IRAN-OBAMA : DIPLOMATIE DE LA DERNIERE CHANCE
Par
Jacques BENILLOUCHE
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| Netanyahou et Obama au salon ovale |
Le président Obama veut encore miser sur une solution diplomatique avec l’Iran et il aborde la dernière ligne droite en mettant tous les atouts de son côté. Il sait que l’approche des élections américaines pourrait donner des velléités à Benjamin Netanyahou, poussé par certains membres de sa coalition à intervenir contre l’Iran avant le mois de novembre sachant que le peuple américain sera, quoiqu’il arrive derrière Israël. Mais comme l'Iran refuse un dialogue direct avec les Etats-Unis, en marge des réunions internationales, Barack Obama est contraint d'utiliser un intermédiaire fiable.
Alors plutôt que d’envoyer ses
diplomates sur le terrain, le président américain a choisi un émissaire, Tayyip
Erdogan, qui avait déjà fait ses preuves. Le premier ministre turc avait
l’avantage d’avoir affirmé son opposition à Israël, d’avoir marqué sa volonté
de se rapprocher des pays arabes avec l’idée d’en prendre un jour le leadership
et d’avoir maintenu des relations étroites avec Ahmadinejad. On le dit pourtant
malade et fatigué après son opération du colon en novembre et sa deuxième
intervention en février pour éliminer des polypes tandis que les rumeurs de
cancer ne cessent de courir.
La Turquie entre, avec Israël, dans la
stratégie américaine au Moyen-Orient. En confirmant Erdogan dans son rôle
d’intermédiaire, les américains cherchent à lui ériger une stature
internationale lui permettant de renouer dignement avec Israël, dans une
position de force. Erdogan a adopté
une attitude clairement pro-occidentale dans le dossier syrien au point où son opposant
turc Mustapha Kamalak, a estimé qu’il agissait «au détriment de l’intérêt
national turc» en mettant en œuvre le plan américain contre la Syrie, en
autorisant le déploiement de radars de l’OTAN sur le territoire turc et en
créant une «zone sécuritaire» imposée par les occidentaux à la frontière
syrienne. Il a apporté aux dissidents armés syriens un soutien pour combattre
Al-Assad, suffisamment pour gagner ses galons d’ami américain.
Il
était donc tout à fait désigné pour être le porte-parole des américains dans
les dossiers sensibles. Il a participé au sommet sur la sécurité nucléaire en
Corée du Sud, fin mars, puis s’est immédiatement envolé à Téhéran pour tenter
de décrocher un accord nucléaire entre l’Iran et les cinq membres du Conseil de
Sécurité de l’ONU. La Turquie accueillera d’ailleurs à Istanbul des discussions
à ce sujet. Les bonnes relations turco-iraniennes datent de mai 2010 lorsqu’un
accord a été signé, malgré l’opposition ferme de l’occident, pour l’envoi par
l’Iran à la Turquie d’uranium faiblement enrichi en échange de combustible
nucléaire pour les réacteurs nucléaires iraniens.
Risque
de déflagration militaire
Cliquer sur le triangle noir pour voir la vidéo du départ des troupes américaines d'Irak
Cliquer sur le triangle noir pour voir la vidéo du départ des troupes américaines d'Irak
Erdogan est conscient de l’instabilité de
la région qui tend à se dégrader, en Syrie certes, mais aussi en Irak où le
retrait des troupes américaines risque de plonger le pays dans une nouvelle
guerre de clans. Il sait que la Turquie subira de plein fouet les conséquences
de ces guerres et c’est pourquoi il veut absolument empêcher une intervention
militaire contre l’Iran en acceptant de jouer le rôle de médiateur. Ses bonnes
relations avec Ahmadinejad et avec l’OTAN le poussent à convaincre l’Iran d’être
moins intransigeant dans les discussions sur son programme nucléaire et à
accepter de limiter l’enrichissement de l’uranium à seulement 20%, seuil
acceptable pour les américains et les israéliens.
L’administration américaine est prête à
trouver un arrangement avec l’Iran qui débloquerait les livraisons de pétrole
avec, à la clef, une baisse des prix. Erdogan a donc prêché pour une suspension
des nouvelles sanctions mais le résultat n’est pas évident. En revanche il aura
le mérite d’avoir tenté de donner une chance à la diplomatie pour éviter une
déflagration militaire au Moyen-Orient.
