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samedi 21 avril 2012

L'ETOILE JAUNE PÂLE Par Sarah OLING


L'ETOILE JAUNE PÂLE

Une nouvelle de Sarah OLING


Hier, Place de la Croix-Rousse à Lyon. Un quartier populaire, dans sa plus belle définition. Vivant. Mélange harmonieux de jeunes couples avec enfants, de «Babayagas», ces délicieuses vieilles dames, de célibataires amoureux de la fête et de voyageurs aux multiples bagages, venus déposer au cœur de la Croix-Rousse leurs rêves d’ailleurs un instant apaisés.




Maître de cérémonie
  
Venue très tôt en ce lieu, en dilettante, promener mon imaginaire laissé en jachère dans des steppes oubliées, j’haranguais intérieurement un maître de cérémonie oublieux des règles de son office. Il m’entendit. Je le jure ! Il m’entendit… 

Arrogant, ne voulant pas me donner l’impression d’avoir cédé à ma supplique, il arriva, par touches sauvages et intenses. Puis brusquement déchira le ciel, reprenant enfin sa place, en ce mois d'avril, œuvrant depuis la nuit des temps à son unique sacre. Un vendredi entre deux parenthèses de pluie. Et c’est ainsi que je la vis, sous ce soleil encore froid mais en devenir de puissance mordante. Pâle. Si pâle qu’elle en était presque spectrale. 

Elle avançait en absolue majesté, ou plutôt, dirai-je, elle dansait, traversant la place, sans un regard pour ceux qui la dévisageaient avec une absolue insolence. Vêtue d’un manteau en velours dévoré, d’un rouge si rouge qu’il semblait littéralement peint sur elle, comme l'étoile jaune pâle accrochée au revers d'une des poches, chaussée de bottines noires, les mains recouvertes de gants rouges, elle semblait ignorer le bruyant étonnement qu’elle suscitait. Seul son visage, si ravagé par le temps qu’il participait de la violence de ce qu’elle générait parmi les passants, était à découvert.  

Quelques mots en yiddish

Surgie de nulle part, elle arpentait ainsi la place, murmurant pour un peuple de pigeons peu attentifs, ce qui me semblait une forme de langage  familier, quelques mots en yiddish. Pourquoi me suis-je approchée d’elle ? Pourquoi a t-elle alors accroché son regard au mien ? Ce qui se dit entre nous, dans cet espace volé à toute tentative d’explication rationnelle, je ne le compris pas immédiatement. Pas de mots. Pas de gestes. Son regard… Dieu ! Son regard…

Je nous savais liées en cet instant précis, sur cette place, par ce matin d'avril où la Croix-Rousse donnait une fête. Secouant  la tête, elle me tendit un bref instant sa main gantée, sans me laisser seulement l’effleurer, nos deux mains presque suspendues à l’inachevé de ce geste. 

Puis, avec une théâtrale lenteur, elle recula de deux pas, sans un sourire, livide et inexpressive, me faisant douter de la fulgurante proximité qui s’était créée entre nos deux univers. J’ai fermé les yeux instinctivement. Quelque chose en moi appelait cette inconnue, voulait lui trouver un sens, même ténu. Quelque chose en moi la repoussait.

Il n’y a pas d’épilogue à cette histoire. Juste que mon apparition d’hier habite désormais un espace que je ne sais nommer dans mon existence. Et que c’est ainsi que s’écrit notre histoire. Nous ne pouvons retenir le temps qui passe, ni ceux qui ne sont que l’instant arrêté. Mais l’aventure renouvelée est bonne et belle à vivre. Dans sa complexe quotidienneté. Cette étoile jaune cruellement mémorielle venait de me rappeler à la soudaine urgence de vivre.


6 commentaires:

Max SITBON a dit…

Un de mes amis à trouvé la solution :
Un aller simple El-Al Paris-Tel-Aviv
Amitiés

Max SITBON a dit…

Pour un de mes correspondants :

La solution ? Un aller simple El-Al Paris-Tel-Aviv

J'ajoute pour ma part :
A la suite de sa première série de malheurs Job à déclaré :
" Dieu a donné Dieu à repris, que Son Nom soit béni. "

L'Europe qui a bien voulu nous laisser prendre, et bien souvent nous laisser tirer les marrons du feu pour elle, ne veut plus de nous.

Qu'elle sombre sans nous.

AMMONRUSQ a dit…

Je suis sans voix, c'est un texte sublime ! je ne sais pas si la solution que nous donne Max SITBON est la meilleure, mais j'ai connu il y a longtemps des situations ou je me suis dit : que fait-tu dans ce pays qui fut le tiens ?
Amitiés

Christine Kunz a dit…

Sarah OLING bonjour,
j'aime beaucoup votre texte ... Y a t il une solution à donner, à chercher, à trouver ... je pense que non. J'ai lu une une infinie tristesse mêlée de douceur, une tendresse terrible, interminable terreur, retrouvailles impensables, un espace hors le temps et la dite réalité, une rencontre à la Benini d'une petite fille retrouvée...
Merci. Pour la mémoire à ne jamais amputer, pour l'existence hors le physique et le temps de tous ceux qui ne sont plus, et pourtant parmi nous encore, tant que nous accorderons une part de nos pensées, de nos coeurs, à ceux qui ont été.

sylviane sarah oling a dit…

Merci Christine... Merci à tous pour vos réflexions. Je n'ai pas d'intention autre, lorsque j'écris , que de me connecter avec une dimension un peu hors du temps, d'essayer très modestement d'en appeler à la force des mots, parfois de tenter d'esthétiser la violence , puisque il est une dimension indicible...Que certains on approché ou même traversé. Et que je ne suis que de ce monde d'en bas...

Hubert NATAF a dit…

Bouleversant