« Vertumne & Pomone »
Par BELY
3/4
« Sakountala
»
Et
que devint le bronze qui devait être programmé pour l’année… Elle a oublié…
De
quelle année s’agissait-il ? Ce projet, avait-il abouti ?
Avait-elle
coulé un bronze, avait-elle réussi à réunir la somme d’argent nécessaire pour
l’achat du marbre dont elle avait besoin pour la plus magnifique de ses
réalisations ?
Pourquoi
le nom de la comtesse de Maigret, pourquoi celui du salon d’automne, pourquoi
le mot Abandon semblent tous rattachés à cette sculpture ?
Pas
de réponse.
Elle
a appris à ne pas insister avec elle-même.
Elle
porte le regard à nouveau sur les arbres, qui étalent leur large frondaison
sous sa fenêtre. Ces feuillus lui rappellent ceux qui entouraient la petite
maison de Meudon la Forêt où elle s’installa très vite avec lui. Mais aussi
vite, cet amant adoré choisit de n’y vivre que de temps en temps, par
intermittence, comme par inadvertance entre deux retours vers cette Rose honnie,
qu’elle se plut à sculpter sous les traits d’une harpie, entre une
« séance de pose » avec Gwendolen Mary John, une rencontre avec la
duchesse de Choiseul et tant d’autres dont elle soupçonna l’existence mais que
de toutes façons elle a désormais enfouies.
Elle
réalise combien la solitude fut la seule compagne de sa vie.
Elle
se sent abandonnée de tous.
Même
ce père, Louis Prosper, le seul qui l’ait toujours soutenue, vient de mourir,
Sa
mère, une maudite femme bien pensante, une grenouille de bénitier, continue
d’être terrorisée par la peur du scandale si la liaison et l’état de santé de
sa fille venaient à être révélés.
C’est
elle qui l’a faite enfermer sans que Paul, son frère tant aimé, ne bronche.
Ne
reste que Debussy, un ami qui aurait tellement souhaité ne pas être considéré
comme tel, car il est amoureux de Camille Claudel qui ne l’aime pas.
Elle
refuse de le voir.
Elle
s’est créé un enfermement au passé violé, un présent sans sécurité, un présent
passé sans avenir, un futur inenvisageable pour cesser de souffrir.
Même
si elle se refuse de l’admettre, elle est devenue folle sciemment pour oublier
l’inoubliable.
Pour
gommer l’essentiel de son refus de croire en un bonheur possible, parce qu’elle
a vécu l’horreur d’une fausse-couche.
Pour
effacer jusqu’à la racine l’insoutenable idée que désormais elle n’aura jamais
d’enfant.
Un
enfant de l’amour qui aurait été plus important que son œuvre.
Qui
aurait été son chef-d’œuvre.
Pour
chasser de sa mémoire l’image de celui qui en aurait été le père, celui qu’elle
adorait d’un amour fou depuis tant d’années.
Pour
expulser de sa réalité cet homme qui la rejeta justement à ce moment précis.
Pour
ne plus jamais penser à cet amant irremplaçable qui la quitta pour rejoindre sa
compagne de toujours, cette rivale à qui il avait fait un fils devenu déjà
presque un adulte. Pour ne plus entendre, jamais, qu’il l’abandonnait, elle,
Camille Claudel pour retrouver une Rose Beuret, (quel vilain nom), qu’il avait
fini par choisir et qu’il allait finir par épouser !
Pendant
qu’elle, par sa faute continuerait son existence enfermée quarante années
durant, condamnée à vie, jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Ne vous méprenez pas, la belle histoire d’ « Elle » n’est pas entièrement
achevée…
Si Camille Claudel n’a jamais réussi à se faire aimer d’un Rodin, si son frère Paul, bien trop inquiet à l’idée de salir sa bonne réputation l’a abandonnée sans vergogne, elle fut aimée d’un amour magnifique par deux hommes dont elle ne soupçonna jamais les sentiments.
Si Camille Claudel n’a jamais réussi à se faire aimer d’un Rodin, si son frère Paul, bien trop inquiet à l’idée de salir sa bonne réputation l’a abandonnée sans vergogne, elle fut aimée d’un amour magnifique par deux hommes dont elle ne soupçonna jamais les sentiments.
Si vous voulez l’accompagner une dernière fois…















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire