UN TROU DE SOURIS
Par André MAMOU
Tribune Juive
«Par un trou de
souris», c’est pour le candidat Sarkozy le seul chemin possible pour
accéder à la première magistrature de la République. Il lui faudrait des
reports de plus de 70 % des suffrages du FN, de plus de 50 % de ceux de
François Bayrou, pour finir à 50,1% et rester le Président.
François
Hollande pour le devenir, c’est assez facile : il aura la
quasi-totalité des voix de la gauche de la gauche et des maigres suffrages des
écologistes. Il obtiendra un bon tiers des voix de François Bayrou , 15 à
20 % des voix de Marine Le Pen, il aura 53 % des suffrages exprimés et
sera le nouveau Président de la République.
Ce calcul
parfaitement recevable est celui des intentions de vote, celui des
sondeurs au jour du sondage. Il y a une marge d’erreur de 2% et il
y a des «passeurs», des électeurs déterminés à voter pour un candidat,
qui changent d’avis en chemin ou même en tirant les rideaux de l’isoloir. Le
plus souvent ils «passent» du Front de Gauche au PS ou du Front National
à l’UMP mais ceux qui vont de la droite extrême à la gauche, c’est également
fréquent parce que sociologiquement, ils sont de la gauche ouvrière ou de la
petite paysannerie ou bien parce qu’ils sont en colère. Et la colère est une
courte folie !
Alors le
vainqueur logique du second tour serait François Hollande. Il en est
convaincu, il est déjà entré dans la fonction, adopté le phrasé et
l’onction du président qu’il estime être certain de devenir le 6 mai au soir.
Et il a réussi à faire du président sortant un challenger qui se bat, qui prend
des risques et qui risque tout.
On a déjà
vu cela le soir des championnats du monde, sur les rings de Las Vegas ou du
Palais des Sports. On a déjà ressenti cette tension. Et on s’est mobilisé sur
l’un puis attendri sur l’autre et on a vécu plus fort, plus haut parce que le
mérite, le destin devaient désigner un vainqueur et nul d’entre nous n’a
pensé «malheur aux vaincus» mais «honneur aux combattants» !
François Bayrou,
qui avait 18 % des voix en 2007, en a maintenant moitié moins et c’est la
troisième fois qu’il est candidat. François Mitterrand et Jacques Chirac ont
été élus à leur troisième candidature. Lui non. Il n’a pas démérité, il a
alerté le peuple de France et ses dirigeants sur la nécessité d’apurer les
passifs (40 milliards d’intérêts par an !) et il a fait un certain nombre
de propositions pleines de bons sens et d’intelligence. Mais il est au Centre,
au centre «du triangle des Bermudes» disait François Mitterrand,
c'est-à-dire nulle part. Il vient de la Démocratie Chrétienne, du MRP des
années 50 et de la Troisième Force.
Mais dans la Cinquième République, on est de gauche, on est de droite, on
peut être libéral, social, humaniste, on peut choisir la nuance de sa couleur
mais d’abord, on adopte une couleur. Nicolas Sarkozy qui pouvait, ou aurait pu, en
faire un premier ministre est désemparé par l’ambition obstinée de ce
grand blessé de la guerre politique qui pense à haute voix : «Si
Sarkozy perdait, si l’UMP se disloquait et s’il fallait un arbitre, un recours,
je serais là.» On a vu des chats rester immobiles pendant des jours devant
le bocal ou tourne un poisson rouge, et attendre qu’il sorte de l’eau pour s’en
emparer.
Le Front de
Gauche (sur logistique Parti Communiste), les partis d’inspiration trotskistes
et les écologistes, ont réuni 15 % du corps électoral. Quelles que soient leurs
outrances, leurs violences verbales, les insultes qu’ils prodiguent et les
menaces qu’ils brandissent, nul commentateur ne s’en offusque. Le candidat du
PS n’est pas du tout gêné de recevoir l’appui des uns et de passer des accords
avec les autres (sacrifier à terme la filière nucléaire, leur réserver des
circonscriptions gagnables pour récolter 2% des suffrages).
