaincu les égyptiens à collaborer totalement avec Jérusalem.

Le 17 novembre, l’aviation israélienne a procédé à l’élimination de deux frères qui circulaient en voiture à Gaza, Islam et Mohammed Yasin. Le missile qui a frappé leur véhicule, en plein centre de Gaza, a visé des chefs de l’Armée de l’Islam. Ils avaient été responsables du kidnapping en 2007 du journaliste britannique Alan Johnston et ils étaient impliqués dans l’enlèvement en 2006 du soldat Guilad Shalit. Ces activistes avaient peu de rapports avec la direction du Hamas et ils recevaient leurs directives opérationnelles directement d’Al-Qaeda.

Israël avait cessé ses opérations ciblées après l’opération « plomb durci » de 2009 mais il semble qu’il ait été amené à reprendre ces actions à la demande formelle des américains et des égyptiens. Le Caire avait réclamé l’aide d’Israël pour combattre les terroristes qui avaient pour mission d’enlever des israéliens dans le Sinaï afin de servir de monnaie d’échange. Des miliciens islamistes préparaient par ailleurs une nouvelle vague d’attentats, visant des cibles américaines en Egypte, qui avait été planifiée en représailles à l’assassinat de Namnam. Les services américains s’étaient engagés à s’opposer à la stratégie d’attaques coordonnées contre la force multinationale d’observateurs américains, FMO, à El Gorah à 37kms au sud-est du Sinaï.

Les Egyptiens avaient arrêté une vingtaine d'islamistes à Sheikh Zuwayid dans le Sinaï après la mort du leader de l'Armée de l'islam, Mohammed Namnam, tué à Gaza le 3 novembre. Plusieurs quotidiens arabes avaient affirmé que son élimination était due à une coopération totale entre les services égyptiens et israéliens. L’interrogatoire conduit par les services de renseignements égyptiens a mis en évidence l’étendue des ramifications de ce groupe et confirmé les projets d’attaques de cibles américaines. Le compte-rendu des interrogatoires a été transmis aux israéliens et aux palestiniens qui en ont fait un bon usage. Les palestiniens ont pu ainsi empêcher l’assassinat planifié de Jibrin Al-Bakri, gouverneur de Naplouse. Sur la foi de ces renseignements, les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne ont par la suite arrêté plusieurs membres de la branche armée du Hamas, les Brigades Azzedine El-Quassam, sous prétexte qu’ils portaient atteinte à la stabilité politique de la Cisjordanie.

Dahlan piaffe d’impatience

Le symbole de la collaboration arabo-américano-israélienne est représenté par Mohamed Dahlan. Mahmoud Abbas a du mal à freiner les ardeurs de celui qui est pressenti pour occuper le poste de vice-président. L’ancien homme fort de Gaza, sous le règne d’Arafat, ne perd pas espoir de reprendre le contrôle de la région qu’il dirigeait d’une main de fer. Il ne cesse de réclamer auprès des américains et des israéliens le droit et les moyens pour traverser la frontière égyptienne avec ses troupes. Il veut en découdre avec les islamistes en entrant à Gaza par la frontière de Rafah afin de détruire le régime du Hamas.

Il avait été qualifié comme l’homme à la fois de la CIA et du Mossad tant il était proche des occidentaux. Les rumeurs semblent avoir été plusieurs fois fondées. Vanity Fair avait révélé en 2008 qu’il avait rencontré George W. Bush pour obtenir que la CIA finance un coup d’Etat avorté contre le Hamas. Cette structure paramilitaire, soutenue par les américains, est encore en place en Cisjordanie. Dahlan est tellement impliqué avec les israéliens qu’il aurait convaincu Mahmoud Abbas et le premier ministre Salam Fayyad à utiliser le Shin-Bet israélien, service de sécurité intérieure, pour leur protection lors de leur déplacement autour de la Cisjordanie.

Mohammed Nazal, membre du bureau politique du Hamas, l’accuse officiellement de travailler pour les services de renseignements israéliens en expliquant que Dahlan a chargé certains de ses agents du Fatah de recueillir des informations détaillées sur les membres du Hamas à Gaza et, en particulier, de déterminer le lieu de leur résidence. Les israéliens s’en servent ainsi pour envoyer leurs missiles avec efficacité. Ces preuves de collaboration expliquent pourquoi les tentatives égyptiennes de réconcilier le Fatah et le Hamas sont vouées à l’échec. Le Fatah a bien signé un accord en octobre 2009 mais le Hamas s’est refusé à le faire. Il ne pouvait pas accepter l’intégration des forces armées du Hamas dans celles de l’Autorité palestinienne.

Pourtant le ministre des affaires étrangères égyptien Ahmad Aboul Gheit faisait de cette signature une exigence pour prendre en considération les réserves du Hamas. L’absence d’accord a libéré l’Egypte de son engagement de neutralité dans le conflit Fatah-Hamas. Le président Moubarak a donc donné l’ordre d’engager un combat sans pitié contre les forces islamistes qui créent des troubles au Sinaï et contre le Hamas en particulier.

Envahir Gaza

Les motivations de Dahlan sont nationales. Il agit parce qu’il est convaincu que le régime de Gaza nuit aux intérêts des palestiniens. Il sait que la partition entre la Cisjordanie et Gaza satisfait les israéliens et les américains qui, grâce à cette scission, arrivent à mieux peser sur les palestiniens. Il est d’ailleurs rejoint dans son analyse par le politologue Ibrahim Ibrash, résidant à Gaza : «Beaucoup de pays arabes ont commencé à réaliser le risque engendré par la séparation de Gaza de la Cisjordanie. ». Il justifie donc son activisme pro-occidental par la nécessité de donner à l’Autorité les moyens financiers et militaires pour étendre son pouvoir à Gaza.

Des sources du renseignement israélien affirment que Dahlan a présenté à son comité central, le 11 novembre, un plan d’invasion de Gaza, de 70 pages, pour restaurer le pouvoir de l’Autorité palestinienne. Il a prétendu que plusieurs pays européens et arabes approuvaient son initiative puisqu’ils acceptaient de former ses troupes pour la réussite de la mission. Il collabore donc avec les experts sécuritaires jordaniens, égyptiens et israéliens. Son plan répartit d’ailleurs les tâches qui impliqueraient aussi Israël d’une certaine mesure. La Jordanie est supposée devenir responsable de la formation d’un commando maritime qui attaquerait Gaza par la mer tandis que la frontière serait ouverte à Rafah.

Les occidentaux sont cependant sceptiques sur la viabilité d’un tel projet car le coup d’Etat de 2007 fut un échec cuisant et la fuite des généraux du Fatah vers l’Egypte n’avait pas été perçue comme une preuve de courage et une volonté de réussite. Les palestiniens ont estimé devoir donner des gages de bonne volonté en collaborant avec ceux qui pourraient les aider à récuper l'autre partie de la Palestine. Dahlan a donc engagé ses troupes dans une guerre de renseignements contre Al-Qaeda pour s’attirer les faveurs égyptiennes et américaines et, contre le Hamas pour convaincre les israéliens qu’il poursuit le même objectif d’éradication du régime de Gaza. Combien d’assassinats ciblés seront-ils nécessaires pour prouver la bonne volonté de Dahlan ?
































Aucun commentaire: