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samedi 28 avril 2012

UN TROU DE SOURIS


UN TROU DE SOURIS

Par André MAMOU
Tribune Juive


«Par un trou de souris», c’est pour le candidat Sarkozy le seul chemin possible  pour accéder à la première magistrature de la République. Il lui faudrait des reports de plus de 70 % des suffrages du FN, de plus de 50 % de ceux de François Bayrou, pour finir à 50,1% et rester le Président.


 
 François Hollande pour le devenir,  c’est  assez facile : il aura la quasi-totalité des voix de la gauche de la gauche et des maigres suffrages des écologistes. Il obtiendra un bon tiers des voix  de François Bayrou , 15 à 20 % des voix de Marine Le Pen, il aura 53 % des suffrages exprimés et  sera le nouveau Président de la République.
Ce  calcul parfaitement recevable est celui des intentions de vote, celui des sondeurs   au jour du sondage. Il y a une marge d’erreur de 2% et il y a des «passeurs», des électeurs déterminés à voter pour un candidat, qui changent d’avis en chemin ou même en tirant les rideaux de l’isoloir. Le plus souvent ils «passent» du Front de Gauche au PS ou du Front National à l’UMP mais ceux qui vont de la droite extrême à la gauche, c’est également fréquent parce que sociologiquement, ils sont de la gauche ouvrière ou de la petite paysannerie ou bien parce qu’ils sont en colère. Et la colère est une courte folie ! 
LA FONCTION ET L’ONCTION 
Alors le vainqueur logique du second tour serait François Hollande. Il en est  convaincu, il est déjà entré dans la fonction, adopté le phrasé et l’onction du président qu’il estime être certain de devenir le 6 mai au soir. Et il a réussi à faire du président sortant un challenger qui se bat, qui prend des risques et qui risque tout.
 On a déjà vu cela le soir des championnats du monde, sur les rings de Las Vegas ou du Palais des Sports. On a déjà ressenti cette tension. Et on s’est mobilisé sur l’un puis attendri sur l’autre et on a vécu plus fort, plus haut parce que le mérite, le destin devaient désigner un vainqueur et nul d’entre nous n’a pensé «malheur aux vaincus» mais «honneur aux combattants» !
François Bayrou, qui avait 18 % des voix en 2007, en a maintenant  moitié moins et c’est la troisième fois qu’il est candidat. François Mitterrand et Jacques Chirac ont été élus à leur troisième candidature. Lui non. Il n’a pas démérité, il a alerté le peuple de France et ses dirigeants sur la nécessité d’apurer les passifs (40 milliards d’intérêts par an !) et il a fait un certain nombre de propositions pleines de bons sens et d’intelligence. Mais il est au Centre, au centre «du triangle des Bermudes» disait François Mitterrand, c'est-à-dire nulle part. Il vient de la Démocratie Chrétienne, du MRP des années 50 et de la Troisième Force.
Mais dans la Cinquième République, on est de gauche, on est de droite, on peut être libéral, social, humaniste, on peut choisir la nuance de sa couleur mais d’abord, on adopte une couleur. Nicolas Sarkozy qui pouvait, ou aurait pu, en faire un premier ministre est désemparé par l’ambition obstinée de ce grand blessé de la guerre politique qui pense à haute voix : «Si Sarkozy perdait, si l’UMP se disloquait et s’il fallait un arbitre, un recours, je serais là.» On a vu des chats rester immobiles pendant des jours devant le bocal ou tourne un poisson rouge, et attendre qu’il sorte de l’eau pour s’en emparer. 
FRONT de GAUCHE et FN 
Le Front de Gauche (sur logistique Parti Communiste), les partis d’inspiration trotskistes et les écologistes, ont réuni 15 % du corps électoral. Quelles que soient leurs outrances, leurs violences verbales, les insultes qu’ils prodiguent et les menaces qu’ils brandissent, nul commentateur ne s’en offusque. Le candidat du PS n’est pas du tout gêné de recevoir l’appui des uns et de passer des accords avec les autres (sacrifier à terme la filière nucléaire, leur réserver des circonscriptions gagnables pour récolter 2% des suffrages).
De l’autre coté, il y a le Front National et  Marine Le Pen : 18 % du corps électoral, 6 millions et demi de votants. François Hollande s’est adressé à eux qui «font partie du peuple de France» pour leur promettre une amélioration de leur niveau de vie ou des prestations sociales renforcées. Il a, lui aussi, besoin d’eux pour passer la barre et sauter de 49 à 52 % des voix. Nul commentaire désobligeant dans les médias qui jugent normal qu’un candidat s’adresse à tous ceux qu’il souhaite rassembler. Et nulle critique particulière en provenance de l’UMP.
 Nicolas Sarkozy lui aussi a besoin des voix stérilisées par le FN et il en recherche plus des deux tiers. À gauche,  on a  fait «donner» les journalistes amis ou complices comme on faisait «donner la Garde» dans les batailles napoléoniennes indécises. On a tout lu, tout entendu : «dérive droitière, pétainisme, la honte de la République», insultes, calomnies, mensonges et procès staliniens ou procès en sorcellerie. Pourtant le candidat président avait bien  précisé qu’il «ne passerait aucun accord d’aucune sorte avec personne» et qu’il ferait se maintenir ses candidats à toutes les élections triangulaires au second tour des législatives.
Quand le président sortant dit qu’il veut diviser par deux le nombre des nouveaux immigrants parce qu’à force d’accueillir trop de monde, on accueille mal tout le monde, quand il met des conditions de délais de séjour et de cotisations pour avoir accès à la fontaine des prestations sociales les plus généreuses du monde, qu’il refuse le droit de vote aux immigrés qui ne demandent pas leur naturalisation, ce serait du racisme, de l’alignement pur et simple sur les thèses du FN ?

