46 ANS APRÈS LA RÉUNIFICATION DE JÉRUSALEM
Par
Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
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| Jérusalem le Kotel et le Mont du temple |
La guerre israélo-arabe conditionne pour
grande partie la politique mondiale avec le contexte de Jérusalem au cœur de ce
conflit. Jérusalem est la plus ancienne capitale d'un État souverain. Son
histoire est complexe dans ses dimensions religieuse, chronologique et
politique. Kaléidoscope ethnique et culturel, son destin urbain se caractérise
par la succession de phases d'ombres et de lumières: 18 fois détruite, elle a
toujours survécu, en tant qu'entité urbaine.
L’aspect historique de la ville est connu
de tous. En –997 de notre ère, le Roi David établit
la capitale de son royaume à Jérusalem et son fils, le roi Salomon, construisit en -968 le Temple pour ainsi
sanctifier la ville. Les juifs ont vécu à Jérusalem en permanence pendant plus
de 3.000 ans depuis que le Roi David en fit sa capitale, exception faite des
brèves périodes où ils n’avaient pas le droit d'y vivre. Jérusalem n’a jamais été la capitale d’un État arabe malgré
les invasions musulmanes à travers les siècles mais, même sous domination
musulmane, elle n’a été qu'une ville de mouvements confus. L’expulsion des
juifs d’Espagne au 15ème siècle avait
gonflé la population juive qui constitua la plus grande communauté en 1840 et la
majorité depuis 1870.
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| Déclaration Balfour |
Les
historiens confirment que les juifs et arabes ont vécu de manière harmonieuse
pendant ces décennies, certainement parce qu’il n’y avait alors aucune
revendication des deux bords. C’est à partir de 1917 que le germe du conflit va
progressivement contaminer les deux communautés. En effet, Lord Balfour avait déclaré qu’«il considère avec faveur
l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif.» C’est
à la suite de cette déclaration que la Société des Nations décida d’octroyer à la Grande-Bretagne le
mandat de favoriser la formation d'un foyer national juif en Palestine.
Fin de l’harmonie
La famille hachémite institua le royaume de
Jordanie et chercha à contrer cette
décision, avec le consentement masqué de la Grande-Bretagne. Les anglais n’appréciaient
pas, en effet, le programme sioniste qui avait pour conséquence de les éliminer
de cette région. A partir de là, la violence contre les juifs s’intensifia avec
des pogroms dans les rues de Jérusalem. Pour récupérer la situation à leur
profit, les anglais ont alors envenimé les relations entre arabes et juifs en
nommant Hadj Amin Al Husseini au poste de
Grand Mufti de Jérusalem. Il s’empressa de télécommander les attaques contre
les juifs et de supprimer leurs droits religieux et politiques. Il ira jusqu’à
se compromettre en compagnie d’Hitler dont il approuva le programme
d’extermination nazi.
C’est le 29 novembre 1947 que l’on parla
pour la première fois de Jérusalem comme ville «internationale», à
l’occasion du vote à l’ONU de la partition de la Palestine en deux États, juif
et arabe. Le plan prévoyait «des garanties pour la protection des lieux
saints. ». Les arabes se sont opposés jusqu’en avril 1948 à ce projet
en attaquant les juifs à travers le pays et en tuant près de 300 d’entre eux à
Jérusalem. Un siège y avait été imposé pour bloquer la fourniture d’eau, les
produits alimentaires et les médicaments.
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| La route de Birmanie |
Ben Gourion avait alors décidé de s’opposer
à la mainmise arabe en exigeant la construction de nuit d’une route de
dégagement «La route de Birmanie» à travers les montagnes voisines. Bien
que des convois armés furent pris en embuscade et détruits, le blocus fut brisé.
L’attaque généralisée en 1948 des pays arabes poussèrent les jordaniens à
expulser les juifs de la ville et à prendre part à l’assaut général contre un
Israël naissant. La Jordanie et Israël signèrent en avril 1949 un accord
d’armistice qui divisa la capitale, pour la première fois de son histoire, mais
cela n’empêcha pas Jérusalem
d’être proclamée capitale de l’État israélien.
Un camp retranché
L’armistice transforma Jérusalem en camp
retranché avec des champs de mines et des fils de fer barbelés qui dénaturèrent
le paysage en lui enlevant son originalité envoutante de ville sainte. La porte
de Mandelbaum, lieu de communication entre
les deux pays, devenait le symbole de l’affrontement entre soldats israéliens
et jordaniens. Mais si l’accord avait permis une pacification entre les
belligérants, il ne fut pas respecté par les arabes sur plusieurs points.
