LA NÉCESSAIRE REFONDATION DE L’UMP
Par
Jacques BENILLOUCHE
L’UMP
dispose d’une ultime chance pour revenir au devant de la scène politique ;
cette chance passe par la refondation du parti en modifiant son positionnement et
en choisissant la posture gaulliste qu’elle a quittée avec l’avènement de
Nicolas Sarkozy.
Valeurs
de droite
Les traumatismes des défaites de 1981 et de
1995 ont pu être surmontés par une remise en cause des doctrines. L’UMP a
évolué à compter de 2007 et, pour la première fois, elle n’a eu aucun complexe
à s’affirmer comme un parti de droite. Nicolas Sarkozy, adepte du volontarisme,
a insufflé des valeurs de droite dans une droite décomplexée et assumée. Mais
ce positionnement est à l’opposé du gaullisme qui ignore la droite
et la gauche pour ratisser large. Jacques Chirac avait choisi la doctrine
gaulliste qui lui a permis de s’installer aux commandes du pays durant deux mandatures.
L’UMP s’affirmera à nouveau aujourd’hui si elle
revient aux fondamentaux du général de Gaulle, dévoyés par les opposants à
Jacques Chirac qui n’ont cessé de se débarrasser de ceux qui revendiquaient l’héritage
de l’ancien président.
L’UMP
a deux choix : le sarkozyme avec François Copé ou le gaullisme de gauche
avec François Fillon. Elle tiendrait son salut en soutenant François Fillon,
élève de Philippe Seguin et condisciple de Henri Guaino, qui a toujours estimé que les gaullistes
n’étaient ni de droite et ni de gauche. François Copé et son entourage sont trop
sectaires pour redresser la barre et ils partagent l’échec de Sarkozy en
n’ayant pas condamné la dérive extrême-droitière du parti pour laquelle de
nombreux adhérents ne se sont plus reconnus.
Deux hommes
d’État
François Fillon pourrait partager le destin
de deux hommes d’État maltraités par leurs pairs au moment où la France
avait le plus besoin de repères parce que la politique politicienne avait pris
le pas sur la réflexion. Philippe Seguin et le radical socialiste Pierre Mendès-France ont peu gouverné mais leurs idées les ont transcendés parce qu’elles ont
survécu à la mort de l’un et seront une référence après le décès de l’autre.
Tous deux ont fait de la politique pour servir leur pays et non pour se servir.
Ils n’ont pas couru après la carrière ni après les honneurs des postes
ministériels et ils ont tout laissé tomber, en pleine gloire, lorsqu’ils ont
constaté que la politique, qui leur était proposée, n’était plus en adéquation
avec leurs convictions. Les hommes politiques sont avides de pouvoir mais eux,
ont accepté de le quitter volontairement en démontrant ainsi la grandeur de
leur personnage.
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| Pierre Mendes-France |
Mendès-France était
juif. Seguin avait fréquenté les juifs durant son enfance et il continuait à
les côtoyer, en toute simplicité, une fois par semaine au restaurant la Boule
Rouge de Montmartre. Il aimait en effet la bonne chère et surtout les plats
roboratifs tunisiens qui ont sculpté sa carrure et fatigué son cœur. Sa
proximité avec les juifs était telle que certains lui ont cherché une
ascendance juive comme s'ils voulait l’honorer. Les deux hommes d’État ont eu en commun la
Tunisie, l’un parce qu’il y était né et
l’autre, parce qu’il lui avait offert la liberté sous forme
d’indépendance au moment où les colonialistes s’acharnaient à se couvrir le
visage pour ne pas voir la réalité nouvelle qui se propageait dans les esprits
et se concrétisait sur le terrain.
Quelques mois aux commandes
Mendès-France n’a gouverné que pendant sept
mois et il s’en est allé sur la pointe des pieds quand il a découvert que la
politique devenait synonyme de haine, d’intérêt, de bassesse et de mauvaise
foi. Et pourtant il a laissé des traces indélébiles alors que d’autres, qui ont
occupé des ministères pendant des années, n’ont jamais marqué la République.
Mais malgré cette durée limitée, il a semé ses idées que ses adeptes ont ensuite portées comme un étendard, avec fierté, sans jamais oublier d’en rappeler
l’origine : Michel Rocard, premier ministre, Jacques Delors grand de
l’Europe, et Dominique Strauss-Kahn qui a malheureusement mal tourné.
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| Jacques Delors |
Philippe Seguin était lui aussi entier et
il a préféré claquer la porte quand il a senti que les options choisies
n’étaient plus en conformité avec ses idées. Comme son prédécesseur, il a
constitué un vivier de futurs hommes d’État qui se reconnaissent aujourd’hui
dans sa lignée. Son poulain François Fillon est devenu premier ministre tandis
que son élève Henri Guaino, conseiller
spécial de Nicolas Sarkozy, a inspiré par sa plume le président mais il a été
supplanté, pour le malheur de Sarkozy, par l’extrémiste Buisson. D’autres
encore n’hésiteront pas à se recommander de lui quand l’Histoire aura rendu ses
lettres de noblesse à leur maitre. Sa culture n’avait d’égal que son humour percutant.
Il le manifesta lorsque Jacques Delors s’avisa de se présenter à l’élection
présidentielle : «En 1974, les Français voulaient un jeune : ils ont eu
Giscard. En 1995, ils voudront un vieux : ils auront Giscard. Mais avec Delors,
les socialistes passent de Léon Blum à Léon XIII.»
