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vendredi 22 octobre 2010

LA CONVERSION ARABE D’HUGO CHAVEZ


LA CONVERSION ARABE D’HUGO CHAVEZ

Par Jacques BENILLOUCHE



La majorité des pays détenant le pétrole souffrent d’une malédiction de la richesse. Paradoxalement, ceux qui sont éloignés des sous-sols gorgés d’or noir ont souvent favorisé chez eux la naissance d’un modèle de démocratie privilégiant le développement social plutôt que les combats d’intérêts personnels. Or, la dictature semble être le régime requis pour faire partie des privilégiés de l’OPEP et de la majorité des pays pétroliers.

La conversion arabe de Hugo Chavez


Cette malédiction de la profusion des ressources naturelles a touché des régimes que l’on croyait stables à l’exemple du Venezuela. Hugo Chavez décida, dès son arrivée au pouvoir, de bouder le clan des pays démocratiques pour rejoindre celui, maudit, des dictateurs. Les bases sociales de son pays s’opposaient pourtant fortement à l’instauration d’une dictature mais Hugo Chavez s’appuya sur les reculs sociaux pour museler l’opposition et affaiblir les partis qui pouvaient lui faire ombrage. Il grignota progressivement les espaces de liberté en interdisant les plus grands médias de son pays.


Mais, à l’instar des pays arabes producteurs de pétrole, cette radicalisation s’est traduite par une opposition à Israël qui était une attitude nouvelle en ce qui concerne son pays. Le passeport pour entrer dans le cercle fermé de l’OPEP passait selon lui par le déni d’existence de l’Etat Juif. Mais comble du raisonnement, le Venezuela se chercherait à présent une nouvelle identité puisqu’il rêve de faire partie de la Ligue Arabe. En souhaitant dans un premier temps un strapontin d’observateur, il n’aura aucun mal à trouver des ancêtres « bien-pensants » qui lui donneraient son certificat d’arabité.


Cette volonté d’appartenance au monde arabe pourrait à elle seule expliquer l’insistance de Chavez à contrer Israël jusqu’à ne plus contrôler ses relents antisémites. Il pense ainsi pouvoir obtenir son ticket d’entrée dans le monde fermé de milliardaires créé le 22 mars 1945 par l’Egypte qui, opposée à l’époque à une fédération arabe prônée par les Britanniques cherchant à museler la région, inventa le système de la Ligue Arabe. La Palestine la rejoignit en 1976 ce qui tendrait à croire que Gaza et la Cisjordanie regorgent d’un sous-sol noir.

Axe irano-vénézuélien



Le président Mahmoud Ahmadinejad qui recevait en grandes pompes, le 20 octobre, son homologue vénézuélien a attaqué, à nouveau, les pays occidentaux accusés d’organiser l’isolation diplomatique de l’Iran. Hugo Chavez a confirmé sa position : « Je dois profiter de l'occasion pour condamner ces menaces militaires dirigées contre l'Iran ». Les israéliens ont interprété le message d’Ahmadinejad transmis ce jour-là comme leur étant destiné : « Les ennemis de nos peuples partiront un jour. C'est la promesse de Dieu, et la promesse de Dieu sera tenue ». Ces deux pays, qui ont pour seul point commun d’être membres de l’OPEP, ont cherché à afficher leur force face à l’hégémonie américaine. Cette visite avait pour but de prouver que l’Iran maintenait des liens exceptionnels avec plusieurs pays et que la volonté des Etats-Unis de l’isoler s’était transformée en échec.


Les israéliens s’étonnent que, malgré tous les intérêts contradictoires, les régimes dictatoriaux souvent féodaux, sinon sanguinaires, ont la part belle dans cet aréopage majoritaire de dictateurs cultivant tous l’appropriation du pouvoir par la force et la contrainte. Ils ne comprennent pas la position extrême d’Hugo Chavez sauf à la justifier par son espoir d’obtenir un poste au Conseil de Sécurité à moins que sa motivation ait pour simple objectif de narguer ouvertement les Etats-Unis à travers son allié, Israël.


Certains politologues voient dans ce revirement une volonté de masquer ses échecs en Amérique latine. Morales, le bolivien, lui a damé le pion à gauche, le Pérou et le Mexique l’ignorent et son initiative bolivarienne a fait chou-blanc. Alors, lui qui rêvait d’enflammer l’Amérique du Sud à l’instar d’un Ché Guevara plus charismatique, il ne lui restait pas d’autres solutions que de chercher ailleurs ses nouveaux alliés dont l’énoncé de certains noms suffit à démontrer la vanité de sa démarche. Il a alors organisé une tournée auprès des détenteurs d’une carte de visite de dictateur : l’Iran d’abord pour profiter de parler de nucléaire avec Ahmadinejad puis la Biélorussie, la Corée du Nord et enfin la Syrie pour tenter d’obtenir son certificat de conversion arabe.

Manque de volonté internationale


Les occidentaux ne semblent pas intéressés à changer les choses car les régimes dictatoriaux sont propices à leurs intérêts fondamentaux. Ils leur confèrent le droit à une exploitation tranquille des ressources naturelles puisque seuls les pays forts, donc stables, peuvent s’opposer aux revendications de révolutionnaires cherchant à déloger les « pilleurs de ressources ». Washington sera ainsi le dernier pays à encourager des changements de régime. Ses intérêts pour les approvisionnements en pétrole priment sur le principe d’atteinte aux droits humains. Pourtant, l’intervention étrangère et les pressions exercées par les grandes puissances, sont une « condition indispensable pour qu’une révolution non violente puisse se dérouler », explique Jacques Sémelin, spécialiste français au CNRS ; mais pressions ne riment jamais avec profits.


Les dictatures peuvent encore se réjouir de la longue vie qui leur est assurée et du pacte de non agression qui leur est garanti par les occidentaux tant qu’ils se plient à leurs exigences. Elles savent les risques encourus en ne respectant les règles communément admises. L’Irak en a été le témoignage vivant.


Il demeure que les pays pétroliers ne font pas bon ménage avec Israël puisque la plupart d’entre eux font preuve d’une politique anti-israélienne, sinon antisémite. Une des explications tiendrait dans le rejet par les dictateurs de tout ce qui touche de près ou de loin à la démocratie dont ils sont allergiques. Or Israël est le seul point de fixation démocratique dans une région qui ne l’est pas et qui ne cherche pas à l’être. Il n’est donc nullement question de donner des gages à un aussi mauvais exemple. Il faut au contraire le combattre sinon le détruire.


De nombreuses démocraties restent très complaisantes à l’égard des tenants du pétrole au point de vendre leur âme. Au lieu de pointer du doigt tous ces pays où la liberté a été confisquée, où l’opposition est muselée et où les prisons regorgent de politiques, ils ferment les yeux, consommation de pétrole oblige. Hugo Chavez et son ami Ahmadinejad ont vite assimilé ce postulat pour pouvoir se permettre de développer des critiques permanentes à l’encontre des Etats-Unis et d’Israël.

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