LES ELECTIONS AMERICAINES ET ISRAËL
Par
Jacques BENILLOUCHE
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| Mitt Romney |
L’américain
modéré Mitt Romney, favori dans la course à l'investiture du Parti républicain,
vient d’être désigné pour s’opposer à la réélection de Barack Obama. Il aura la
lourde tâche de convaincre la majorité des juifs à voter pour lui alors que,
pour l’instant, 30% sont prêts à lui faire confiance. Contrairement à la France,
les juifs qui représentent 2% de la population peuvent influer sur le vote de
la présidentielle car ils vivent dans
deux importants États, la Floride et la Pennsylvanie, où ils peuvent faire
basculer le résultat. Ils ont toujours voté pour le candidat démocrate,
et pour l’instant, il semble qu’ils ne comptent pas modifier leurs habitudes.
Questions
économiques
Les juifs ne vont
pas voter selon la position des candidats vis-à-vis d’Israël mais en fonction des solutions qui leur sont proposées sur les questions économiques. En
période de récession, la politique étrangère est leur dernier souci. Un sondage
du "Public Religion Research Institute" précise d’ailleurs que 51% des électeurs juifs mettent la situation économique au
premier plan, 4% se prononcent en fonction de l’avenir d’Israël et 2% jugent les problèmes
liés à l’Iran. Ce sondage confirme ainsi que, à l’instar de la France, les
préoccupations internes au pays priment sur la stratégie des politiques à l’étranger.
Cela n’empêche pas
les républicains de multiplier les déclarations contre l’Iran et de confirmer
leur soutien à Israël. Mitt Romney s’est engagé à soutenir Israël et à s’opposer
à l’Iran. Mais, depuis 1967, tous les candidats avaient affirmé durant leur
campagne électorale que, s’ils étaient élus, ils transfèreraient l’ambassade
des États-Unis à Jérusalem. Seuls ceux qui les ont écoutés ont cru à cette
promesse et l’ambassade trône toujours au milieu de la rue Hayarkon, la rue des clubs et
bars et des restaurants.
L’histoire a montré
que la faiblesse vis-à-vis des ennemis d’Israël pourrait être défavorable à un
candidat, fut-il sortant. Jimmy Carter en avait fait les frais puisqu’il n’avait
pas été réélu. Il avait montré à la fin de son mandat une grande faiblesse dans
l’abandon du Shah d'Iran, dans la crise des otages de l'ambassade américaine à Téhéran
et dans l'intervention soviétique en Afghanistan. Israël y avait vu un
avertissement dans ses relations avec les États-Unis, nécessitant une plus grande indépendance.
Jimmy Carter l’avait
d’ailleurs constaté : «Tout membre du Congrès qui désire se faire
réélire est quasiment dans l’impossibilité de dire qu’il adoptera une position
équilibrée entre Israël et les palestiniens, ou qu’il insistera auprès d’Israël
afin qu’il se retire à l’intérieur des frontières internationales, ou encore
qu’ils s’attèleront à la protection des droits humains des palestiniens – car
s’il lève la langue sur ces questions, il est pratiquement certain de ne pas
être réélu». C’est pourquoi, Mitt Romney a annoncé qu’il ferait sa première
visite officielle à l’étranger en Israël s’il était élu. Il avait d’ailleurs
attaqué le discours de Barack Obama devant l’AIPAC, le lobby pro-israélien, le
4 mars : «Si Barack Obama est réélu pour un second mandat, l’Iran se
dotera de l’arme atomique».
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| Jimmy Carter |
Le président
Obama savait, dès le départ, que le danger viendrait de Mitt Romney et il
avait conseillé à ses stratèges d’axer leurs attaques sur lui tout en s’attelant
aux solutions des problèmes économiques qui pourraient seuls lui faire perdre l’élection.
Bon
gestionnaire
La force du
candidat Mitt Romney est de dominer les problèmes économiques. Ancien
gouverneur du Massachusetts, millionnaire enrichi grâce à sa société d’investissement
et doté d’une fortune de 250 millions de dollars, il est réputé pour être un
bon gestionnaire. Diplômé de droit de l’université Harvard et titulaire d’un
M.B.A, il a créé sa propre société d’investissement Bain Capital. Sa gestion de l’organisation
des Jeux Olympiques de Salt Lake City en 2002 avait dégagé beaucoup de profits.
De même, en tant que gouverneur de l’État
de Massachusetts de 2003-2007, il a non
seulement équilibré les finances mais il a quitté son poste en laissant des
excédents. C’est dire sa capacité à gérer les finances publiques qui
représentent actuellement la préoccupation majeure des américains.
Mormon pratiquant, Mitt Romney était
évêque de la paroisse (sorte de pasteur) puis éparque (responsable d’un évêché).
Il est classé parmi les conservateurs modérés qui savent faire preuve de
souplesse politique si nécessaire. David Axelrod, qui avait mené Barack Obama à
la victoire, a trouvé un qualificatif pour définir Mitt Romney : «occuper deux
positions sur chaque question, une à gauche et une autre loin à droite, ne fait
pas de vous un centriste. Cela fait de vous un charlatan». Certains membres
de son parti lui attribuent une étiquette de «charognard »
(Rick Perry) ou de «menteur » (Newt Gingrich).
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| Les juifs pro-israéliens aux Etats-Unis |
Il ne
néglige pas les problèmes internationaux puisqu’il s’est engagé à modifier la
politique internationale américaine qui a «perdu sa foi dans les idéaux
américains ». Il veut redonner aux États-Unis la grandeur et la force
qu’ils ont perdues ces dernières années. Il estime nécessaire de renforcer la
puissance militaire et nucléaire des États-Unis et de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme
islamique alors que «les nations telles que la Russie et la Chine
s’efforcent de neutraliser notre primauté militaire.» Malgré cela, Israël n’attend
pas un changement notable en cas d’alternance. Benjamin Netanyahou a déjà
assimilé ce principe et il peaufine sa propre politique de sécurité en fonction
des seuls intérêts de son pays. Il conseillera aux juifs américains de voter en fonction de leur conscience.


















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