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mercredi 17 novembre 2010

LE CHANGEMENT AU QUAI D'ORSAY VU D'ISRAËL



LE CHANGEMENT AU QUAI D'ORSAY VU D'ISRAËL

par Jacques BENILLOUCHE
                                                                                  

Le remaniement français est passé inaperçu en Israël. Les principaux journaux ont fait l’impasse sur la nouvelle. Ni Haaretz, ni le plus fort tirage Israël Hayom n’ont consacré quelques lignes au nouveau gouvernement français. C’est un non évènement ici. Israël et la France ont constitué un couple au bon sens du terme avec toutes ses dérives. Ils sont passés par toutes les phases : le flirt, l’idylle, l’amour fou, la passion, la querelle, la haine, l’indifférence, la séparation, la réconciliation et le divorce. A l’arrivée du Général de Gaulle au pouvoir, les relations franco-israéliennes n’ont pas résisté au travail de sape entrepris par Couve de Murville. De cette période date l’animosité d’Israël avec le Quai d’Orsay qui abritait des diplomates issus d’une vieille aristocratie catholique profondément pro-arabe.

Le Quai pro-arabe

En effet le ministre du Général de Gaulle décida, dans son souci d’éliminer les partisans de l’Algérie française, de vider le Quai des amis d’Israël et il recruta des fonctionnaires à particule, idéologiquement sensibles aux thèses des pays musulmans. Cette nouvelle vague de diplomates s’acharna à défaire en quelques mois les liens amicaux tissés avec l’Etat juif pendant 10 ans. Ils furent d’ailleurs aidés par la fin de la guerre d’Algérie qui ouvrait la voie à la reconquête du monde de l’islam, abandonné alors à la seule Grande-Bretagne.

Israël ne regrettera pas beaucoup Bernard Kouchner qui n’a pas été efficace à son gré. D’une manière générale, elle ne regrette jamais les juifs qui parviennent à de hauts postes dans les gouvernements étrangers. L’exemple de Bruno Kreisky, chancelier autrichien de 1970 à 1983, est éloquent puisqu’il ne s’entendit jamais avec Israël et qu’il préféra développer des relations très poussées avec l’OLP, alors ennemi déclaré de l’Etat juif.

Les israéliens savaient que Bernard Kouchner ne pouvait se réclamer de son identité juive car il risquait de susciter des réserves de la part de compatriotes qui vouent à l’islam une passion immodérée ou de ceux qui partagent encore les idéaux racistes d’extrême-droite. Ils étaient persuadés qu’ils ne tireraient aucun profit de la position du ministre puisque chacun de ses actes était mesuré au degré d’amitié perçu dans ses décisions vis-à-vis d’Israël. L’inertie du ministre dans le conflit israélo-arabe était donc justifiée par une volonté de ne pas être taxé de favoritisme alors que les israéliens attendaient de lui plus d’activisme à leur égard.

 
Inefficacité et inertie

 
D’ailleurs le ministre des affaires étrangères a été raillé dès sa prise de fonctions. L’agence Associated Press avait révélé, en septembre 2007, qu’il prenait ses ordres directement et en public de la ministre des affaires étrangères Tsipi Livni. L’AP avait rendu compte de la conférence de presse commune et avait rapporté ce fait : « Quand un journaliste israélien a interrogé M. Kouchner sur les plaintes de la Syrie selon lesquelles un avion de la chasse israélienne avait pénétré son espace aérien la semaine dernière, Tzipi Livni a été vue en train de griffonner un message et de le transmettre au ministre français. M. Kouchner a affirmé qu’il n’était pas au courant de cette affaire. »

Les griefs d’Israël étaient nombreux et pour trois d’entre eux, ils étaient inexcusables. La diplomatie israélienne avait trouvé que Bernard Kouchner n’avait pas été très incisif dans son action pour la libération du soldat franco-israélien Guilad Shalit. Par ailleurs, il n’a pas eu d’attitude originale puisqu’il a interdit son ministère à Avigdor Lieberman, persona non grata en France et en Europe. Il n’a eu aucune solidarité avec son collègue lorsqu’il fut qualifié de « Le Pen» par Nicolas Sarkozy. Le ministre israélien s’était d’ailleurs vengé lors de la visite en Israël de Kouchner le 11 octobre [6]. Il avait décidé de l’humilier en public en lui faisant la leçon : « Je n’attends pas de vous que vous régliez tous les problèmes du monde, mais j’attends en revanche que vous vous attaquiez à vous problèmes en Europe et que vous les régliez avant de venir nous faire la leçon. » Enfin, le ministre des affaires étrangères françaises n’a pas réussi à faire admettre Israël au sein de la Francophonie. Il fallait pour cela imposer aux membres un vote à la majorité et non pas à l’unanimité pour éviter qu’un seul Etat n’interdise l’entrée d’un pays qui compte plus d’un demi-million de francophones.

Un bastion inexpugnable

La nouvelle locataire du Quai d’Orsay est chiraquienne, pur jus. Le président Chirac n’a pas laissé de bons souvenirs en Israël du fait de ses liens étroits avec Saddam Hussein et Hafez Al-Assad, le syrien. La chute du dictateur irakien et l’assassinat de Rafik Hariri, grand ami de Chirac, avaient pour un temps réchauffé des relations mal en point mais Israël n’avait toujours pas trouvé grâce aux yeux des diplomates du Quai qui maintenaient leur anathème sur l’Etat juif. D’ailleurs il ne semble pas qu’un politique soit en mesure de s’attaquer à un bastion inexpugnable, mis à part Couve de Murville qui avait été en mesure d’imposer ses vues.

Lors d’une interview, Claude Goasguen député de Paris, nous avait parfaitement décrit la situation vue à travers l’œil d’un député de la majorité : « En réalité, la politique étrangère en France est réservée à une poignée d’individus sans contrôle. Le Président de la République, un petit peu le Ministre des Affaires Etrangères qui n’a pas grand pouvoir et le Quai d’Orsay. L’Assemblée nationale ne connaît rien de la politique étrangère de la France. En tant que député j’apprends tout par la presse comme vous. Nous sommes le seul pays à avoir un homme et un seul, à l’Elysée, avec le secrétaire général du Quai d’Orsay, qui décide de tout et qui est par nature en dehors de toute responsabilité politique. »

Les israéliens sont donc résignés à ne voir, dans l’avenir, aucune amélioration avec un ministère français qui leur est hostile. C’est pourquoi ils ont boudé la nouvelle du changement de ministre. Ils ne pensent pas que Michèle Alliot-Marie sera en mesure de faire mieux que Bernard Kouchner. Elle aura au moins l’avantage de ne pas être gênée par une identité qui a desservi son prédécesseur plutôt qu’elle ne l‘ait rassuré.



























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