PRASQUIER EST SORTI DE SON RÔLE
Par
Jacques BENILLOUCHE
![]() |
| Richard Prasquier |
Le CRIF est censé représenter les
institutions juives de France et donc les juifs de toute sensibilité politique.
Son président, Richard Prasquier, est sorti de sa réserve en prenant officiellement
position pour Nicolas Sarkozy dès le premier tour de l’élection présidentielle et en confirmant sa position au second.
Soutien
à Sarkozy sans réserve
Cela
le chatouillait depuis quelques temps mais, avec conviction, il a fini par
succomber aux sirènes de l’UMP. Il était tenu à un devoir de réserve mais,
comme il n’est plus rééligible, il s’estime en droit de statuer au nom des
institutions juives de France. Ce n’est pas une erreur mais une faute car avec
l’élection de François Hollande, il se trouve à présent en porte-à-faux dans une
institution déjà décriée pour son manque de représentativité du monde juif.
Cette prise de position officielle d’un
dirigeant juif sur l’élection était indécente et déplacée. Déplacée parce qu’il
attaque la gauche, l’extrême-gauche et les écologistes, accusés d’antisionisme,
sinon d’antisémitisme, alors qu’aucune attaque n’a été dirigée contre le Front
National de Marine Le Pen. Il a donné son opinion dans une interview au
quotidien israélien Haaretz à la veille de l’élection comme s’il cherchait à
donner un dernier coup de pouce au candidat sortant. Son bulletin de vote lui
appartient certes, mais il devait le déposer, seul dans l’isoloir, sans tenter de
l’arborer pour convaincre la population juive.
Le
journaliste Claude Askolovitch avait signé une tribune dans Marianne : «D’une
banalité apparente sous un titre “Sciences-Po”, la tribune de Prasquier atteste
la ghettoïsation du leadership communautaire, incapable de penser la France et
le monde en termes politiques ou moraux, ne les ramenant qu’à ses seuls enjeux
et à ses peurs intimes.»
A
lire avec du recul l'interview de Richard Prasquier, il est clair que le président
du CRIF s’est ouvertement prononcé en faveur de Nicolas Sarkozy, sans soulever l’orientation
d’une campagne tendant à courir après Marine Le Pen et l’extrême-droite. En
revanche, il a critiqué l’inexpérience de François Hollande sur les problèmes
internationaux et sur son éventuelle faiblesse face aux alliances avec le Front
de Gauche et les écologistes. Qu’en savait-il pour être aussi affirmatif ?
Fonction
discréditée
Son
erreur aura été de faire croire à un vote juif qui n’existe pas compte tenu d’une
population qui se chiffre à quelques centaines de milliers d’électeurs. Il n’aurait
pas dû embrigader son organisme dans une mission qui n’était pas la sienne. Il
aura certainement le culot d’assister le 15 mai à la prise de fonction de
François Hollande à l’Elysée après avoir minimisé ses compétences et ses capacités à gouverner.
Richard
Prasquier s’est discrédité pour mener à bien sa fonction face à
un exécutif qu’il a démoli. Il devrait tirer les conséquences lui-même car il
pourra difficilement réparer le tort fait à toute la communauté juive. Il devra
laisser la place à quelqu’un qui devra colmater les brèches en gardant une
attitude neutre, mais un engagement ferme vis-à-vis d’Israël. Le monde juif, et
surtout Israël, ont besoin d’un dirigeant crédible pour faire face aux défis du
monde arabe et de l’Iran, et qui collabore avec tout gouvernement élu
démocratiquement en France tout en soutenant l'Etat d'Israël.
Il a
déjà mérité sa Légion d’Honneur et il se grandirait à s’en aller sur la pointe
des pieds à moins qu’il ne cherche encore à soutenir son candidat à l’élection
législatives pour la 8ème circonscription incluant Israël. Il pourra
se tromper une deuxième fois pour démontrer que, s’il est un bon cardiologue, il
est un mauvais politique.

















6 commentaires:
Il faut tout simplement le virer !
D'accord avec vous, M. Benillouche.
La communauté juive n'est ni à droite, ni à gauche. Elle est diverse. M. Prasquier a outrepassé son rôle en favorisant un des deux candidats du second tour.
M.Prasquier a -t-il pris position au nom du CRIF ?
Ou en tant que simple citoyen?
De toute façon, la charge menée contre lui est démesurée!
La chasse aux sorcières ,laissons la à d'autres si disponibles s'agissant de nous.
André M
A la fin de l'interview de Haaretz, la mention suivante figurait à la fin de l'article.
Richard Prasquier is the President of CRIF, the representative Council of French Jewish Institutions, the umbrella organization representing the French Jewish community.
Je pense qu'il ne s'agit pas d'une prise position personnelle.
Richard Prasquier a diffusé un communiqué officiel dans le journal du CRIF confirmant la neutralité de l'institution dans le scrutin présidentiel.
Le président n'aurait pas du s'exprimer à titre individuel.
Compte tenu des réactions de nombre de juifs sur les réseaux sociaux suite à l'élection de François Hollande, je suis malheureusement obligé d'acter que la grande majorité de nos co-relégionaires ont une approche extrêmement pauvre, basique, des enjeux politiques et citoyens de ce pays. En 30 nous sommes passés d'un vote Mitterand à un vote Sarkozy/Buisson. Comment? L'argument grotesque Sarkozy ami indéfectible d'Israel ne tient pas l'examen. Optons plutôt pour un habillage de préoccupations bien plus basiques -le patrimoine- et inquiétantes -mulsumanophobie-. Après quelques ballons d'essai remarqués, Prasquier s'est définitivement disqualifié pour nous représenter. Il va partir. Qui pour le remplacer??? Soyons vigilants, car comme le dit Jacques Benillouche, nous n'avons pas le droit, pour traverser ces temps fragiles, de nous tromper.
Enregistrer un commentaire