LA DÉROUTE DE L’UMP
Par Jacques
BENILLOUCHE
Selon le bord auquel ils appartiennent, les hommes politiques
analysent les résultats des élections législatives avec plus ou moins de
condescendance ou plus ou moins d’indulgence. Mini vague ou tsunami, chacun
trouvera sa propre interprétation en essayant de convaincre de sa bonne foi.
Sérieux revers
Ce n’est pas parce que des dizaines de villes ont basculé à
gauche que ces résultats représentent un sérieux revers pour l’UMP. C’est que,
compte tenu de l’état de l’opposition au moment de la prise de pouvoir de
Nicolas Sarkozy en 2007, le mouvement du président avait devant lui un immense
boulevard qu’il n’a pas su exploiter alors que ses adversaires politiques se débattaient
dans une situation extrême. Le Parti Socialiste, soumis à une guerre des chefs
stérile, était alors à la dérive parce qu’orphelin de celui qui fut, un temps,
son leader charismatique capable de parler d’une voix forte avant qu’il ne soit
pris dans le tourment des «affaires».
Le Modem, centriste, n’avait pas de stratégie nationale,
hésitait sans cesse sur son positionnement droite ou gauche et, à force de
vouloir exister seul à tout prix, a ignoré souvent le courage politique quand
il devait faire un choix douloureux, fait cependant tardivement.
Le Parti Communiste, anachronique, est enterré depuis des
lustres et il ne doit sa survie sous perfusion qu’à son auréole historique et
aux miettes que lui concède son allié socialiste. Le Front de Gauche, qui a
mobilisé sous son nom toutes les rancœurs, n’a fait qu’illusion tandis que son
tribun s’est effondré parce qu’il avait visé trop haut. Le verbe n’a pas permis
de concrétiser à lui seul les bulletins de vote dans l’urne.
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| Marine le Pen |
Le Front National, qui a assimilé la nécessité d’une relève,
a empêché les nostalgiques pétainistes et les anciens collabos de contrôler le
parti et de s’opposer à la nouvelle vague réformatrice menée par Marine Le Pen.
Il était pourtant sur le point de s’enfoncer dans l’oubli après les incartades
de son chef qu’on croyait inamovible. Il renait de ses cendres et semble
aujourd’hui l’adversaire politique le plus dangereux pour la droite
républicaine. Les Verts sont sous curatelle socialiste ou dissous au sein des
formations traditionnelles car l’écologie devient une affaire nationale sinon
mondiale.
Expliquer le désastre
L’UMP n’a pas réussi à convaincre ses électeurs et cherche à
présent l’argument pour justifier l’étendue de son désastre. Elle n’a pas
assimilé les échecs des élections locales précédentes. Elle paie donc les
errements d’un régime qui a dévié de la voie royale tracée en 2007 sur les
décombres d’une gauche déchirée. En cause de cet échec annoncé, la politique
spectacle du président sortant, le choix peu judicieux dans les priorités des réformes
engagées, l’absence de visibilité de la politique économique et surtout l’oubli
des promesses martelées pendant la campagne électorale. Les français ont eu l’impression
que seuls quelques privilégiés ont été
servis alors qu’ils attendaient des mesures qui dopent l’économie, qui relancent
la croissance et qui gonflent leur porte-monnaie.
C’est pourquoi, pour toutes les classes sociales confondues,
le désaveu a été total et les phrases alambiquées de François Copé ne
changeront pas le diagnostic fait par une majorité de français que l’on a
longtemps crus manipulables. D’ailleurs les votes ont été obtenus en dépit de
l’environnement social de certaines villes. Des villes par essence bourgeoises
et conservatrices ont voté à gauche alors que d’autres, très populaires, d’origine
ouvrière et détenant le plus fort taux d’immigrés, ont préféré donner leur
préférence à la droite. C’est le paradoxe de ces élections ou le thermomètre
politique est déréglé.