Gaullisme
social
Ils véhiculaient
des idées foncièrement de gauche et chacun d’eux, dans son registre, a été
catalogué de «gaulliste social», un positionnement qui ne s’apparentait
ni à la gauche et ni à la droite. Mais les deux personnages ont été des hommes
du «non». Mendès-France a dit non au projet de constitution élaboré par
Charles de Gaulle en 1958 car il était opposé aux conditions dans lesquelles le
général avait décidé de prendre le pouvoir. Philippe Seguin n’avait pas hésité
à braver son propre parti pour dire non à Maastricht afin de dénoncer «l'engrenage
économique et politique» dans lequel, selon lui, le traité qui devait faire
naître l'euro risquait d'entraîner l'Europe. L’expérience montre qu’il était
visionnaire dans ce domaine. Tous deux, après avoir été battus dans un combat
déséquilibré, ont alors préféré quitter le pouvoir pour s’adonner à la
réflexion politique, celle qui manque le plus aux hommes de gouvernement.
Mendes-France n’a
été consacré que longtemps après sa mort, discrète et presque gênante, alors que
Mitterrand prenait le pouvoir sans aucun geste de reconnaissance envers celui
qui l’avait fait. Seguin aura lui aussi droit à sa gloire posthume lorsque son
absence pèsera dans les consciences. Tous deux demeureront une référence dans
la classe politique française, et même internationale, comme symbole d’une
conception exigeante de la politique. Une conception qui se fait rare de notre
temps où la médiatisation à outrance transforme les hommes politiques en
marionnettes et où l’avidité les pousse à tous les excès.
Il n’y a pas d’exemple similaire en Israël
où des hommes ayant quitté le pouvoir en pleine gloire ont continué à inspirer
les pas de ceux qui les ont suivis. Les hommes politiques israéliens devraient
prendre exemple sur ces deux hommes qui ont fait ou feront l’Histoire parce
qu’ils étaient intègres, entiers et intransigeants dans leur démarche
politique. Ils personnifient à eux deux ce qu’on appelle communément : le
service de l’État.
Copé ou Fillon
François Hollande a une filiation certaine avec Jacques Delors et certains reconnaissent en lui les idées gaullistes dont il ne peut se prévaloir. Si l’UMP choisit François Fillon, elle pourrait
ramener à elle tous ceux qui ont temporairement quitté ses rangs pour se
diriger vers le parti socialiste et ceux, réfugiés vers le centrisme, qui n’étaient
adeptes d’aucun extrémisme. Mais la logique épargne les esprits politiques et
les combats de personnes, les rivalités et les intérêts partisans primeront sur
l’intérêt national. Alors peut-être, une cure d’opposition serait utile pour
que les esprits se ressaisissent, pour que l’on sorte des clivages artificiels droite-gauche au moment d'une crise suprême,
pour que François Fillon organise son équipe gaulliste qui pourrait permettre à l’UMP
de revenir aux affaires. Dans le cas contraire, les socialistes auront un grand
boulevard durant au moins les dix prochaines années, le temps qu’une nouvelle
génération prenne la relève.





















6 commentaires:
Les temps ont changés, le Monde n'est plus en adéquation avec les options gaullistes, il ne faut plus voir le présent encore plus l'avenir avec des visions passéistes...immigration, contexte géopolitique, émergence des nouvelles puissances BRIC...déclin de l'Europe...Je militerai plutôt pour une nouvelle gouvernance européenne avec pourquoi pas Nicolas Sarkozy à sa tête.
Gérard Amsellem considère l'option gaulliste dans sa globalité et, étant donné les changements intervenus dans la donne géopolitique, il y voit une vision du passé.
Rien n'est plus vrai.
Mais ce n'est pas le propos de Jacques Benillouche qui lui, et dans un style on ne peut plus brillant, évoque l'héritage humain du gaullisme, c'est à dire des hommes ni de gauche ni de droite, avec une conception unique du service de l'Etat. En ce sens, le général a été poursuivi après sa mort, non pas par une politique gaullienne dont nous Israéliens avons souvent fait les frais, mais par des hommes d'idées et d'action auxquels la politique politicienne était totalement étrangère.
Bravo Jacques!"
jamais la droite ne reviendra au pouvoir sans les électeurs du FN et jamais la gauche n'aurait pu y arriver sans ceux de l'extrême gauche.Patrick Buisson a parfaitement conseillé Nicolas Sarkozy qui aurait dû entendre les électeurs désespérés du FN deux ans avant le 6 mai !
Dire à l' UMP de devenir un parti centriste avec une touche de gaullisme, c'est offrir un boulevard à Marine Le Pen et au PS, leurs intérêts étant liés .
merci du conseil ,personne n'en veut!
PMF a perdu le pouvoir parcequ'il était juif et qu'il était au dessus de tout la classe politique de l'époque et Philippe Séguin n'a jamais exercé le pouvoir car il avait un très mauvais caractère et que Jacques Chirac qui le redoutait lui a barré sans arrêt la route.
Tout le reste n'est que littérature.
ANDRÉ.M
"la trajectoire de Nicolas Sarkozy est orientée vers l'Europe".. vous ne semblez pas avoir bien suivi l'entre de tours dei l'élection présidentielle ... »
Il y a ceux qui entendent et ceux qui écoutent...j'ai écouté et décrypté ses déclarations de l'entre 2 tours...il ne reviendra pas à la politique par la petite porte .
Je suis assez de l'avis d'André, quand à Sarkosy je ne veut plus de guignol pareil la politique c'est sérieux, normalement !
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