UN ANNIVERSAIRE, UN VIRAGE INQUIÉTANT
Par
Gérard AKOUN
Judaïques
F.M
Cette
semaine, l’actualité nous concerne à
deux titres, en tant que juif parce que l’Etat d’Israël fête le soixante-quatrième
anniversaire de sa naissance, en tant que français parce que le premier tour
des élections présidentielles a donné
les résultats que vous connaissez et que
dans dix jours nous devrons choisir celui qui sera le futur président.
Yom Hatzmaout
Bon
anniversaire à l’Etat d’Israël ! Depuis sa création, que de chemin
parcouru dans la haute technologie, dans la recherche scientifique, dans la
recherche médicale ; savez vous, qu’Israël a plus d’entreprises cotées au
NASDAQ, la Bourse mondiale des sociétés de haute technologie, que toute
l’Europe réunie ? Il brille aussi culturellement ; sa littérature,
son cinéma font une très
belle percée dans le monde des arts.
Cette
réussite exceptionnelle s’est faite dans
un environnement hostile, dans un climat ponctué par des guerres, qu’Israël a
gagnées, par un terrorisme qu’Israël a réussi à juguler. Il est devenu aussi
une puissance militaire, sans doute la plus importante de la région, mais sur
lui planent toujours des menaces, celle du nucléaire de l’Iran, celles de
l’extrémisme islamique du Hezbollah et du Hamas, mais aussi plus insidieuses celles
de tentatives de délégitimation qui se
font jour en France et en Europe. C’est
contre elles, que nous devons
lutter. Ce sont elles que nous devons dénoncer. Elles invoquent le plus souvent la défense des droits de
l’homme, qui selon certaines associations, seraient bafoués en Israël ; en
revanche, elles semblent très peu se préoccuper de ce qui se passe dans le
reste du Moyen-Orient, en particulier en Syrie.
Le
soutien inconditionnel que nous devons à l’existence de l’Etat d’Israël,
indépendamment du jugement que nous
pouvons porter sur la politique menée
par ses dirigeants, passe par ce combat. C’est un jour anniversaire, tous nos
vœux accompagnent Israël pour plus de progrès encore, et pour, qu’en
particulier, s’instituent enfin paix et sécurité, avec ses voisins.
Élections
françaises
A
l’issue du premier tour des élections, François Hollande devance Nicolas
Sarkozy et dispose, à gauche pour le
deuxième tour, d’un total de voix supérieur. Mais tous deux ont besoin, pour pouvoir être élu
que des électeurs de Marine Le Pen ou de François Bayrou votent pour eux au second tour. Nicolas Sarkozy a,
impérativement, besoin de séduire, quasiment la totalité des électeurs qui se sont portés sur Marine Le
Pen, s’il veut encore espérer être réélu.
Nicolas
Sarkozy me fait penser à l’arroseur arrosé : en axant sa campagne sur les
thèmes de la droite dure, Nicolas
Sarkozy pensait, comme en 2007, pouvoir
attirer à lui l’électorat de la famille Le Pen. Il n’a réussi qu’à
légitimer les thèmes défendus par l’extrême-droite et bien entendu, les
partisans du Front National ont
préféré l’original à la copie. La
manœuvre devait s’effectuer en deux temps : au premier tour :
dépouiller madame Le Pen, au second tour : revenir au centre pour inciter
une bonne partie des électeurs de François Bayrou à voter pour lui. Elle a échoué, nous ne
sommes plus en 2007, les promesses de Nicolas Sarkozy, sur la diminution
du chômage, sur l’augmentation du
pouvoir d’achat n’ont pas été suivies d’effet. Il est, donc, obligé de durcir
davantage son discours, nous sommes dans la phase «à droite toute».
La France
qui souffre
Il
veut parler aux électeurs de Marine Le Pen, qui sont «la voix de la
France qui souffre», il leur donne
rendez vous le 1er mai à Paris,
place du Trocadéro, pour fêter «le vrai travail, la
France fière et pudique, la France qui aime le travail» qui veut manifester
«son attachement à la famille» et tient à transmettre à ses enfants son
patrimoine «fruit des années de labeur et de sueurs». Il reprend tout le
discours populiste : la stigmatisation des élites, la dénonciation du
système, dont il feint d’oublier qu’il
en fait partie ; il dénonce «l’Europe passoire, qui bafoue, elle-même,
ses propres racines chrétiennes, les assistés, les immigrés, le
communautarisme, la burqua, la viande hallal dans les cantines scolaires».
La peur de l’autre, la haine de l’étranger, son rejet, les mots employés sont différents, mais ils recouvrent les
mêmes idées.
Nicolas
Sarkozy aurait pu, depuis cinq ans qu’il dirige la France, réduire l’entrée de
nouveaux immigrants ou la régularisation
de sans papiers ; que ne l’a-t-il fait plus tôt, si la situation qu’il
décrit était aussi grave ! Ce discours est marqué par l’opportunisme, le
cynisme ; Nicolas Sarkozy joue le tout pour le tout pour se faire réélire
mais la fin ne justifie pas d’utiliser n’importe quel moyen. Pour ne pas perdre certains de ses
propres électeurs, effrayés par ses dernières déclarations, Nicolas Sarkozy s’est engagé à ne pas signer
d’accord électoral avec le Front national, pour les législatives qui vont
suivre, à ne pas prendre de ministres issus de ce parti, s’il était réélu ;
mais que vaudront ces promesses quand on sait déjà, qu’en se maintenant au 2ème
tour et ils en auront les moyens, les candidats du front seront capables de
faire chuter plus d’une centaine de députés UMP.
Électorat
courtisé
François
Hollande aura besoin, aussi, que des électeurs du Front National le rejoignent
au deuxième tour, beaucoup sont issus de milieux ouvriers, certains sont d’anciens électeurs de gauche, mais lui ne s’aligne pas sur les positions du
Front National, il cherche à les convaincre que le programme de la gauche
répond à leurs attentes.
Nicolas
Sarkozy est, certes, candidat à sa succession mais il est, aussi depuis 2007,
le président de tous les français, il se devait, d’assurer la cohésion
nationale, de ne pas attiser les haines entre les français, d’élever le débat,
tout en défendant son bilan et ses propositions. Il a failli à ce devoir car il est prêt à
tout pour se faire réélire- certains de ses conseillers, considèrent que tous
les coups sont permis entre ces deux tours-
ce faisant, le président sortant, qui n’a pas su, tout au long de son
mandat, occuper la fonction présidentielle, l’a rabaissée.

















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