Deux attitudes possibles
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| Copé et Fillon |
L’enseignement de ce scrutin dicte deux attitudes à
l’appréciation de l’UMP. Ou bien elle qualifie la décision des urnes de tsunami
pour envisager un repli stratégique et pour remettre en ordre de marche un parti
sous la houlette d’un leader qui s’éloignera de la dérive droitière insufflée
par le conseiller Buisson. Elle devra trouver pour cela un homme politique
courageux qui gauchira modérément le parti en osant affronter ceux qui
persistent à croire que leur stratégie était la bonne.
Ou bien, fort d’un égo surdimensionné, consolidé par dix années
de pouvoir sans partage, l’UMP ne se sent pas touchée par des résultats qui nécessitent pourtant de revenir aux
fondamentaux. Elle accrédite dans ce cas l’idée qu’elle n’a pas à tenir compte
de la décision des électeurs et que le temps joue pour elle. Le temps que la crise économique
empire, que le chômage augmente et que le rejet du gouvernement soit acté. L’UMP
pourrait faire comprendre qu’elle a le
choix des armes et du calendrier et qu’aucune solution qui n’a pas son agrément
ne pourrait lui être imposée. Dans cette option, elle maintient les dirigeants actuels à leur poste avec
l’espoir que la morosité s’amplifie dans le pays et se borne à un saupoudrage
de nominations de nouveaux responsables sans grande conséquence sur sa mainmise
de l’exécutif du parti.
Il est fort probable que, oubliant l’échec des élections et refusant
l’idée même de sa défaite, l’UMP entérinera ce dernier choix qui risque alors de
réactiver la bataille interne à l’UMP dont des leaders piaffent d’impatience pour
la contrôler après avoir évincé les principaux ténors et avoir liquidé les
derniers vestiges de la Chiraquie.
Certains rêvent de clore définitivement la parenthèse Sarkozy quitte à attiser la
guerre des chefs qui semble couver à l’UMP.
Ces élections prouvent cependant que
la France
continue à cultiver l’originalité d’avoir la Droite majoritaire dans le pays et
la Gauche à la
tête des instances nationales, locales et régionales. Cette cohabitation,
nouvel esprit, semble parfaitement convenir aux français qui ont fait preuve d’une réelle maturité politique en ne craignant
pas de confier toutes les clefs du pouvoir politique au même clan. C’est dire l’impact
du rejet de l’ancien régime qui avait pourtant ses afficionados irréductibles.

















4 commentaires:
JB a su prendre du recul pour faire une analyse sérieuse de ces elections.
On peut néanmoins nuancer son point de vue au sujet de la stratégie du personnage Buisson.
Cette sratégie n'a pas fonctionné, non parce que les français ont rejeté le positionnnement droitier de l'antipathique personnage Buisson, mais tout simplement parce qu'ils n'ont pas cru du tout que Sarkozy s'il avait ete réélu l'appliquerait cette politique de mauvais papiercollé de MLP.
On ne peut refaire deux fois le coup du "karcher" qu'à tort ou a raison on est incapable de sortir de l'armoire.
C'est un peu un remake de vengeance et de justice électorale basée sur le dicton "om ne peut mentir tout le temps".
Sarkozy ayant epuisé son "crédit" droitier, les français lui ont préféré "l'original à la copie" frelattée.
Déroute ? L'ump fait autant que le PS : 35%. sauf que le PS n'hésite pas à s'allier avec la racaille gauchiste-écologiste qui crache sur Israel.
@Francine
Résultats 1er tour de 2007 :
UMP + UDF 47,15% (UMP: 39,5% UDF : 7,61%)
et PS 24,73%.
A vous de qualifier le résultat 2012.
L'UMP est en recul par rapport à 2007 mais en 2012 fait jeu égal avec le PS: 35,20 et 35,40!
CHIFFRES INCONTOURNABLES!
La victoire de François Hollande a été acquise à un peu plus de un million de voix et celle des candidats du PS le sera grâce au report des voix des Verts,,trotskistes,communistes et autres Anticapitalistes .
Quand l' UMP aura intégré que sans le FN, elle ne reviendra jamais au pouvoir et que le soi disant Front Républicain est une supercherie pour maintenir au pouvoir des partis minoritaires ,les choses seront bien différentes.
André M
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