EGYPTE : RIEN NE VA PLUS
Par
Zvi MAZEL
Ancien
ambassadeur d’Israël en Égypte
La lutte pour le
pouvoir en Egypte se poursuit, indécise.
Alors qu’on pensait commencer à y
voir plus clair, une série de coups de théâtre est venu à nouveau brouiller les
cartes. Les Frères musulmans, qui sont arrivés
démocratiquement au pouvoir après 80 années de luttes et de répression, ont le
sentiment de toucher au but. Bientôt, pensent-ils, ils vont réaliser le rêve de
leur fondateur Hassan el Banna et faire de l’Egypte une nation gouvernée par la
charia pure et dure.
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| Hassan Al-Banna |
Dos au mur
En face d’eux, l’armée
qui se bat le dos au mur pour protéger ses privilèges et assurer l’impunité de
ses membres qui pourraient être traînés en justice, soit pour leurs actions du
temps de Moubarak, soit pour la répression des premières manifestations de la
révolution. On avait pu croire un moment à un compromis mais les Frères, qui
ont le vent en poupe, ne veulent plus rien entendre. Les prochaines élections
présidentielles vont donc être décisives.
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| Amr Moussa |
Résumons-nous. Aux
environs de fin mars, un millier d’égyptiens avaient retiré les formulaires de
candidature à la présidence. Beaucoup de folklore et une poignée de candidats
sérieux. Amr Moussa, ancien ministre des Affaires étrangères de Moubarak, et
plus récemment secrétaire général de la Ligue Arabe, Abdel Moneim el Foutouh, longtemps membre de la Confrérie des
Frères Musulmans, dont il fut exclu justement pour avoir présenté sa
candidature contre l’avis du parti et enfin Hazem Abou Ismail, porte drapeau des Salafistes, étaient
crédités des meilleures chances.
Un dernier obstacle
restait à franchir avant les élections : la rédaction de la nouvelle
constitution et son approbation par referendum. Cette tâche devait revenir à
une commission de cent membres choisis par le parlement. Oui mais voilà : forts
de leur majorité absolue au parlement, les islamistes se sont octroyés les
trois quarts des sièges de la commission et s’apprêtaient à mijoter une
constitution d’une belle couleur verte.
Candidat des Frères
Désormais
majoritaires au parlement et dans la commission, les Frères Musulmans, qui
s’étaient engagés à ne pas présenter de candidat aux présidentielles – d’où
l’exclusion d’Abdel Foutouh, - se sont
alors dit, qu’ayant deux chevaux sur trois, ils pouvaient bien essayer le
tiercé et ont fait de Khairat El
Shater, numéro deux du parti, leur candidat officiel. L’armée, de plus en plus inquiète devant
cette montée en puissance, a alors «encouragé» Omar Suleiman, ancien
responsable des services secrets et vice-président pour quelques jours lors de
la chute de Moubarak, à se présenter lui aussi.
Pendant ce temps
les protestations, contre la composition de la commission chargée de rédiger la
constitution, se multipliaient et les membres indépendants de ladite commission
démissionnaient ; la Cour Suprême, saisie de l’affaire, annula purement et
simplement la commission et demanda au parlement de choisir de nouveaux
membres. Une mesure qui allait
inévitablement retarder tout le processus ; or, rappelons le, la
constitution doit être ratifiée avant les présidentielles, car elle déterminera,
entre autres, les pouvoirs du président.
Quant au parlement,
furieux de la candidature de Suleiman, il vote une loi interdisant aux membres
de l’ancien régime de se présenter. Cette loi n’a aucun effet car elle n’a pas
été ratifiée par le Conseil Suprême des Forces Armées.
Candidats disqualifiés
Le délai de dépôt
des candidatures étant clos, coup de tonnerre : la commission électorale ad hoc, créée en
vertu de la constitution de transition votée en mal 2011, rejette purement et
simplement dix candidats, dont trois de premier plan : il manque à Omar
Suleiman 35 signatures ; la mère d’Abou Ismail aurait obtenu la
nationalité américaine ce qui disqualifie son fils ; quant à Khairat el Shater,
les longues années passées en prison du
temps de Moubarak pour diverses infractions économiques, le rendent inéligible
pour les cinq prochaines années. Tous trois on fait appel.
En attendant la
décision définitive de la commission sur ces appels, il reste en lice, théoriquement outre une poussière
de candidats, Amr Moussa, Abdel Foutouh et Ahmed Shafiq, ancien commandant en chef de
l’armée de l’air et ancien premier ministre. Et en Égypte comme en Egypte, il y
a déjà des théories de conspiration. L’armée, dit on, aurait envoyé Suleiman à
une mission suicide ; le rejet de sa candidature permettrait en fait de
rejeter aussi celle de Shater qui ne
pourra pas se plaindre d’être seul visé. L’opération profiterait à Shafiq, qui
serait le véritable candidat de l’armée.
