ISRAËL FACE À LA CONTESTATION SOCIALE
Par Jacques BENILLOUCHE
![]() |
| Cher policier, ne gêne pas le citoyen qui remplit son rôle |
Et si le boulevard Rothschild devenait la place Tahrir de Tel-Aviv ? C’est certainement exagéré car, à la différence des révolutions arabes, il existe une vraie démocratie en Israël.
Manifestations violentes
Cependant, ce samedi 23 juin, les manifestations réunissant des milliers de
personnes ont été violentes à Tel-Aviv, créant une certaine panique au sein des
forces de police non préparées à ces confrontations. Plus de 85 personnes ont
été arrêtées. Mais, fait inhabituel, la ville a découvert pour la première fois
ses casseurs qui ont fracassé les vitrines d’agences bancaires et qui ont affronté violemment les forces de
police. Jusqu’alors, les manifestations étaient pacifiques, bon enfant, comme
en 2011 au boulevard de Rothschild, où les tentes avaient envahi les allées des
promeneurs.
Mais la contestation sociale ne s'est pas appaisée car peu de mesures économiques
concrètes ont été prises depuis lors. La violence a répondu à la violence. Daphné
Lif, une figure gauchiste de la contestation, a été blessée tandis que
plusieurs manifestants ont été arrêtés. Le problème a été pris à la légère par
les dirigeants israéliens qui ne contrôlent plus la hausse inconsidérée des produits
alimentaires et la flambée des prix de l’immobilier alors que les salaires
stagnent. Les jeunes sont les principales victimes de l’évolution d’un pays
trop libéral.
Excès du libéralisme
L’envers du décor d’un pays trop libéral est planté parce que la gauche est
laminée et que l’opposition est inexistante depuis l’intégration du parti du
centre, Kadima, à la coalition gouvernementale. Les jeunes loups politiques
sont devenus inaudibles. Les espoirs d’une population excédée se sont envolés
en même temps que les promesses d’obtenir rapidement de nouvelles mesures
sociales. Les israéliens paient les conséquences de l’exercice solitaire du
pouvoir par un gouvernement omnipuissant qui a effacé toute opposition sérieuse.
Les manifestants étaient jusqu’alors pacifiques et disciplinés. Mais la
passivité du gouvernement à leur intention change la donne. Le pouvoir ne
mesure pas encore l’inquiétude qui envahit les éléments actifs de la
population, en particulier les jeunes qui sont le socle et l’avenir du pays
mais qui se sentent abandonnés dans la nouvelle jungle économique.
![]() |
| Manifestation panthères noires en 1970 |
Il faut se reporter aux manifestations de 1971 des Panthères noires pour retrouver la même atmosphère de contestation
pacifique qui avait cependant dégénéré en émeute à l'époque. La jeunesse d’aujourd’hui se
révolte moins contre le gouvernement que contre les monopoles financiers et
industriels. Pour l’instant, il n’y a pas de contamination avec la révolte des
pays arabes mais les mouvements sociaux, liés à l’augmentation des prix
alimentaires, pourraient constituer l’étincelle qui risque de mettre le feu
politique dans le pays.
Hausse générale des prix
![]() |
| Ofer Eini chef de la Histadrout |
La centrale syndicale israélienne Histadrout se
bat pour obtenir un frein aux hausses des produits de base. Tout a
augmenté, le pain de 10%, l’essence de 13%, l’eau de 134%, les logements,
les transports et les impôts indirects tandis que le Trésor a du mal à
augmenter le salaire minimum. Le secrétaire général de la Centrale syndicale,
Ofer Eini avait montré sa mauvaise humeur : «Une grande partie de
l'opinion israélienne estime que la coupe est pleine, et le Premier ministre
doit donc corriger le tir». Il a été rejoint par le patron des patrons,
Shraga Brosh, qui a critiqué le gouvernement : «au lieu de baisser le poids
de la fiscalité, les taxes indirectes ont été alourdies, ce qui handicape le
secteur privé notamment au moment où la crise mondiale va entraîner des
augmentations de prix et rogner la compétitivité des entreprises».
Certes le chômage est minimisé en Israël au prix de rémunérations très
basses et d’allocations limitées dans le temps. Les écarts de salaires sont
tels que la classe moyenne se rétrécit et que la pauvreté touche de plus en
plus de secteurs de la population et non plus uniquement les religieux orthodoxes
et les arabes israéliens. Les jeunes ont rejoint cette catégorie car ils n’ont
plus les moyens de se loger. Les monopoles agro-alimentaires font la loi et les
jeunes et les bas-salaires en souffrent.
Les prix des logements ont atteint des sommets justifiés par l’excédent de
la demande. L’afflux des investisseurs étrangers, forts de leur euro et qui
sentent l’aubaine d’une plus-value, crée une surchauffe dans le secteur. Un
appartement de 100m2 à Tel-Aviv dépasse aujourd’hui le million d’euros. L’immobilier
ne flambe pas uniquement parce que certaines populations juives de l’étranger,
inquiètes de la montée de l’islamisme, préparent un éventuel abandon de leur
pays en investissant en Israël dans l’immobilier. Il y a certes une nouvelle
caste de riches israéliens.
