L'ETOILE JAUNE PÂLE
Une nouvelle de Sarah OLING
Hier, Place de
la Croix-Rousse à Lyon. Un quartier populaire, dans sa plus belle définition.
Vivant. Mélange harmonieux de jeunes couples avec enfants, de «Babayagas», ces
délicieuses vieilles dames, de célibataires amoureux de la fête et de voyageurs
aux multiples bagages, venus déposer au cœur de la Croix-Rousse leurs rêves
d’ailleurs un instant apaisés.
Maître
de cérémonie
Venue très tôt
en ce lieu, en dilettante, promener mon imaginaire laissé en jachère dans des
steppes oubliées, j’haranguais intérieurement un maître de cérémonie oublieux
des règles de son office. Il m’entendit. Je le jure ! Il m’entendit…
Arrogant, ne
voulant pas me donner l’impression d’avoir cédé à ma supplique, il arriva, par
touches sauvages et intenses. Puis brusquement déchira le ciel, reprenant enfin
sa place, en ce mois d'avril, œuvrant depuis la nuit des temps à son
unique sacre. Un vendredi entre deux parenthèses de pluie. Et
c’est ainsi que je la vis, sous ce soleil encore froid mais en devenir de
puissance mordante. Pâle. Si pâle qu’elle en était presque spectrale.
Elle avançait
en absolue majesté, ou plutôt, dirai-je, elle dansait, traversant la place,
sans un regard pour ceux qui la dévisageaient avec une absolue insolence. Vêtue
d’un manteau en velours dévoré, d’un rouge si rouge qu’il semblait
littéralement peint sur elle, comme l'étoile jaune pâle accrochée au
revers d'une des poches, chaussée de bottines noires, les mains recouvertes de
gants rouges, elle semblait ignorer le bruyant étonnement qu’elle suscitait. Seul
son visage, si ravagé par le temps qu’il participait de la violence de ce
qu’elle générait parmi les passants, était à découvert.
Quelques
mots en yiddish
Surgie de nulle
part, elle arpentait ainsi la place, murmurant pour un peuple de pigeons peu
attentifs, ce qui me semblait une forme de langage familier, quelques
mots en yiddish. Pourquoi me suis-je approchée d’elle ? Pourquoi a t-elle
alors accroché son regard au mien ? Ce qui se dit entre nous, dans cet
espace volé à toute tentative d’explication rationnelle, je ne le compris pas
immédiatement. Pas de mots. Pas de gestes. Son regard… Dieu ! Son regard…
Je nous savais
liées en cet instant précis, sur cette place, par ce matin d'avril où la
Croix-Rousse donnait une fête. Secouant la tête, elle me tendit un bref
instant sa main gantée, sans me laisser seulement l’effleurer, nos deux mains
presque suspendues à l’inachevé de ce geste.
Puis, avec une
théâtrale lenteur, elle recula de deux pas, sans un sourire, livide et inexpressive,
me faisant douter de la fulgurante proximité qui s’était créée entre nos deux
univers. J’ai fermé les yeux instinctivement. Quelque chose en moi appelait
cette inconnue, voulait lui trouver un sens, même ténu. Quelque chose en moi la
repoussait.
Il n’y a pas
d’épilogue à cette histoire. Juste que mon apparition d’hier habite désormais
un espace que je ne sais nommer dans mon existence. Et que c’est ainsi que
s’écrit notre histoire. Nous ne pouvons retenir le temps qui passe, ni ceux qui
ne sont que l’instant arrêté. Mais l’aventure renouvelée est bonne et belle à
vivre. Dans sa complexe quotidienneté. Cette étoile jaune cruellement
mémorielle venait de me rappeler à la soudaine urgence de vivre.
















6 commentaires:
Un de mes amis à trouvé la solution :
Un aller simple El-Al Paris-Tel-Aviv
Amitiés
Pour un de mes correspondants :
La solution ? Un aller simple El-Al Paris-Tel-Aviv
J'ajoute pour ma part :
A la suite de sa première série de malheurs Job à déclaré :
" Dieu a donné Dieu à repris, que Son Nom soit béni. "
L'Europe qui a bien voulu nous laisser prendre, et bien souvent nous laisser tirer les marrons du feu pour elle, ne veut plus de nous.
Qu'elle sombre sans nous.
Je suis sans voix, c'est un texte sublime ! je ne sais pas si la solution que nous donne Max SITBON est la meilleure, mais j'ai connu il y a longtemps des situations ou je me suis dit : que fait-tu dans ce pays qui fut le tiens ?
Amitiés
Sarah OLING bonjour,
j'aime beaucoup votre texte ... Y a t il une solution à donner, à chercher, à trouver ... je pense que non. J'ai lu une une infinie tristesse mêlée de douceur, une tendresse terrible, interminable terreur, retrouvailles impensables, un espace hors le temps et la dite réalité, une rencontre à la Benini d'une petite fille retrouvée...
Merci. Pour la mémoire à ne jamais amputer, pour l'existence hors le physique et le temps de tous ceux qui ne sont plus, et pourtant parmi nous encore, tant que nous accorderons une part de nos pensées, de nos coeurs, à ceux qui ont été.
Merci Christine... Merci à tous pour vos réflexions. Je n'ai pas d'intention autre, lorsque j'écris , que de me connecter avec une dimension un peu hors du temps, d'essayer très modestement d'en appeler à la force des mots, parfois de tenter d'esthétiser la violence , puisque il est une dimension indicible...Que certains on approché ou même traversé. Et que je ne suis que de ce monde d'en bas...
Bouleversant
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