Inutile
de dire que Salafistes et Frères Musulmans sont furieux. Se déclarant porteurs
de la volonté du peuple, les uns et les autres évoquent à mots couverts un
recours à la force. Les Frères ont bien un candidat de rechange – le président
de leur parti «Justice et Liberté»
Mohammed Morsi – mais il n’a ni
l’envergure ni le charisme de Khairat el Shater. Les Salafistes eux n’en ont
pas.
Verdict risqué
Manifestations et
contre-manifestations sont prévues pour vendredi prochain 20 avril, quoiqu’il ne
soit pas sûr que la commission électorale ait rendu son verdict d’ici là.
Jetant de l’huile
sur le feu, le maréchal Tantawi vient d’annoncer que le parlement doit
respecter la décision de la Cour et nommer cent nouvelles personnalités non
parlementaires qui devront procéder rapidement à la rédaction de la
constitution afin qu’il soit possible de la soumettre au référendum avant le
second tour du scrutin présidentiel fixé au 8 juin. Mission impossible ?
L’avenir le dira.
A ce stade, nul ne
peut prévoir quel tournant vont prendre les choses. Ce qui est sûr, c’est que
ce fameux printemps arabe qui a fait
rêver, non seulement l’Égypte mais encore le monde entier, n’annonçait pas
l’aube de la démocratie sur les rives du Nil. Le recours au suffrage universel
et à des élections relativement libres n’a rien changé. Les deux forces en
présence, dont le combat risque de plonger le pays dans un chaos sanglant, sont
l’armée et les islamistes. C’était déjà le cas au temps de Moubarak, mais
aussi de Sadate et de Nasser.
Les seuls qui ne
s’en sont pas aperçus sont les occidentaux….
.



















6 commentaires:
Impeccable analyse. Superbement ficelée, ce qui ne gâche rien. Conclusion moins convaincante. Les révolutions arabes, en Egypte comme en Tunisie, n'ont changé ni la composition, ni la situation du pays. L'Egypte est toujours au bord du Nil. Les Frères, les modernistes et les militaires sont toujours vivants. Nouveauté aveuglante: une liberté (et un désordre) sans nom. Du jamais vu depuis Néandertal. Ça fait bon à vivre, croyez moi. Retour en arrière, compliqué. Ça ne change pas la donne? Un peuple libre et un peuple enchaîné, c'est la même chose? Seuls les Israéliens doutent de la liberté arabe. De l'ennemi ne peut venir que le mal. Dommage, on passe à côté d'un terrain d'entente. Guy Sitbon
Bravo M.Mazel!Vous savez tout sur les convulsions de l'Egypte et en vous lisant ,nous allons finir par,nous aussi,en devenir des spécialistes!
l'Armee contre les Islamistes :rien n'a changé depuis Nasser et les révolutions et les printemps arabes , Nasser à rien!
André:M
Comme à l'accoutumée, remarquable analyse de l'ancien ambassadeur en Egypte Zvi Mazel
Dr Claude Salama
les commentaires qui ont été publiés prouvent que leurs auteurs n'ont aucun complexe à afficher leur identité.
J'en ai reçu d'autres, anonymes, qui démontrent le courage de ceux qui veulent insulter les chroniqueurs ou les commentateurs en restant cachés derrière leur anonymat. Ils ont été mis à la corbeille.
Dans notre blog seuls les courageux bien identifiés ont le droit d'exposer leurs idées.
Bonjour M.Benillouche.
J'ai écrit un courriel concernant Guy Sitbon et je n'ai aucun complexe de m'identifier surtout en épinglant ce journaliste du N.Observateur dont le journal à soutenu les Khmers rouges faisant 2 millions de morts. Ni J.Daniel ni J. Lacouture ne se sont excusés pour leurs prises de positions.
Par ailleurs c'est ce même journal qui avait accusé l'armée Israélienne d'abuser de femmes palestiniennes afin de les envoyer à la mort dans leur famille. Cet article infâme a été écrit par Sarah Daniel la fille de l'autre.
Donc pas de leçon a Israél de la part de ces journalistes. Israël a des grands spécialistes du monde arabe et sait parfaitement ce qui se passe dans ces pays ou démocratie et laïcité ne sont que des mots pour des gogos de gauche
Le peuple croit toujours aux promesses électorales jusqu'au moment ou, pour survivre il faut chercher ailleurs des paturages, avec la bénédiction du pouvoir établi ou la merde.
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