L’accès
aux lieux Saints était refusé aux juifs et aux chrétiens venant d’Israël. Les
juifs n’avaient plus le droit de se rendre au Mont Scopus où ils disposaient
d’une université ni à l’hôpital Hadassah.
Le cimetière du mont des Oliviers avait été profané tandis que la
destruction de vieilles synagogues s’intensifia.
Aucun parti, aucun gouvernement sous
l’autorité de Lévy Eshkol ou de Ben Gourion, aucune formation qui siégeait à la
Knesset, de l’extrême droite à l’extrême-gauche, n’avaient entrepris de
démarche, même symbolique, pour réunifier la Capitale. L’indifférence politique
à l’égard du cœur historique de la terre d’Israël prévalait. Si le gouvernement
israélien gardait un œil sur Jérusalem, il ne croyait pas beaucoup à une
possible réunification qui risquait, selon les pragmatiques travaillistes au
pouvoir, de compliquer la situation diplomatique. Il savait aussi que les
problèmes des lieux saints, surtout chrétiens, dépendait d’un accord avec le
Vatican qui n’avait pas reconnu l’État d’Israël.
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| David Ben Gourion |
Les travaillistes, longtemps au pouvoir
jusqu’en 1977, ne cherchèrent pas à profiter des occasions militaires qui leur
étaient données pour programmer la récupération de Jérusalem-Est, même si l’accord
d’armistice ébréché leur en donnait l’alibi. Ils auraient pu profiter de la
puissance acquise par Tsahal pour étendre à la Jordanie la campagne de Suez en
1956 contre Nasser tandis qu’ils bénéficiaient alors de la caution et de la
complicité des anglais et des français.
Un sujet tabou
Le problème de Jérusalem-Est était peu
abordé par les politiques et encore moins par les religieux qui ne semblaient
pas pressés de récupérer l’autre partie de Jérusalem, comme s’ils attendaient
le Messie pour la réalisation de la promesse divine. Le sujet était même devenu
tabou.
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| Abdallah 1er de Jordanie |
De son côté, Israël ne voulait pas
détériorer ses relations avec le royaume de Jordanie et tenait à privilégier
son voisin. Le grand-père du roi Hussein, Abdallah 1er,
avait payé de sa vie son étroite collaboration avec l’État juif et c’est
pourquoi, en souvenir de ce héros courageux assassiné, les israéliens ont
toujours protégé le petit royaume quitte à sacrifier leur désir de
réunification.
Les israéliens n’ont pas non plus cherché à
profiter des bruits de bottes précédant la Guerre de Six-Jours pour prétexter un droit de légitime défense. Malgré
l’occasion qui leur était offerte, ils ont envoyé, avant le 5 juin 1967, des
émissaires au roi de Jordanie pour l’assurer qu’Israël n’avait aucune intention
d’attaquer son royaume s’il demeurait pacifique. Mais le roi Hussein n’a pas
tenu compte de ce message et a préféré suivre la stratégie des pays arabes conduits
par le président égyptien Nasser.
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| Le roi Hussein de Jordanie |
Un général égyptien prit le commandement
des troupes jordaniennes qui ont bombardé l’ouest de Jérusalem dès le 5 juin
1967. A 9h45 l’artillerie visait les quartiers résidentiels juifs et dans
l’après-midi, les troupes jordaniennes avaient conquis Armon Hanatziv, quartier
de Jérusalem utilisé comme base par l'ONU. Par ailleurs, le corps
expéditionnaire irakien reçut la permission de masser ses troupes en
Cisjordanie, le long d’Israël.
Jérusalem libérée
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| Levi-Eshkol |
Le premier ministre Levi Eshkol ne se
résignait pas à la guerre avec le roi Hussein. Il envoya un autre message au roi,
via le commandant de l’UNTSO (observateurs de l’ONU en Cisjordanie), pour lui
conjurer de faire marche arrière et de se retirer de la guerre en l’assurant
que son pays ne serait pas attaqué. Mais l’intoxication égyptienne fit son
effet avec l’annonce fantaisiste de victoires égyptiennes sur Israël. A 12h45,
Israël décida alors d’attaquer la Jordanie pour endiguer le danger et pour entreprendre
son avancée vers Jérusalem. Ce projet n’avait jamais traversé l’esprit des
dirigeants israéliens quelques semaines auparavant. D’une certaine façon, ils y
ont été contraints.
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| Jérusalem-1967 |
La Guerre de Six-Jours permettra à la partie-Est
de la ville d’être libérée en plaçant la vieille ville entièrement sous
contrôle israélien. Mais la communauté internationale ne reconnaitra jamais
Jérusalem comme capitale de l’État juif. Pour les israéliens, l’acquisition de
Jérusalem confortait l’identité
spécifique du peuple juif et les fondements du judaïsme : «Si je
t’oublie Jérusalem, que ma droite m’oublie ; que ma langue se colle à mon
palais, si je ne me rappelle pas ton souvenir» (Psaume 137-5/6).
