RAYMOND AUBRAC : L'HOMME DE GAUCHE
Par
Jacques BENILLOUCHE
Les gaullistes historiques se
sont tous retrouvés autour de Jacques Chirac mais ils ont banni Nicolas Sarkozy
de leur cercle le jour où son soutien à Balladur en 1995 fut interprété comme
une trahison vis-à-vis de leur leader
spirituel. Depuis ils vouent à son égard, sinon de la haine, au moins de la
rancune.
Héros de l’ombre
En tant que président de la
république, Nicolas Sarkozy s’est trouvé contraint de faire l’éloge funèbre
d’un gaulliste historique, Raymond Aubrac, né Raymond Samuel, grand résistant
juif, ami de Jean Moulin et figure héroïque de la résistance contre les nazis. Le
président a dû glorifier «l’un des héros de l’ombre qui ont sauvé l’honneur
de la France, à un moment où elle semblait perdue». Mais il n’avait pas
cherché à savoir si ce héros était de son bord, ni même soulever le fait que
Raymond Aubrac se classait parmi ses adversaires irréductibles,
au point de soutenir ouvertement François Hollande.
Le résistant n’avait jamais
caché ses accointances socialistes. Il avait même été, un certain temps, un compagnon
de route du parti communiste français. Il a milité jusqu’à la dernière minute
de sa vie et, malgré son âge, il allait au devant des jeunes pour défendre les
idéaux gaullistes et pour les mettre en garde contre toute dérive raciste. Une
année auparavant, à 96 ans, le 4 juillet 2011, il s’était rendu à une
manifestation à la Bastille avec une centaine de militants des droits de
l’homme pour protester contre la politique sécuritaire du gouvernement
français. Il s’était fait entendre à la tribune en lisant un manifeste qui
était un véritable brûlot contre le président qui gouverne dans «la haine et
le rejet de l'autre», et un plaidoyer pour le respect des principes
fondamentaux de la République. Les termes étaient éloquents et les mots libres de toute
interprétation mais il s'agissait d'un véritable règlement de compte.
Un brûlot contre Sarkozy
«Depuis bientôt un an, les plus hautes autorités de l’État
s’acharnent à dresser les citoyens les uns contre les autres. Elles ont
successivement jeté à la vindicte publique les Roms et les gens du voyage, les
français d’origine étrangère, les habitants des quartiers populaires, les
chômeurs et précaires qualifiés d’assistés…. Parce que nous sommes attachés aux
valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, nous ne supportons plus que la
République soit ainsi défigurée, la laïcité instrumentalisée au service de la
stigmatisation de millions de nos concitoyens, la xénophobie banalisée dans les
propos de ministres et de députés qui prétendent parler en notre nom à tous.
Nous refusons que la peur soit utilisée pour faire reculer nos libertés, que
les inégalités soient encouragées par l’injustice fiscale, le recul des droits
sociaux et la démolition des services publics…. Deux cent vingt-deuxième
anniversaire de la prise de la Bastille, ce 14 Juillet est le dernier avant
l’échéance présidentielle de 2012. Sachons nous en saisir, nous rassembler pour
fêter la République de la meilleure manière qui soit : en appelant nos
concitoyennes et concitoyens à faire respecter ses valeurs, aujourd’hui et
demain. »
Il en coûte à Nicolas Sarkozy de mettre en avant un illustre soutien de François Hollande. Il est probable qu'il se serait contenté
d’un service minimum s’il avait eu en mémoire cette attaque sans concession contre
son action à la tête de l’État. A moins qu’il n’ait été tenté, pour fédérer les gaullistes, de réveiller
l’esprit national en surfant sur la mémoire du résistant Raymond Aubrac
ou, pour lancer un clin d'oeil à une communauté meurtrie ces derniers jours, de se réconcilier avec le juif Raymond Samuel. La campagne électorale fait oublier tous les paradoxes.
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Lucie et Raymond Aubrac en 2006 à Mont-de-Marsan au mémorial aux enfants juifs |

















2 commentaires:
Quand on vit en Israël on ne peut passer sous silence ce "petit détail"; Samuel dit "Aubrac" fut membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine.
Evidemment il ne fit pas autant parler de lui que son ami Hessel, grand résistant lui aussi.
On se souvient comment ce dernier a crié « Israël assassin, Israël assassin !».
http://www.youtube.com/watch?v=rj4-FhdrXes
On ne peut tout mettre sur le compte du grand âge !
Les Israéliens savent ce qu’est le tribunal Russel, et comprennent la différence entre une critique justifiée d’une certaine politique et celle proférée par la gauche radicale qui nie notre droit à l’existence.
Le fait que Samuel ait soutenu Hollande n’est certainement pas un atout pour celui-ci. Pas ici en tout cas.
Maintenant qu’il est mort ,paix à son âme.
c'est à rien n'y comprendre comment cet homme a pu être conte les siens ..... La philosophie des Aubrac pose question !!!! Et curieusement au moment ou les élections battent leurs pleins ..... fleurissent des coup d'état style Aubrac..... Ils ne nous manquerons pas .
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