Politique volontaire
![]() |
| Constructions dans les implantations |
Certains se demandent s’il ne s’agit pas d’une politique du logement, délibérée
et sournoise, d’un gouvernement qui veut pousser les israéliens à s’installer
dans les territoires pour consolider les implantations, à des prix représentant
parfois le dixième du prix dans une ville israélienne. De nombreux appartements y sont en effet disponibles qui ne trouvent pas preneurs.
Alors, les manifestants commencent à user d’un mot nouveau, révolution, puisqu’ils
écrivent ce slogan sur leurs panneaux : « heureuse révolution ». Le mot révolution a ainsi fait des émules et
il a été lancé par des manifestants qui veulent s’inspirer des mouvements
européens.
Il est de bon ton d’affirmer que l’économie israélienne va bien et qu’elle
a été épargnée par la crise mondiale. Effectivement elle a affiché une sortie
de crise remarquable. Les prévisions de la Banque d’Israël ont été dépassées
avec 3,1% de croissance en 2012 tandis qu’elle est prévue à 3,5% en 2013.
L’inflation reste jugulée à 2,6% pour l’année. Les chiffres du chômage, qui ont
connu une légère remontée de 5,4% à 5,9%, restent en dessous de la moyenne des
principaux pays de l’OCDE. Cependant la thèse qu'Israël a été épargné de la
crise mondiale ne tient plus.
En effet, certaines décisions sonnent comme un signal d’alerte pour les
observateurs financiers. Les banques ont décidé de resserrer le crédit
d’affaires qui a chuté de 1% au premier trimestre parce qu’elles ont été
incitées par la Banque d’Israël à augmenter leurs ratios de fonds propres et à
les renforcer en réduisant les fonds qu'elles mettent à la disposition du
public.
Le ministre du logement, Ariel Attias, s’inquiète de la baisse des mises en
chantier des constructions de logements qui ont toujours été en croissance ces
dernières années. La construction a toujours été le moteur de l’économie
israélienne et l’un des secteurs où l’investissement en provenance de
l’étranger est grand. Elle est aussi un argument politique vis-à-vis des
palestiniens puisqu'elle se développe dans les implantations et à
Jérusalem-Est. La baisse de la mise en chantier des constructions risque
d’aggraver la pénurie de logements, à l'intérieur de la ligne verte, qui a été le déclencheur des manifestions.
La pénurie de travail et l’augmentation des prix qui en découlent risquent de
plomber une économie qui a toujours été en croissance.
Les trois principales banques ont annoncé une baisse de 21% à 26% de leur
bénéfice net. La Bank Léumi est la plus exposée aux difficultés des pays
européens en crise : la Grèce, l’Italie, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne,
avec une créance de 190 millions d’euros.
La baisse des bénéfices des banques et la restriction des crédits risquent
d’entrainer une stagnation de l’économie israélienne qui a toujours besoin de
croissance pour absorber chaque année les quelques 20.000 immigrants et surtout
pour répondre aux besoins d’équipements de Tsahal. Les jeunes restent les
victimes d’un crédit rare dans une situation financière pourtant maitrisée et
c’est pourquoi ils marquent leur mauvaise humeur en se lançant dans des
manifestations qui prennent une autre forme que celles des tentes de 2011.
L’économie israélienne montre à nouveau des signes de faiblesse dus à
l'impact de la crise mondiale. Longtemps, Israël donnait l’impression d’être
immunisé contre les troubles qui agitaient l’Europe mais, dans une économie
mondialisée, il était difficile de ne pas subir les contrecoups des dérives
économiques européennes. Une deuxième alerte sonne aujourd'hui comme une mise
en garde au gouvernement.
Depuis douze ans, la balance commerciale était positive : on exportait plus
qu’on importait mais au premier trimestre 2012, Israël a accusé un déficit
extérieur de 1,7 milliard de dollars au premier trimestre 2012 alors que durant
la même période de 2011, l’excédent était de 1 milliards de dollars et de 2,5
milliards de dollars en 2010. Ces chiffres inquiétants ont été communiqués par
le Bureau Central des statistiques.
Ce déficit est le plus élevé depuis l'année 2000 alors qu’Israël combattait
la seconde Intifada. Ce solde négatif implique que les devises rentrent moins
bien dans le pays. Pauvre, pour l'instant, en ressources naturelles, Israël
dépend des importations de pétrole, de charbon, de produits alimentaires, de
diamants bruts, de matières premières de production et de matériel militaire.
Il exporte des machines, des matériels,
des logiciels, des diamants taillés, des produits agricoles, des produits
chimiques, des textiles et des vêtements. Ses principaux partenaires
commerciaux sont les États-Unis, l'Union européenne et le Japon.
Longtemps immunisé, Israël est touché par la maladie économique
internationale contagieuse.





















1 commentaire:
Vous etes surs que vous habitez en Israel ? On dirait un article ecrit par un correspondant qui ne lirait qu'Haaretz en anglais.
Aucun rapport avec la realite.
Israel trop liberale ? Les raisons de la protestation l'an dernier etaient exactement l'inverse: les couts eleves dus aux monopoles et cartels par maque de competition et d'ouverture des marches !
Des tas de mesures ont ete prises depuis l'an dernier, trop d'ailleurs.
Et la contestation actuelle n'a pas grand chose a voir avec celle de l'an apsse: pas grand monde, essentiellement des militants d'extreme-gauche.
Vous devriez suivre un peu plus ce qui se passe en Israel.
Enregistrer un commentaire