ISTANBUL :
ISRAËL LE GRAND PERDANT
Par Jacques
BENILLOUCHE
Le président Obama tenait à cette
conférence à Istanbul entre les Grands, les cinq membres du Conseil de
Sécurité : France, États-Unis, Grande-Bretagne, Chine et Russie auxquels
l’Allemagne s’est jointe. L’ordre du jour concernait le nucléaire iranien. Les
américains voulaient tenter la démarche de la dernière chance, avant les
élections présidentielles de novembre, pour donner un contenu diplomatique au
conflit entre l’Iran et les occidentaux. Il s’agissait selon Peter Crail,
analyste à Washington, «d'aborder
les questions hautement techniques, et c'est ce que nous pouvions espérer de
mieux. Mais il reste encore beaucoup à faire ».
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Aucune
percée
Les
débats ont été écourtés puisqu’ils ont duré dix heures ; mais compte tenu
que le délégué iranien, Saeed Jalili, ne parlait pas anglais, les temps de
traduction ont réduit la durée des discussions à la moitié. C’était nettement
insuffisant pour aborder avec sérieux les «questions techniques». Le maitre
d’œuvre, Tayyip Erdogan, l’homme aux multicartes mandaté par les États-Unis,
pouvait seulement être satisfait par la tenue chez lui de cette conférence dont
l’unique résultat a consisté à relancer le dialogue interrompu avec les occidentaux
et à convenir d’une nouvelle réunion à Bagdad, le 23 mai. Ali Khamenei, le
Guide Suprême iranien, n’avait pas apprécié que le premier ministre turc ait
tourné casaque pour se ranger dans le camp occidental. Il a donc imposé sa
sanction immédiate en refusant que les négociations définitives sur le
nucléaire se déroulent ou aboutissent en Turquie.
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| Catherine Ashton et Saeed Jalili |
Le
résultat, que les occidentaux interprèteraient comme une percée, serait
l’acceptation par l’Iran de contrôles libres effectués sur son programme
nucléaire. Pour l’instant, «les pas concrets» espérés par Catherine Ashton,
chef de la diplomatie de l’U.E, relèvent
de vœux pieux. Les occidentaux veulent s’assurer que l’Iran n’enrichit
pas son uranium à 90% dans le site de Fordo pour fabriquer l’arme atomique.
Sanctions
La
bonne volonté de l’Iran reste à démontrer puisqu’il n’a pas accepté de
dialoguer avec les représentants américains en marge de cette conférence.
Pourtant les mesures qui s’appliqueront en juillet risquent de frapper durement
l’économie iranienne. L’embargo pétrolier se met en place. Le système bancaire
international exclu les banques iraniennes et Israël maintient ouverte son
option militaire contre les installations nucléaires.
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| Moshe Yaalon |
Interrogé
à la radio militaire, le vice-premier ministre israélien et ministre des
affaires stratégiques, Moshé Yaalon, a estimé que «le développement nucléaire
iranien poursuit des fins clairement militaires». Mais il n’a pas voulu
préciser de date limite pour une action militaire israélienne plutôt «d’une
ligne limite» au-delà de laquelle Israël sera forcé à agir.
L’Iran
est comptable de la situation et il semble vouloir donner l’impression d’aborder
les négociations du 23 mai avec sérieux et pragmatisme. Le négociateur iranien
Ali Bagheri a prévu plusieurs entretiens préparatifs avec Helga Schmid,
secrétaire générale adjoint du Service européen d'action extérieure (SEAE) pour
tenter de trouver ensemble des compromis. Des diplomates de haut niveau seront
mandatés par les iraniens aux discussions : Abbas Araghchi, ancien élève
de l’université anglaise, et Mustapha Doulatyar, chef de l’institut du
ministère des affaires étrangères.
Les israéliens à l’écart
Les
israéliens sentent qu’ils ont été mis à l’écart et qu’ils sont les perdants de
cette négociation d’Istanbul parce que les iraniens ont encore gagné plusieurs
semaines. Le ministre Yaalon a réitéré qu’Israël n’a pas perdu sa liberté
d’action bien qu’il ait intégré l’idée que rien ne pourrait être envisagé avant
la réunion du 23 mai à Bagdad sans qu’il soit accusé de torpiller les
négociations diplomatiques. Pour lui, il n’y a pas de calendrier qui puisse
compter et seule l’assurance que l’Iran disposerait du stock de 190kg d’uranium
enrichi, estimé aujourd’hui à 120kg, pour fabriquer sa bombe, pourrait faire
entrainer une décision.
Alors
que les États-Unis prétendent qu’ils ne disposent pas des moyens pour détruire
les sites nucléaires situés au sous-sol, à une grande profondeur, il précise
que : «Tout ouvrage en Iran peut être attaqué, mon expérience de chef
d'état-major général me permet de le dire. L’occident et Israël disposent des
moyens d’attaquer ces sites». Mais il n’exclut pas la voie diplomatique : «Nous
devons persuader la Chine, la Russie et la Turquie qui aident les iraniens à
détourner les sanctions».
Israël
s’inquiète de ces palabres qui convaincraient les occidentaux à croire en la
bonne volonté iranienne et qui les pousseraient à surseoir à l’application des
sanctions. Les iraniens veulent gagner du temps, pour dépasser la date de
l’élection américaine qui aurait pour avantage de geler le processus militaire.
Les israéliens ne croient pas Barack Obama lorsqu’il affirme qu’il «n’a fait
aucune concession à l’Iran». Benjamin Netanyahou estime en revanche que l'Iran
a reçu une «prime de cinq semaines pour poursuivre son programme nucléaire». Il
s’oppose à ce que ces pourparlers s’éternisent alors que les diplomates
discutent depuis 2009, sans résultat probant. Il est convaincu que l’Iran
utilise ce temps pour faire tourner ses centrifugeuses jusqu’au point de
non-retour. Il veut rester maitre de son calendrier.

















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