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samedi 23 octobre 2010

LES CRAINTES ARABES FACE A L’IRAN



LES CRAINTES ARABES FACE A L’IRAN

Par Jacques BENILLOUCHE


Au-delà des premières heures d’euphorie qui donnaient l’impression d’un consensus général, la visite d’Ahmadinejad au Liban a manifestement ravivé les craintes des pays arabes face à un Iran qui se montre de plus en plus conquérant et expansionniste et qui n’hésite plus à chasser sur les terres arabes. Au terme de cette visite, les langues se délient et des informations nouvelles, en provenance des services israéliens, apportent un éclairage nouveau sur le déroulement d’un voyage qui n’a pas généré les espoirs attendus.

Réticences libanaises

Les dirigeants libanais n’avaient pas montré beaucoup d’empressement à recevoir chez eux un personnage sulfureux mais ils en avaient été contraints par le président syrien qui bénéficie toujours d’une force de pression locale. Ils avaient alors tout fait pour limiter l’impact de cette visite en minimisant leur collaboration parce qu’ils craignaient qu’Ahmadinejad n’use de provocation à l’encontre du voisin israélien. Ils ont donc trainé des pieds pour orienter la visite vers un échec cuisant. De ce point de vue, les libanais se sont montrés courageux et efficaces.


L’opinion libanaise n’était pas favorable à mêler le Liban aux querelles irano-israéliennes. Le gouvernement de Saad Hariri est déjà suffisamment empêtré de la présence de milices islamiques armées sur son territoire. Après avoir déploré le fait qu'Ahmadinejad considère le Liban comme «le seul pays de confrontation avec Israël », l'ancien député Farès Souhaid avait estimé que : «jusqu'à présent, le Hezbollah disait qu'il ne constitue pas une structure iranienne au Liban et que son objectif est de défendre la terre libanaise occupée et de participer au pouvoir. Mais la visite d'Ahmadinejad a permis d'abattre les cartes sur ce plan et a montré que l'allégeance du Hezbollah à l'Iran est plus forte que toute autre allégeance. »


Les tiraillements n’ont donc pas manqué entre les deux dirigeants mais le président libanais Michel Sleimane a clairement voulu fixer ses marques. Souffrant de se voir accusé d’être aux ordres d’une puissance étrangère, il est intervenu personnellement pour modifier le déroulement de la visite iranienne et son contenu. A peine la remise du diplôme honorifique à l’université de Beyrouth terminé, il a mandaté auprès des iraniens le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, pour exiger un changement du programme de la visite au sud-Liban en prétextant des risques sécuritaires.

L’armée libanaise se rebiffe

Le programme n’avait pas été préalablement soumis aux dirigeants libanais qui ont découvert tardivement qu’Ahmadinejad et Nasrallah avaient l’intention de circuler ensemble le long de la côte, en convoi motorisé jusqu’au sud-Liban, sous la protection de miliciens armés du Hezbollah et de Gardiens de la Révolution iraniens. Ils espéraient être reçus en héros dans les villages qui avaient été sollicités par les milices islamiques. L’armée libanaise s’est montrée ferme en excluant le Hezbollah de la responsabilité de la sécurité du président iranien et en conseillant à son chef, Hassan Nasrallah, de renoncer à son déplacement au sud-Liban alors qu’il voulait en faire une manifestation à sa gloire.


Ce refus avait mal été accepté par les iraniens qui, sous la pression du Hezbollah, étaient sur le point de provoquer un clash en mettant prématurément un terme à la visite d’Ahmadinejad. Mais ils en ont été dissuadés par ses conseillers. En raison de ces palabres, la visite a donc débuté avec beaucoup de retard et le principe d’un convoi terrestre a été finalement annulé par manque de temps. Un hélicoptère de l’armée libanaise a transporté le président iranien à Bent Jbeil tandis que l’officier commandant le déplacement a interdit à Nasrallah de monter à bord. Les cadres du Hezbollah ont réagi en boycottant la cérémonie au sud-Liban.


