TANT QU'IL Y AURA DES LIVRES...
Par Sarah OLING
Pour moi, qui viens d'une culture où le Livre s'écrit
avec respect et majuscule, je n'ai jamais occulté la puissance qui pouvait se
dégager de «cet assemblage de feuilles imprimées», selon la définition du Petit
Robert. Le livre a accompagné ma remontée vers la lumière, en des temps où je
ne savais pas si demain aurait encore un sens et une légitimité. Il a abattu,
un à un, les murs que j'avais érigés en dérisoire protection contre ce qui me
semblait par avance inaccessible, la Connaissance.
Depuis, le chemin est tracé, mon bâton de cherchant,
le Livre, est devenu un compagnon fidèle. Mais pour d'autres, lire, simplement
en avoir le droit, est marqué du sceau de l'interdit. Dans nos pays
démocratiques, il est devenu si évident de trouver partout un accès à la
lecture. En France, des bénévoles se mobilisent pour apporter le livre au cœur
des quartiers, vers ceux qui, comme moi en d'autres temps, pensent que la
lecture n'est pas de leur univers. Alors souvent le miracle s'accomplit. Le
bâton de cherchant se transmet.
Pourtant, pour des êtres persuadés de représenter la
seule vérité admissible, le Livre est un brûlot, un semeur de trouble, un agent
de perversion, qu'il faut détruire ou interdire. Le premier autodafé nazi, en
mai 1933 à Berlin, suivi de nombreuses «répliques», entendait éradiquer
publiquement des livres dits dissidents. Ainsi furent condamnés à brûler en
public les ouvrages de Brecht, de Freud, de Marx, de Stephan Zweig, entre tant
d'autres.
En Afghanistan, sous le joug des Talibans, qu'avait-on interdit aux femmes, tous âges confondus? L'instruction, la possession de livres. Retenues chez elles par des barreaux invisibles, des femmes afghanes, bravant au péril de leur vie tous les interdits, enseignent en secret, évitant ainsi le total anéantissement culturel de plus de la moitié du pays. Les quelques livres encore en leur possession sont alors porteurs d'une folle espérance.
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| 10 mai 1933 à Berlin |
En Afghanistan, sous le joug des Talibans, qu'avait-on interdit aux femmes, tous âges confondus? L'instruction, la possession de livres. Retenues chez elles par des barreaux invisibles, des femmes afghanes, bravant au péril de leur vie tous les interdits, enseignent en secret, évitant ainsi le total anéantissement culturel de plus de la moitié du pays. Les quelques livres encore en leur possession sont alors porteurs d'une folle espérance.
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| Ecole en Afghanistan |
Partout dans le monde, des hommes luttent pour la
survie de leurs nobles combats, retenus par les fers, en se remémorant des
passages de livres, les empêchant, jour après jour, de sombrer. Lire peut être
un acte militant, si l'on garde en mémoire tous ceux qui n'ont pas même ce
droit fondamental.

















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