De l’autre
coté, il y a le Front National et Marine Le Pen : 18 % du corps
électoral, 6 millions et demi de votants. François Hollande s’est adressé à eux
qui «font partie du peuple de France» pour leur promettre une
amélioration de leur niveau de vie ou des prestations sociales renforcées. Il
a, lui aussi, besoin d’eux pour passer la barre et sauter de 49 à 52 % des voix.
Nul commentaire désobligeant dans les médias qui jugent normal qu’un candidat
s’adresse à tous ceux qu’il souhaite rassembler. Et nulle critique particulière
en provenance de l’UMP.
Nicolas
Sarkozy lui aussi a besoin des voix stérilisées par le FN et il en recherche
plus des deux tiers. À gauche, on a fait «donner» les
journalistes amis ou complices comme on faisait «donner la Garde» dans
les batailles napoléoniennes indécises. On a tout lu, tout entendu : «dérive
droitière, pétainisme, la honte de la République», insultes, calomnies,
mensonges et procès staliniens ou procès en sorcellerie. Pourtant le candidat président
avait bien précisé qu’il «ne passerait aucun accord d’aucune
sorte avec personne» et qu’il ferait se maintenir ses candidats à toutes
les élections triangulaires au second tour des législatives.
Quand le président
sortant dit qu’il veut diviser par deux le nombre des nouveaux immigrants parce
qu’à force d’accueillir trop de monde, on accueille mal tout le monde, quand il
met des conditions de délais de séjour et de cotisations pour avoir accès à la
fontaine des prestations sociales les plus généreuses du monde, qu’il refuse le
droit de vote aux immigrés qui ne demandent pas leur naturalisation, ce serait
du racisme, de l’alignement pur et simple sur les thèses du FN ?
UN
FRANÇAIS SUR CINQ
Nicolas Sarkozy
s’aperçoit sans doute un peu tard, probablement trop tard, que presqu’un français
sur cinq se sent malheureux, pas pris en compte, abandonné et sacrifié. La
mondialisation, l’éloignement des grandes banlieues peuplées des nouveaux
loosers (perdants et malheureux), la marée de l’immigration sans contrôle,
l’insécurité et les incivilités, la montée implacable du chômage que l’on
aurait pu contenir non pas en créant des postes de fonctionnaires ou des
emplois subventionnés mais en investissant massivement dans la formation,
tout cela devait être pris en compte dès 2010 et non pas figurer au programme
d’un nouveau quinquennat.
Il faudrait que
les électeurs lui accordent une nouvelle chance, en tenant compte de son
bilan bien meilleur que celui de la plupart de nos voisins,
de sa gestion courageuse des crises financières et internationales, de sa
volonté de réformer et de ses capacités extraordinaires : un vrai
puncheur, confronté à un champion de l’esquive et de la feinte. Deux
conceptions du Noble Art !
La France
choisira et le président élu sera celui de tous les Français et nos lecteurs
souhaiteront qu’il réussisse et quel que soit son nom, ils lui diront
bonne chance : «Mazel Tov !»


















1 commentaire:
Sarkozy ou Hollande ? Hollande ou Sarkozy ?
Tel sera le dilemme pour les Français dans une semaine.
Je vous remercie d'avoir, grâce au ton presque badin de cet article, gommé un peu le tour détestable qu'a pris cette campagne où Sarkozy est devenu l'homme à abattre - en particulier pour la classe médiatico-sondagière - comme si l'avenir de la France dépendait de l'éviction du président sortant, alors que ce sont plutôt les choix économiques de Hollande qui vont à contre-courant de tout ce qui est préconisé en Europe pour lutter contre la crise, qui pourraient nous précipiter au niveau de nos voisins européens qui ont moins bien résisté que nous qui avons bénéficié des réformes de Sarkozy.
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