Les
israéliens estiment qu’en ne reconnaissant pas Jérusalem, les autres nations
tentent de porter atteinte au peuple juif en entier et de lui refuser un droit
d’existence. Ils n’y voient pas une lutte politique mais un combat religieux.
Les israéliens ont semblé très embarrassés par
cette nouvelle acquisition qu’ils n’avaient pas prévue. Ils reprirent en mains
les Lieux Saints mais gardèrent à la ville arabe son statut d’origine. Ils
savaient que le sujet serait épineux face à la réaction des arabes, des
chrétiens et du Vatican et ils mirent du temps à décider une annexion juridique.
Dix ans après, en 1977, les travaillistes n’avaient pas légiféré tandis que les
discussions sur Jérusalem n’occupaient aucun débat à la Knesset. Les dirigeants
de l’époque craignaient d’envenimer les relations avec les palestiniens et avec
le monde occidental en particulier.
D’ailleurs le premier anniversaire de la
réunification, le 28 mai 1968, a été célébré avec beaucoup de discrétion pour
ne pas lui donner de retentissement. Le célèbre maire de la ville, le
travailliste Teddy Kollek, a tenu à réduire son importance pour ne pas froisser
les sentiments de la population arabe de la ville.
Même l’arrivée de la droite au pouvoir en
1977 avec un premier ministre Likoud, Menahem Begin, ne remit pas au centre des
préoccupations israéliennes l’annexion politique de Jérusalem. Certes tous les
ans, le 28 Iyar du calendrier juif, tombant cette année le 20 mai 2012, les
israéliens fêtent le Yom Yérouchalayim, jour de la libération de Jérusalem mais
la fête concernait uniquement la réunification physique de la capitale.
Il
faudra attendre sur le plan juridique et politique le 30 juillet 1980, avec un
délai de treize années qui dénote les réserves de la décision, le vote de la
septième des quatorze lois fondamentales qui
constituent l’ossature d’une future constitution israélienne. La loi confirme
l’annexion de la partie-Est et proclame Jérusalem «une et indivisible»
comme la capitale politique de l'État d'Israël. Mais aucun État occidental n’a
entériné cette décision de la Knesset.
Jérusalem est le point d’achoppement dans
les discussions avec les palestiniens qui tiennent à récupérer la partie-Est
pour en faire la capitale d’un éventuel État palestinien. Aucun gouvernement de
droite ne se risquerait à diviser à nouveau Jérusalem pour une simple question
de convenance politique.
Les israéliens s’inquiètent cependant du «plan
secret» que Barack Obama avait l’intention d’imposer dans la région, une fois
réélu, et dont les grandes lignes ont été divulguées. Le président américain
veut fixer les futures frontières de l’État palestinien et, pour parvenir à ses
fins, il veut sortir de son rôle d’intermédiaire pour se transformer, auprès
des israéliens, en négociateur direct mandaté par l’Autorité palestinienne.
Selon lui, Israël devrait se retirer sur
les frontières de 1967, corrigées par les 4% de territoire qui lui seraient
alloués. Jérusalem-Est reviendrait au nouvel État palestinien à l’exception des
quartiers juifs qui resteraient sous contrôle israélien. Les palestiniens et
les israéliens partageraient la souveraineté du Mont du Temple sous l’égide
d’un comité chapeauté par le Vatican.
Mais le cas de Jérusalem, ville
exceptionnelle, est complexe pour trouver une formule ordinaire capable de
fédérer. La capitale est trop petite, trop peuplée, et trop symbolique pour les
trois religions monothéistes et, par méfiance, chacune des deux parties tient à
garder la moindre parcelle de terrain.
Pour certains israéliens qui refusent de se
comporter en idéologues, les négociateurs devraient éviter de se polariser sur
les problèmes de souveraineté qui imposent un redécoupage de la vieille ville.
Ils prônent une gestion commune des affaires municipales par une instance
commune neutre après élaboration d’un statut spécial de la vieille ville, tout
en permettant aux citoyens des deux bords de relever du droit de leur État
d'appartenance. Les conséquences positives seraient nombreuses puisqu’elles impliqueraient
le déplacement hautement symbolique des ambassades de Tel-Aviv à Jérusalem pour
les deux États avec à la clef des créations d’emplois. Mais cette solution,
pourtant originale, logique et pacifique, reste du domaine du rêve ou de la seule
volonté politique des dirigeants israéliens et palestiniens.



























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