CAS DE CONSCIENCE : VOTER?
Par Johann HABIB
Avocat fiscaliste
israélien
Dans quelques jours auront lieu les
échéances électorales les plus importantes pour la France: élections
présidentielle et législative. S'est posé à bon nombre de binationaux vivants à
l'étranger le fameux cas de conscience: voter ou ne pas voter. Cette question dépasse
largement la controverse relative aux scrutins à venir: elle s'inscrit dans la
problématique de l'évolution de la notion d'identité.
"Voter est un droit
et un devoir civique"
Comme l'a fort justement indiqué
Jacques Benillouche, les générations précédentes se sont tellement battues pour
obtenir le droit de vote, qu'il serait insultant à leur égard de ne pas en user,
que l'on vive sur le territoire national ou à l'étranger. Les adversaires du
vote extraterritorial ont la conscience tranquille: ils votent aux élections
israéliennes. Il est dit également que si l'on ne veut pas voter, il faut
renoncer à sa nationalité française. Il s'agit d'un argument peu objectif qui joue
plus sur l'émotionnel. Dont acte. Ajoutons que certains pays comme Israël ne
permettent pas le droit de vote de leurs expatriés (sauf corps diplomatique et
consulaire).
Emigration de France
«Je ne vis plus en France, je ne
souhaite pas présider à la destinée de ce pays».
Ce point de vue est également
empreint d'éthique apparente, mais de vision à court terme, qui distingue mal
résidence, nationalité et identité. Dans un monde globalisé où l'on se déplace
pour quelques centaines d'euros d'un continent à l'autre, les repères ont
beaucoup évolué ces dernières années. L'attache n'est plus exclusivement
territoriale. La nationalité doit-elle se réduire à la délivrance d'un titre
d'identité?
En vertu de la "loi du
retour" la simple manifestation de volonté permet aux juifs et à ceux
qui prouvent une ascendance juive de prendre la nationalité israélienne. La
nation étant un ensemble de personnes qui souhaitent vivre ensemble, Israël est
sans doute le dernier vrai Etat-Nation. Et pourtant, ceux-là même qui ont pris
la nationalité israélienne par choix de vie, sont également de culture française,
leur langue maternelle est le français ; ils lisent des journaux dans la
langue de Molière, parlent français lorsqu'ils rencontrent un francophone, ont
un accent français lorsqu'ils parlent hébreu et sont souvent définis dans le
regard de leur compatriotes israéliens comme "tsarfatim"
(français). Ils ont ri avec Fernandel, chanté avec Aznavour ou Souchon, buté
sur l'imparfait du subjonctif. Certains travaillent encore en France. Voter
c'est s'inquiéter de ce fonds commun culturel et de valeurs dont ils sont
partie prenante.
Les élections législatives
Du point de vue constitutionnel, un
député ne représente pas «sa» circonscription mais l'ensemble du peuple
français. Cependant la pratique électorale, le «clientélisme»
dans son acception la plus naturelle, incite un député à défendre ceux qui
l'ont envoyé à l'assemblée, sa réélection en dépendant. La mondialisation a
élargi le regard des politiques sur les « français de l'étranger »
en créant douze circonscriptions géographiques hors de France aux élections
législatives.
Dès lors, la problématique est toute
autre puisque le député sera élu par les français d'une zone mondiale
déterminée, ce qui devrait inciter d'autant plus les électeurs à voter pour un
candidat qui est «proche de leur préoccupations». Ces différentes
voix des français de l'étranger au parlement seront-elle audibles dans le débat
républicain structurellement bipolaire ou ne seront-elles que des appoints
nécessaires à la formation d'une majorité à l'assemblée? Un pourcentage de
participation élevé à l'élection assiéra la légitimité de chacun d'entre eux.
La pratique dans la législature
2012-2017 nous renseignera sur ces aspects. Si la participation aux scrutins en
Israël est importante, la majorité dégagée aux deux élections aura un sens que
le président élu, et d'autant plus le député choisi de la 8e
circonscription, devront prendre en compte dans nombre de décisions, qu'il
s'agisse de politique étrangère, de coopération ou de francophonie. D'autre
part, du comportement du futur député de cette circonscription dépendra le
degré d'implication futur des franco-israéliens dans la défense de nos valeurs
communes. C'est pourquoi, il est nécessaire de voter aux prochaines échéances
électorales françaises.















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