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lundi 11 juin 2012

LA DÉROUTE DE L’UMP



LA DÉROUTE DE L’UMP

Par Jacques BENILLOUCHE

Selon le bord auquel ils appartiennent, les hommes politiques analysent les résultats des élections législatives avec plus ou moins de condescendance ou plus ou moins d’indulgence. Mini vague ou tsunami, chacun trouvera sa propre interprétation en essayant de convaincre de sa bonne foi.








Sérieux revers 

Ce n’est pas parce que des dizaines de villes ont basculé à gauche que ces résultats représentent un sérieux revers pour l’UMP. C’est que, compte tenu de l’état de l’opposition au moment de la prise de pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007, le mouvement du président avait devant lui un immense boulevard qu’il n’a pas su exploiter alors que ses adversaires politiques se débattaient dans une situation extrême. Le Parti Socialiste, soumis à une guerre des chefs stérile, était alors à la dérive parce qu’orphelin de celui qui fut, un temps, son leader charismatique capable de parler d’une voix forte avant qu’il ne soit pris dans le tourment des «affaires».

Le Modem, centriste, n’avait pas de stratégie nationale, hésitait sans cesse sur son positionnement droite ou gauche et, à force de vouloir exister seul à tout prix, a ignoré souvent le courage politique quand il devait faire un choix douloureux, fait cependant tardivement.

Le Parti Communiste, anachronique, est enterré depuis des lustres et il ne doit sa survie sous perfusion qu’à son auréole historique et aux miettes que lui concède son allié socialiste. Le Front de Gauche, qui a mobilisé sous son nom toutes les rancœurs, n’a fait qu’illusion tandis que son tribun s’est effondré parce qu’il avait visé trop haut. Le verbe n’a pas permis de concrétiser à lui seul les bulletins de vote dans l’urne.
Marine le Pen


Le Front National, qui a assimilé la nécessité d’une relève, a empêché les nostalgiques pétainistes et les anciens collabos de contrôler le parti et de s’opposer à la nouvelle vague réformatrice menée par Marine Le Pen. Il était pourtant sur le point de s’enfoncer dans l’oubli après les incartades de son chef qu’on croyait inamovible. Il renait de ses cendres et semble aujourd’hui l’adversaire politique le plus dangereux pour la droite républicaine. Les Verts sont sous curatelle socialiste ou dissous au sein des formations traditionnelles car l’écologie devient une affaire nationale sinon mondiale.


Expliquer le désastre 

L’UMP n’a pas réussi à convaincre ses électeurs et cherche à présent l’argument pour justifier l’étendue de son désastre. Elle n’a pas assimilé les échecs des élections locales précédentes. Elle paie donc les errements d’un régime qui a dévié de la voie royale tracée en 2007 sur les décombres d’une gauche déchirée. En cause de cet échec annoncé, la politique spectacle du président sortant, le choix peu judicieux dans les priorités des réformes engagées, l’absence de visibilité de la politique économique et surtout l’oubli des promesses martelées pendant la campagne électorale. Les français ont eu l’impression que seuls quelques  privilégiés ont été servis alors qu’ils attendaient des mesures qui dopent l’économie, qui relancent la croissance et qui gonflent leur porte-monnaie.

C’est pourquoi, pour toutes les classes sociales confondues, le désaveu a été total et les phrases alambiquées de François Copé ne changeront pas le diagnostic fait par une majorité de français que l’on a longtemps crus manipulables. D’ailleurs les votes ont été obtenus en dépit de l’environnement social de certaines villes. Des villes par essence bourgeoises et conservatrices ont voté à gauche alors que d’autres, très populaires, d’origine ouvrière et détenant le plus fort taux d’immigrés, ont préféré donner leur préférence à la droite. C’est le paradoxe de ces élections ou le thermomètre politique est déréglé.


Deux attitudes possibles

Copé et Fillon

L’enseignement de ce scrutin dicte deux attitudes à l’appréciation de l’UMP. Ou bien elle qualifie la décision des urnes de tsunami pour envisager un repli stratégique et pour remettre en ordre de marche un parti sous la houlette d’un leader qui s’éloignera de la dérive droitière insufflée par le conseiller Buisson. Elle devra trouver pour cela un homme politique courageux qui gauchira modérément le parti en osant affronter ceux qui persistent à croire que leur stratégie était la bonne.

