LE
CHANGEMENT OU LA FRANCE FORTE
Par André MAMOU
Tribune Juive
Il y a 32 ans, François
Mitterrand était élu président de la République et Valéry Giscard
d'Estaing remercié par les électeurs. Un
grand patron m’avait invité à déjeuner à
l’Hôtel de Crillon, sur la Place de la Concorde. Et, je m’en souviens
parfaitement, sa question principale durant tout le repas fût la
suivante : «Pourquoi, vous les juifs, avez vous voté pour «le candidat commun de la gauche » qui a décidé de barrer la route à
Giscard ?»
Il croyait sincèrement que tous les
juifs de France avaient reçu un ordre émanant du Grand Sanhédrin ou du Bnei Brit
ou de je ne sais quelle organisation secrète dirigeant le «lobby juif».
Son argument imparable était : «Giscard a été battu par 400.000 voix de
différence et «vous, les israélites,
êtes bien 400.000 à quelque chose près ?» avec accent pointu et nez
pincé.
J’ai eu beau lui expliquer qu’il y
avait en France de nombreux groupes de quelques centaines de milliers,
d’électeurs, arméniens, coiffeurs et employés de cafés restaurants, bouchers ou
maraîchers, homosexuels ou diplômés des Universités etc. etc. susceptibles d’avoir voté comme un
seul homme. S’il ne retenait que les juifs, c’était pour avoir une réponse simple,
une explication à ce qui était arrivé à son champion.
TOUT
VA CHANGER CE SOIR
La veille, j’avais dîné en famille
et chacun avait son évaluation des mérites des candidats et de leur aptitude à
diriger les affaires de la France. Cela ne saurait être un sondage mais la
moitié des convives était opposée à l’autre moitié et les uns parlaient
économie, les autres du soutien à Israël ; beaucoup rappelaient les
valeurs de la gauche française, certains d’entre nous voulaient chanter : «Tout
va changer ce soir, on prend un nouveau départ» et d’autres craignaient les
«paroles, paroles et paroles».
Je suis certain que les votes des
membres de ma famille se sont répartis également sur les deux candidats. Ce
n’étaient pas les plus fortunés d’entre nous qui allaient voter à droite, ni
les plus démunis à gauche. Le clivage n’était pas entre les diplômés et les
quasi incultes, ni entre les jeunes et les plus âgés. C’était un choix
personnel venu de leur éducation et de leurs valeurs qui s’incarnait dans la
personne du candidat sortant ou de son adversaire et de la confiance qu’ils lui
accordaient ou de la défiance qui les retenait.
J’ai expliqué cela longuement mais
je n’ai pas réussi à convaincre, juste aiguisé la méfiance et nous nous sommes
quittés dignement.
Et aujourd’hui, 32 ans après, surgit
à nouveau la vieille question du vote juif ou du lobby juif mais curieusement,
elle n’est plus posée par les anciens antisémites ou les nouveaux antisionistes
(même combat !) mais souvent par des membres de la communauté qui
voudraient justifier leur propre choix ou disqualifier celui des autres. Et il
faut répondre clairement et évacuer la vieille rengaine. On ne va pas passer la
fin des temps à battre sa coulpe et à expliquer pourquoi «un juif devrait»
ou comment «un juif pourrait». Il y a d’abord des hommes dans la
complexité infinie de leur esprit et il y a des citoyens ; chaque vote a
ses propres raisons et exprime une idée personnelle et véhicule un message non dit.
UN
OCEAN DE HAINE
L’élection présidentielle française
n’est pas celle du premier ministre de l’Etat d’Israël et les intérêts de la
France ne sont pas forcément ceux d’Israël, ni la manière de voir et ni les
buts cachés. Depuis le Général de Gaulle, il y a une stabilité parfois
étonnante dans la politique française au Proche-Orient : plus de 60 ans et
les diplomates français restent hypnotisés par le «ils ont le nombre, ils
ont l’espace, ils ont le temps » du Général de Gaulle à propos des arabes.
Il reste quand même l’admiration, la sympathie et une pincée de remords à
l’égard de l’Etat Juif, confetti perdu
dans un océan de haine.
Il reste aussi la manière : les
jumelles de Giscard regardant Jérusalem depuis la Jordanie comme on inspecte un
objectif militaire ; le ton cassant de Jacques Chirac que ses gardes du
corps empêchaient de prendre un bain de foule dans les ruelles étroites de la
Vieille Ville où n’importe quel déséquilibré pouvait le poignarder ; la
chaleur humaine que François Mitterrand
à la Knesset dispensait dans un discours de vérité et d’amitié ; la
sincérité de Nicolas Sarkozy dans son amour (oui dans son amour) pour Israël ;,
la dignité et l’émotion non feinte d’Alain Juppé venu dans l’avion qui portait
les corps des martyrs de Toulouse.
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| Sarkozy-Netanyahou |
Rien n’est décisif et tout est
important. Par contre ce qui ne l’est sûrement pas c’est de répéter que Netanyahou
a été traité de menteur par Sarkozy (dans une conversation privée avec Obama)
tout comme sont ridicules ceux qui parlent encore du Fouquet’s en oubliant les
ryads et le Café de Flore.
UNE
CERTAINE IDEE DE LA FRANCE
L’élection présidentielle française,
ce n’est pas le combat des pauvres contre les riches et qui aurait «le
monopole du cœur» ? Ce n’est pas la crainte des impôts qui oriente le
choix des gens de notre communauté. C’est bien plutôt l’idée qu’ils se font de
la France et de son identité, l’adhésion à un mode de gestion de l’économie
mettant l’accent sur la liberté d’entreprendre et l’encouragement à travailler
davantage pour améliorer son niveau de vie, à compter sur ses propres forces
plutôt que d’espérer des allocations ou des subventions.
A la Mutualité, Nicolas Sarkozy a
dit de la prochaine élection qu’elle opposerait ceux qui redoutent la
mondialisation inéluctable et ceux qui savent ou qui peuvent s’y préparer. Le
vote serait en faveur d’un candidat en
déni ou alors en faveur de celui qui veut une France forte qui protège. Le vote
juif sera le vote de chaque juif, citoyen français pour choisir un président
pour la France qui soit le meilleur, le meilleur pour faire les choix du
courage et assumer la tâche.
Il n’y a aucun complexe à voter à
droite et aucune honte à voter à gauche : on peut envisager plusieurs
manières d’être heureux et on peut manquer la bonne occasion. Lisez, écoutez,
réfléchissez et votez selon votre âme.



















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