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lundi 2 août 2010

REVEIL DU CLAN DES PAYS ARABES MODERES



REVEIL DU CLAN DES PAYS ARABES MODERES

Par Jacques BENILLOUCHE


Les derniers développements semblent annoncer un infléchissement de la politique américaine vis-à-vis d’Israël. Au début du mandat de Barack Obama, la situation s’était dramatiquement tendue avec Benjamin Netanyahou au point qu’aucun observateur politique n’était en mesure d’évaluer les conséquences du bras de fer entre les deux dirigeants. Les officiels israéliens ne croyaient pas à un clash, tout au plus à des frictions, mais ils estimaient en revanche qu’un changement de cap de la politique internationale était engagé parce qu’ils s’étaient sentis exclus du dispositif mis en place au Proche-Orient par la nouvelle administration américaine.

Diviser pour régner

Le président américain avait choisi d’éviter une diabolisation de l’intégrisme islamique grâce à une approche plus pragmatique des pays musulmans dans une stratégie de diviser pour régner afin de scinder le monde arabe en deux entités antagonistes. Mais Israël restait sceptique sur cette volonté d’accorder une attention particulière à certains pays arabes qualifiés de « modérés ». Barack Obama n’avait pourtant surpris personne puisque son plan figurait dans son discours d’investiture : « Au monde musulman : nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l’intérêt et le respect mutuels. À ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l’occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire. » La présentation de son programme du haut de la tribune égyptienne n’était pas fortuite mais elle avait entrainé de sérieuses frictions avec l’Etat juif, à la limite de la rupture.
Barack Obama était convaincu que la mise au pas des mollahs conditionnait la réactivation du processus de paix ce qui impliquait de mettre l’extrémisme iranien hors d’état de nuire. Les péripéties de l’espion iranien Amiri, qui a berné les américains pendant plusieurs années, a poussé le président Obama à s’aligner sur les positions d’Israël sans pour autant renoncer aux armes de la diplomatie. Il a donc appuyé à nouveau son projet d’encadrer un « clan » des pays arabes modérés pour empêcher la déflagration au Moyen-Orient. Il a bien sûr associé Israël à son approche mais il a échoué dans sa tentative d’intégrer le Liban dans « l’axe du bien ».

Benjamin Netanyahou semble être sorti vainqueur de son bras de fer avec les Etats-Unis qu’il a convaincus de la justesse de sa stratégie intransigeante vis-à-vis de l’Iran. Il a aussi réussi à réactiver des liens délités depuis l’avènement de la nouvelle administration. Tous les commentateurs israéliens qui avaient raillé Barack Obama pour son manque d’expérience politique conviennent aujourd’hui que sa méthode de diviser pour régner n’était pas dénuée de finesse politique. Il semble avoir réussi à constituer un bloc politique pour s’opposer à « l’axe du mal » tandis que plusieurs informations concordantes tendent à accréditer la thèse qu’Israël est devenu un acteur principal de ce clan pro-américain.
 
Arabie et Emirats

Selon l’agence de presse iranienne Fares, l’Arabie saoudite aurait permis à des avions de combat et à des hélicoptères de se poser sur son sol pour s’entrainer dans le cadre d’une éventuelle offensive militaire contre les installations nucléaires iraniennes. Le Times de Londres avait confirmé cette information le 12 juin en précisant que la défense anti-aérienne saoudienne avait organisé des exercices en prévision du passage des avions de Tsahal. La route à travers l’Arabie est en effet l’une des options les plus probables choisie par l’Etat-major israélien pour atteindre les sites nucléaires iraniens.

Le 26 juin, les Emirats arabes unis prenaient leurs distances avec l’Iran en ordonnant à leurs institutions financières de geler 41 comptes bancaires dans le cadre de l’application de la résolution 1929 adoptée le 9 juin, conformément aux sanctions imposées par l’Onu. Le quotidien Gulf News avait rapporté que les Emirats avaient fermé les bureaux de plus de 40 compagnies locales et internationales accusées de violer ces sanctions et de se livrer au commerce de «produits à double usage et dangereux ». Les craintes de représailles militaires iraniennes ont d’ailleurs conduit les Emirats à réactiver leur projet d’acquisition d’avions de combat et de radars qui redonnerait ses chances au Rafale français.

Rencontres secrètes

La presse israélienne a rapporté que, dans le cadre du réchauffement des relations avec l’Arabie Saoudite, le chef du Mossad Meir Dagan avait effectué une visite secrète sur place pour avoir des entretiens au sujet de l’Iran. Le Mossad n’est pas loquace mais il semble que cette visite a certainement porté sur « une coopération secrète croissante entre Israël et l’Arabie Saoudite, dont une coordination défensive, en prévision d’une éventuelle opération militaire contre les installations nucléaires iraniennes ». Il se confirme que l’absence de relations diplomatiques entre l’Arabie et Israël ne gêne en rien les contacts réguliers entre les deux pays.

Toujours dans le cadre de la mise en place d’un front des pays modérés sous l’égide américaine, le premier ministre israélien a rencontré secrètement en Jordanie, le 28 juillet, le roi Abdallah, officiellement pour aborder les projets bilatéraux de coopération. Mais il ne fait aucun doute que le sujet de la paix et de la sécurité avec les palestiniens ainsi que le programme nucléaire iranien ont été abordés : « J’apprécie beaucoup le désir de la Jordanie d’aller de l’avant dans ces objectifs, et sa contribution à la stabilité de la région, » a indiqué Netanyahou.

Cette réunion intervient après la violente attaque du roi de Jordanie qui s’était exprimé de manière négative contre Israël au point de le comparer à la Corée du nord. Les américains avaient craint que les jordaniens ne s’allient aux syriens et aux iraniens pour contrecarrer les projets de Barack Obama. Netanyahou a compris l’importance du Roi pour l’élaboration d’un accord de paix avec les palestiniens et il l’a fait savoir à l’occasion de cette visite impromptue : « La région où nous vivons comporte beaucoup d’instabilités et de dangers. Nous avons eu la paix avec l’Iran. Pendant des années nous avons eu des liens avec eux, mais cette paix n’a pas résisté aux changements qui ont eu lieu en Iran. » Il rejoint ainsi les américains dans leur stratégie de regroupement tout en donnant une explication plausible aux nationalistes israéliens qui condamnent la « passivité israélienne ». Les mailles du filet semblent se tisser autour des dirigeants iraniens qui, en plus des sanctions économiques, voient les pays qui les entourent se coaliser contre lui et se mobiliser pour justifier une frappe militaire israélienne.

On ne connait pas précisément le contenu des conversations secrètes mais il est certain qu’elles n’ont pas porté uniquement sur les sujets économiques de la région qui peuvent être traités à un plus bas niveau politique. En revanche, le plan Obama au Moyen-Orient se met progressivement en place dans une stratégie de reconquête du monde arabe après les sérieux revers subis au temps de l’administration Bush. Le « clan des modérés » semble à présent convaincu que son choix de faire confiance aux américains n’a pas été vain.

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