Ou bien, fort d’un égo surdimensionné, consolidé par dix années de pouvoir sans partage, l’UMP ne se sent pas touchée par des résultats qui  nécessitent pourtant de revenir aux fondamentaux. Elle accrédite dans ce cas l’idée qu’elle n’a pas à tenir compte de la décision des électeurs et que le temps  joue pour elle. Le temps que la crise économique empire, que le chômage augmente et que le rejet du gouvernement soit acté. L’UMP  pourrait faire comprendre qu’elle a le choix des armes et du calendrier et qu’aucune solution qui n’a pas son agrément ne pourrait lui être imposée. Dans cette option, elle  maintient les dirigeants actuels à leur poste avec l’espoir que la morosité s’amplifie dans le pays et se borne à un saupoudrage de nominations de nouveaux responsables sans grande conséquence sur sa mainmise de l’exécutif du parti.

Il est fort probable que, oubliant l’échec des élections et refusant l’idée même de sa défaite, l’UMP entérinera ce dernier choix qui risque alors de réactiver la bataille interne à l’UMP dont des leaders piaffent d’impatience pour la contrôler après avoir évincé les principaux ténors et avoir liquidé les derniers vestiges de la Chiraquie. Certains rêvent de clore définitivement la parenthèse Sarkozy quitte à attiser la guerre des chefs qui semble couver à l’UMP.  

Ces élections prouvent cependant que la France continue à cultiver l’originalité d’avoir la Droite majoritaire dans le pays et la Gauche à la tête des instances nationales, locales et régionales. Cette cohabitation, nouvel esprit, semble parfaitement convenir aux français qui ont fait preuve  d’une réelle maturité politique en ne craignant pas de confier toutes les clefs du pouvoir politique au même clan. C’est dire l’impact du rejet de l’ancien régime qui avait pourtant ses afficionados irréductibles.  

4 commentaires:

Pat Quartier a dit…

JB a su prendre du recul pour faire une analyse sérieuse de ces elections.
On peut néanmoins nuancer son point de vue au sujet de la stratégie du personnage Buisson.
Cette sratégie n'a pas fonctionné, non parce que les français ont rejeté le positionnnement droitier de l'antipathique personnage Buisson, mais tout simplement parce qu'ils n'ont pas cru du tout que Sarkozy s'il avait ete réélu l'appliquerait cette politique de mauvais papiercollé de MLP.
On ne peut refaire deux fois le coup du "karcher" qu'à tort ou a raison on est incapable de sortir de l'armoire.
C'est un peu un remake de vengeance et de justice électorale basée sur le dicton "om ne peut mentir tout le temps".
Sarkozy ayant epuisé son "crédit" droitier, les français lui ont préféré "l'original à la copie" frelattée.

Francine BETTANCOURT a dit…

Déroute ? L'ump fait autant que le PS : 35%. sauf que le PS n'hésite pas à s'allier avec la racaille gauchiste-écologiste qui crache sur Israel.

J. BENILLOUCHE a dit…

@Francine

Résultats 1er tour de 2007 :

UMP + UDF 47,15% (UMP: 39,5% UDF : 7,61%)
et PS 24,73%.

A vous de qualifier le résultat 2012.

andre a dit…

L'UMP est en recul par rapport à 2007 mais en 2012 fait jeu égal avec le PS: 35,20 et 35,40!
CHIFFRES INCONTOURNABLES!
La victoire de François Hollande a été acquise à un peu plus de un million de voix et celle des candidats du PS le sera grâce au report des voix des Verts,,trotskistes,communistes et autres Anticapitalistes .
Quand l' UMP aura intégré que sans le FN, elle ne reviendra jamais au pouvoir et que le soi disant Front Républicain est une supercherie pour maintenir au pouvoir des partis minoritaires ,les choses seront bien différentes.
André M