BALLE AU CENTRE
Par Johann
HABIB
Avocat israélien
Ainsi donc trois tendances
lourdes semblent émerger du premier tour des élections présidentielles. Les
français d’Israël et les juifs de France voteront en masse, à contre-courant,
pour Nicolas Sarkozy. François Hollande sera largement élu président de la république.
Son élection détériorera les liens entre les juifs de France et la République
et, entre la France et Israël.
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| Sarkozy et Hollande au dîner du CRIF |
Qui vote pour qui?
Réaffirmons sans relâche
qu'aucune étude digne de ce nom n'a été réalisée sur le fameux «vote juif»
en France. Il sera donc impossible d'écrire de manière officielle que «les
juifs votent Sarkozy». Les juifs votent sans doute comme les autres français
car leurs préoccupations sont aujourd'hui les mêmes que leurs compatriotes : le pouvoir
d'achat, l'emploi et l'avenir de leurs enfants. Bien sûr, une immense majorité
sera plus sensible aux questions de sécurité et de politique extérieure mais il
ne semble pas, dans ces domaines, y avoir de débat passionnant entre les deux
finalistes.
En Israël, certes 82% des
votants ont plébiscité au premier tour Nicolas Sarkozy, mais peut-on parler de représentativité
lorsque seuls 15% des français inscrits aux consulats ont fait l'effort
louable de se déplacer entre 8h et 18h un dimanche (jour ouvré en Israël) et d’affronter
entre une demi-heure et une heure et demi d'attente avant de pouvoir voter?
Une élection se
gagne au centre
Nicolas Sarkozy, dont la
célérité du parcours politique est indéniable, a su, jusqu'à présent, écarter habilement
tous ses concurrents. Le déclarer vaincu serait une erreur d'appréciation.
Certes, sa pêche aux voix d'extrême-droite est hasardeuse, mais lors de son
dernier discours à Toulouse, il s'est servi des ralliements hétéroclites de Jean
Marie Bockel, Rama Yade ou Claude Allegre, pour capter les électeurs du centre.
S'il est réélu, les
socialistes ne pourront pas échapper à une profonde mutation car ils n'auront
pas représenté un vote majoritaire d'adhésion depuis 1988. Pour sa part, François
Hollande a fait un appel du pied aux électeurs de François Bayrou notamment en
invoquant à Bercy la «moralisation de la vie publique». S'il l'emporte, l'UMP éclatera
sans doute faute de chef charismatique et, alors, émergeront à nouveau deux
pôles comme auparavant.
Dans un cas comme dans
l'autre, le centre deviendra une nouvelle force de proposition influente.
Ainsi, les violentes stigmatisations à la droite de Sarkozy ou à la gauche
d'Hollande devraient perdre une grande partie de leur auditoire.
Catastrophe communautaire
A la perspective d'une éventuelle élection de François
Hollande les juifs de France comme les français d'Israël, nous dit-on,
s'attendraient à une catastrophe. Un pouvoir gangréné par des pro-islamistes
dont le seul but serait de nuire à Israël et aux juifs. La fameuse doctrine Boniface
(les candidats PS se distinguent sur le Proche-Orient) aurait pris le dessus au PS. En 2007 on avait
assisté à un vote de soutien enthousiaste pour Sarkozy de la part des mêmes qui
aujourd'hui nous assènent tant d'inepties.
C'était avant la pluie de
roquettes sur le sud d'Israël, l'opération «plomb durci» et sa condamnation
inique à l'Onu, avant le vote à l'Unesco, avant Toulouse, avant les
déclarations de Henri Guaino, avant que leur champion n'interfère odieusement
dans la vie politique interne d'Israël en proposant le remplacement du ministre
des affaires étrangères par quelqu'un qui lui convient mieux. Dès lors, malgré
ces trahisons, on serait, nous explique-t-on en présence d'un vote de rejet en
faveur de Nicolas Sarkozy. Faute de mieux.
Sans perdre de vue que les alliés
du PS sont particulièrement virulents contre Israël, le score élevé du FN n'inquiète
pas ceux-là même qui s'expriment. Certains auraient même reconnu voter pour ce
parti. Mais qui s'exprime d'abord? Hormis certains agités du réseau social, adeptes
de post haineux et de slogans infantiles, les déclarations de Richard Prasquier,
président d'un CRIF qui ne représente plus que lui-même, sont inadmissibles et
irresponsables. Par son soutien à peine voilé à un candidat et son rejet de
l'autre il franchit une ligne rouge: un dirigeant communautaire ne doit pas
donner de «tendance» ou de préférence car il engage ceux qui l'entourent. Il a
commis une faute majeure. Cette faute se retourne contre ceux qu'il souhaite
défendre.
Irrationnel
Richard Prasquier ne peut
ignorer que la politique étrangère de la France s'écrit au Quai d'Orsay depuis
de nombreuses années. Ses fonctionnaires, par opportunisme sans doute, n'ont
jamais réellement caché leur hostilité envers les gouvernements israéliens. Il
n'y a pas de raison que cela change, que le candidat socialiste ou son rival
déjà en place l'emporte. S'il avait voulu, ce dernier si volontaire et
omniprésent aurait eu cinq années pour rompre avec cette tendance.
Malgré cela, les relations
économiques, les échanges universitaires, la coopération en matière de
recherche entre Israël et la France se sont énormément intensifiés ces vingt
dernières années, et ce même dans les années où Dominique de Villepin, qui
avait qualifié Israël de «parenthèse de l'histoire», était ministre des
affaires étrangères et premier ministre. La réalité du terrain l'impose à
l'idéologie même spectaculaire. Alors, bien qu'encore une fois la vigilance
reste de mise, l'élection de l'un ou de l'autre ne devrait modifier ni la
poursuite du tissage des liens profonds entre les deux pays, ni la situation des
juifs de France.
















3 commentaires:
Hollande largement vainqueur ?
Attendons. Aujourd'hui nous en sommstaxpoes à 53/47
Je suis bien de votre avis M.Habib on lit plein de commentaires ridicules et manipulatoires, à chaque élection on se pose la même question : celui-là est-il bon pour nous et il faut reconnaître que la révolution n'a pas eu lieu. Parmi les juifs de France toutes les tendance sont représenter et c'est bien ainsi ainsi que les joutes écrites et verbales.Cependant il y a une dérive parmi les réseaux sociaux et cela m'inquiète un peu, trop facile derrière un écran!
Oui,Sarkozy a encore une chance d'être réélu.
Oui, les franco israéliens ne sont pas tous représentés par les votants mais ceux qui se sont déplacés ont choisi Sarkozy
Oui,le Quai d'Orsay depuis le Général de Gaulle .a déterminé la politique de la France au Proche Orient
Oui, on sera élu grâce aux voix des extrêmes à gauche ou à droite mais on devra gouverner au centre
Non, il est inutile de consacrer tant de lignes pour "régler son compte"à Richard Prasquier qui a le droit d'avoir des opinions et de les exprimer ou alors le CRIF ne devrait pas avoir de Président !
André M.
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