YITZHAK
SHAMIR FACE AUX ÉTATS-UNIS
Par Jacques BENILLOUCHE
Tout le monde a en mémoire l’histoire de ce héros d’Israël,
et surtout héros du Mossad, Yitzhak Shamir, qui a été l’un des géants de la
création de l’État juif. C’était un homme entier qui ne transigeait pas quand
son pays était menacé et qui n’avait accepté aucune compromission quand l’intérêt
supérieur de l’État était en jeu. Il s’était distingué parce qu’il avait tenu
tête aux États-Unis et à George Bush père qui voulait lui dicter ses
conditions.
Affrontement politique
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| George Bush père |
À son
départ pour Washington pour rencontrer le président des États-Unis, le 11
décembre 1990, il avait prévenu les membres de son gouvernement qu’il était
prêt à affronter le chef de la plus grande puissance du monde et alliée de l’État
juif. Les dirigeants israéliens avaient toujours fait jusqu’alors allégeance au
grand frère qui injectait les dollars nécessaires à la survie économique d’Israël.
Georges Bush, qui avait été informé des intentions du premier ministre
israélien, avait alors lambiné pour le recevoir à la Maison Blanche. Sans la
pression des dirigeants juifs américains, il l’aurait laissé poireauter dans son
antichambre jusqu’à son bon vouloir.
Le secrétaire
d’État adjoint, John Kelly, a transcris le compte rendu de cet entretien qui a
duré un record de deux heures mais qui a esquivé les questions qui fâchent
entre les deux pays. Les membres de la délégation israélienne savaient que les
problèmes étaient trop ardus pour aboutir à un consensus et avaient manifesté
ouvertement leur méfiance à l’égard d’une administration américaine qui n’avait
pas l’intention de faire bouger les lignes.
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| James Baker |
Le gouvernement israélien avait déjà été
prévenu par le secrétaire d’État James Baker dès 1989 que les États-Unis
avaient décidé de mettre au pas le bouillant Shamir. Dans un discours face au
lobby juif AIPAC, il avait exhorté les soutiens américains d’Israël de
persuader Yitzhak Shamir «d'abandonner le rêve du grand Israël». Puis il
avait, en juin 1990, fait preuve d’insolence vis-à-vis de quelques membres du
Congrès venu défendre la position d’Israël : «Israël connait le numéro
de téléphone à appeler quand il sera sérieux au sujet de la paix».
Shamir
avait fait pression sur les États-Unis pour augmenter en 1991 la subvention déjà
approuvée de 1,8 milliards de dollars pour l’aide militaire et de 1,2 milliards
pour l’aide économique malgré les compressions globales des dépenses
américaines. Bush avait seulement accepté une aide supplémentaire de 700
millions de dollars en matériel prélevé sur les stocks de l’armée en Europe.
Mais il esquiva la requête d’une caution de garantie en couverture d’un prêt de
400 millions de dollars nécessaires pour la construction de logements pour les
150.000 immigrants soviétiques qui affluaient après l’ouverture des frontières.
Les israéliens n’avaient pas demandé de dons mais simplement la signature d’une
caution auprès des banques pour obtenir les crédits nécessaires à l’absorption
des russes.
L’administration
américaine imposa ses conditions, non négociables, à l’octroi de cette garantie
de prêt : les immigrants ne devaient pas s’installer en Cisjordanie, ni à
Gaza et ni à Jérusalem-Est. Cette installation risquait, selon eux, de freiner
les perspectives d’un accord avec les palestiniens. Shamir refusa de donner
cette assurance mais les américains le contournèrent en courtisant le ministre
des affaires étrangères, David Levy, qui signa une lettre dans le sens des
objections des États-Unis. Shamir, à son retour en Israël, dénonça cette lettre
ce qui entraina le gel de fait des relations israélo-américaines. En revanche
il fit appel aux instances juives internationales pour constituer un fond d’aide
de 40 milliards de dollars sur plusieurs années et donna l’exemple en
augmentant les taxes en Israël. Il voulait contrecarrer le diktat américain
pour garder sa liberté d’action.
Guérilla américano-israélienne
Cette
froideur dans les relations coïncida avec la mort de 18 palestiniens sur le
Mont du Temple à Jérusalem à l’occasion de manifestations sur l’esplanade, le 8
octobre 1990. Devant le refus de Bush d’aider financièrement Israël, Shamir
décida d’interdire aux envoyés de l’ONU de réaliser un rapport sur cet
incident. Bush a alors menacé Israël de modifier son vote à l’ONU pour les
résolutions anti israéliennes et de faciliter la fourniture d’armes à l’Arabie
Saoudite. Il mit en application ses
menaces en laissant voter, le 12 octobre 1990, la résolution 692 du Conseil de
sécurité, qui condamna «les actes de violence commis par les forces de
sécurité israéliennes à Al-Haram Al-Charif et dans d’autres lieux saints de
Jérusalem» et demanda à Israël de «s’acquitter scrupuleusement des
obligations juridiques et des responsabilités qui lui incombent» vis-à-vis
des civils des territoires.
Shamir,
en bon diplomate, suivait de près l’invasion du Koweït par les forces
irakiennes et savait que George Bush était trop préoccupé par l’évolution de la
situation au Moyen-Orient pour se permettre d’ouvrir un nouveau front avec les
israéliens.La guerre du Golfe se profilait à l'horizon. Il estima alors que le moment était venu d’une confrontation
directe qui couvait depuis longtemps avec l’administration Bush. Il expliqua à
ses conseillers pourquoi il avait décidé de s’opposer à la mission des enquêteurs
de l’Onu proposé par les États-Unis. À l’époque, le problème des implantations
n’était pas aussi aigu qu’aujourd’hui mais Shamir décida de sensibiliser la
communauté juive américaine en plaçant sa confrontation avec Bush sur le plan
de la souveraineté d’Israël sur Jérusalem plutôt que sur la Cisjordanie.
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| Max Fisher |
Shamir, premier ministre d’un petit pays, avait tenu
tête à la plus grande démocratie du monde. Sauf à transformer la confrontation
en rupture totale, il n’avait pas pu s’opposer à la tenue de la conférence de
la paix de Madrid d’octobre 1991, imposée par les américains. Il s’y rendit,
contraint et forcé, accompagné d’un jeune diplomate, Benjamin Netanyahou, qui se
trouva placé à côté du jeune égyptien Amr Moussa, ministre des Affaires
étrangères de 1991 à 2001, puis secrétaire général de la Ligue arabe de 2001 à
2011.
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| Conférence de Madrid Netanyahou près de Moussa |
Les observateurs politiques estiment que Benjamin
Netanyahou est le fils spirituel d’Yitzhak Shamir dont on reconnait d’ailleurs
la patte dans le comportement actuel
vis-à-vis d’Obama. Il y a plus d’une ressemblance dans les politiques suivies à
l’égard des palestiniens et des américains. Le premier ministre israélien est
aujourd’hui orphelin de son père politique.
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| Shamir Netanyahou |























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