UN FRANÇAIS SUR CINQ 
Nicolas Sarkozy s’aperçoit sans doute un peu tard, probablement trop tard, que presqu’un français sur cinq se sent malheureux, pas pris en compte, abandonné et sacrifié. La mondialisation, l’éloignement des grandes banlieues peuplées des nouveaux loosers (perdants et malheureux), la marée de l’immigration sans contrôle, l’insécurité et les incivilités,  la montée implacable du chômage que l’on aurait pu contenir non pas en créant des postes de fonctionnaires ou des emplois subventionnés mais en investissant massivement  dans la formation, tout cela devait être pris en compte dès 2010 et non pas figurer au programme d’un nouveau quinquennat.
On a manqué de lucidité et d’audace  chez le président Sarkozy.
Il faudrait que les électeurs  lui accordent une nouvelle chance, en tenant compte de son bilan bien meilleur  que celui de la plupart de  nos voisins,  de sa  gestion courageuse des crises financières et internationales, de sa volonté de réformer  et de ses capacités extraordinaires : un vrai puncheur, confronté à un champion de l’esquive et de la feinte. Deux conceptions du Noble Art !
La France choisira et le président élu sera celui de tous les Français et nos lecteurs  souhaiteront qu’il réussisse et quel que soit son nom, ils lui diront bonne chance : «Mazel Tov !»

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Sarkozy ou Hollande ? Hollande ou Sarkozy ?
Tel sera le dilemme pour les Français dans une semaine.
Je vous remercie d'avoir, grâce au ton presque badin de cet article, gommé un peu le tour détestable qu'a pris cette campagne où Sarkozy est devenu l'homme à abattre - en particulier pour la classe médiatico-sondagière - comme si l'avenir de la France dépendait de l'éviction du président sortant, alors que ce sont plutôt les choix économiques de Hollande qui vont à contre-courant de tout ce qui est préconisé en Europe pour lutter contre la crise, qui pourraient nous précipiter au niveau de nos voisins européens qui ont moins bien résisté que nous qui avons bénéficié des réformes de Sarkozy.