Donnant-donnant
Barack Obama s’est entretenu avec Tayyip
Erdogan à Séoul le 25 mars pour lui remettre un message personnel à l’ayatollah
Ali Khamenei sur des points cruciaux. Il ne semble pas que le premier ministre
ait réussi dans sa mission mais le dialogue a été ouvert. Cependant le Guide
Suprême n’a pas apprécié que le premier ministre turc ait tourné casaque pour
se ranger dans le camp occidental. La sanction est immédiatement tombée avec le
refus des iraniens, à priori, de choisir la Turquie comme lieu des négociations
sur le nucléaire.
Barack Obama ne veut plus de palabres
stériles. Il veut que les iraniens montrent qu’ils sont prêts à des compromis.
Il refuse dorénavant les négociations secrètes et préfère la diplomatie
officielle qui a l’avantage de satisfaire les russes et les chinois. Il exige
qu’un accord conclu avec l’Iran entraine l’arrêt de tout nouveau projet
nucléaire. Il ne s’agit pas d’arrêter l’usine nucléaire de Fordo, près de Qom,
mais de stopper le programme de recherche d’armes nucléaires et
l’enrichissement d’uranium de 3,5% à 20%.
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| Tayyip Erdogan et Ali Khameini |
Le président américain veut croire à la
bonne volonté de l’ayatollah qui avait déclaré le 20 mars à la
télévision : «Nous n'avons pas d'armes nucléaires et nous ne les construirons
pas. Mais en cas d’agression de la part de nos ennemis, l’Amérique ou le régime
sioniste, nous nous défendrons avec des attaques de même niveau». Il a
demandé à transmettre le message que les Etats-Unis n’ont aucune intention de
détruire la nation iranienne.
Les
iraniens ont fait comprendre qu’ils étaient de leur côté prêts à aider le
président Obama dans sa campagne présidentielle américaine sachant bien sûr que
le candidat républicain risquait d’avoir une position plus ferme vis-à-vis de
l’Iran. Tayyip Erdogan a expliqué qu’une évolution du dialogue sur le nucléaire
iranien aurait des répercussions positives sur le problème syrien. En
particulier, il pourrait bloquer toute intervention arabe ou occidentale contre
le régime de Bassar Al-Assad, l’allié de l’Iran.
Nouvelles
initiatives
Il semble qu’Erdogan ait bien fait passer
le message puisque le chef du Conseil iranien de sécurité nationale, Saeed
Jalili, a annoncé que ses représentants étaient prêts à formuler de «nouvelles
initiatives» au cours de négociations avec les six puissances mondiales à
Istanbul : «Nous espérons que les puissances pourront entamer des
pourparlers avec des approches constructives car le langage de la menace et la
pression contre la nation iranienne n'ont conduit à des résultats.»
Des indiscrétions donnent des pistes sur
ces initiatives. L’Iran accepterait d’enrichir l’uranium à 3,5% a condition
qu’on n’exige pas de plafond sur les quantités. Le sujet de l’uranium enrichi à
l’étranger n’est en revanche pas négociable. L’enrichissement de l’uranium à
20% pourrait s’effectuer selon une procédure déterminée et des critères
précisés.
Une commission conjointe irano-occidentale
statuerait sur les quantités nécessaires d’uranium à 20% pour faire tourner les
réacteurs pour les besoins de recherche médicale. Tous les excédents seront
exportés vers l’étranger ou retransformés en uranium à 3,5%. Enfin, en échange
de la continuation de l’usine de Fordo, l’Iran pourrait signer le protocole de
non-prolifération des armes nucléaires donnant le droit à des inspecteurs de
l’AIEA de contrôler tous les sites nucléaires. Mais cette condition est
suspensive à la signature du TNP par Israël.
Cette
dernière condition, inacceptable par les israéliens, pourrait être l’alibi des
iraniens pour quitter la table des négociations en reportant l’échec sur les
occidentaux. Il semble donc, qu’à moins d’un miracle, la mission de Tayyip
Erdogan subira un échec qui ouvrira la voie à toutes les incertitudes. L'Iran a réussi encore à gagner du temps. A la suite des discussions qui se sont tenues à Istanbul le 14 avril, les grandes puissances ont reporté au 23 mai à Bagdad les prochaines négociations sur le programme nucléaire.



















1 commentaire:
Israël est pas fou... Il ne se laissera pas mettre la corde autour du cou.
Il laisse courir et regarde où il met les pieds. Il les mettra là où il doit au moment adéquat.
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