Les militaires libanais ont parfaitement joué leur rôle de saboteurs de cette visite. En effet, en raison du retard et de l’impossibilité de voler de nuit en hélicoptère, ils sont parvenus à annuler la visite à Maroun al-Ras à la frontière israélienne, évitant ainsi toute provocation contre Israël. Le dirigeant iranien devait y visiter un parc touristique, « l'Iran Garden », entièrement financé par l'Iran et un musée de la guerre. Ahmadinejad avait beaucoup misé sur le symbole de sa présence sur les lieux de la guerre de 2006 pour narguer ouvertement l’Etat d’Israël. La visite au sud-Liban, réduite à sa plus simple expression par la volonté de l’armée libanaise, avait ainsi perdu de son aura et de son impact.

Influence de l’Arabie


Plusieurs explications avaient été données sur l’origine du retard pour rejoindre le sud-Liban, attribué à des informations faisant état d’un projet d’une intervention israélienne contre le convoi d’Ahmadinejad. D’autres sources l’avaient justifié par des négociations qui se déroulaient avec le premier ministre Saad Hariri pour le démantèlement du tribunal de l’ONU qui avait décidé d’inculper des membres du Hezbollah. Ces motifs s’avèrent aujourd’hui sans fondements.


Les libanais ne pouvaient pas agir sans être couverts par leurs parrains arabes. Durant tout le voyage d’Ahmadinejad, le premier ministre libanais était en contact permanent avec le roi Abdallah d’Arabie. Cette visite n’avait pas été appréciée par le roi qui tenait à être informé de l’évolution de la situation. Les Etats-Unis, inquiets, avaient cherché eux-aussi à mesurer l’impact de cette visite en envoyant le 17 octobre le secrétaire adjoint Jeffrey Feltman à Beyrouth. Les autorités libanaises lui ont fait comprendre qu’elles avaient réussi à manœuvrer pour transformer la manifestation pro-Hezbollah en une visite à caractère purement libanais, dénuée de toute propagande iranienne.

Réactions militaires


La présence de plus en plus envahissante d’Ahmadinejad sur les terres arabes a exacerbé les craintes de ses principaux leaders qui ont tenu à se montrer plus présents dans la défense de leurs propres territoires. Aussitôt après cette visite et en réponse à l’activisme du président iranien, les forces terrestres, aériennes et navales égyptiennes et saoudiennes ont décidé d’organiser conjointement des exercices militaires, Tabuk-2, pour simuler une attaque extérieure contre leurs pays. Elles devaient montrer leur solidarité devant la menace iranienne. L’exercice a eu lieu du 17 au 21 octobre sous la direction du prince Khaled ben Sultan, fils du prince héritier Sultan. Le prince a déjà une grande expérience de la guerre dans la région puisqu’il a participé, en 2009, à la force d’expédition envoyée par l’Arabie saoudite pour combattre au Yémen les rebelles Houthi soutenus et financés par l’Iran.


Cette nouvelle stratégie développée par l’Egypte et l’Arabie saoudite s’insère parfaitement dans la doctrine de Barack Obama qu’il a certainement inspirée. Il semble qu’ils aient décidé de renouveler ces manœuvres plusieurs fois pour les étendre en Méditerranée, en Mer Rouge et dans le Golfe Persique avec l’intention manifeste de désigner l’adversaire qui était visé. Des indiscrétions révèlent que les forces armées de Tsahal ont été informées de la tenue de ces exercices et qu’elles auraient été sollicitées pour une aide logistique électronique.


La visite d’Ahmadinejad au Liban a donc eu une conséquence imprévue puisqu’elle a contribué à consolider les liens entre les arabes « modérés » qui ont décidé de prendre leur avenir militaire entre leurs mains pour contrer « l’axe du mal ».

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