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mardi 27 mars 2012

Vertumne & Pomone : Une nouvelle de BELY 3/4


«  Vertumne & Pomone »
Par BELY
3/4

«  Sakountala »

Et que devint le bronze qui devait être programmé pour l’année… Elle a oublié…
De quelle année s’agissait-il ? Ce projet, avait-il abouti ?
Avait-elle coulé un bronze, avait-elle réussi à réunir la somme d’argent nécessaire pour l’achat du marbre dont elle avait besoin pour la plus magnifique de ses réalisations ? 

Pourquoi le nom de la comtesse de Maigret, pourquoi celui du salon d’automne, pourquoi le mot Abandon semblent tous rattachés à cette sculpture ?
Pas de réponse.
Elle a appris à ne pas insister avec elle-même.
Elle porte le regard à nouveau sur les arbres, qui étalent leur large frondaison sous sa fenêtre. Ces feuillus lui rappellent ceux qui entouraient la petite maison de Meudon la Forêt où elle s’installa très vite avec lui. Mais aussi vite, cet amant adoré choisit de n’y vivre que de temps en temps, par intermittence, comme par inadvertance entre deux retours vers cette Rose honnie, qu’elle se plut à sculpter sous les traits d’une harpie, entre une « séance de pose » avec Gwendolen Mary John, une rencontre avec la duchesse de Choiseul et tant d’autres dont elle soupçonna l’existence mais que de toutes façons elle a désormais enfouies.
Elle réalise combien la solitude fut la seule compagne de sa vie. 
Elle se sent abandonnée de tous.
Même ce père, Louis Prosper, le seul qui l’ait toujours soutenue, vient de mourir,
Sa mère, une maudite femme bien pensante, une grenouille de bénitier, continue d’être terrorisée par la peur du scandale si la liaison et l’état de santé de sa fille venaient à être révélés.
C’est elle qui l’a faite enfermer sans que Paul, son frère tant aimé, ne bronche.
Ne reste que Debussy, un ami qui aurait tellement souhaité ne pas être considéré comme tel, car il est amoureux de Camille Claudel qui ne l’aime pas.
Elle refuse de le voir.
Elle s’est créé un enfermement au passé violé, un présent sans sécurité, un présent passé sans avenir, un futur inenvisageable pour cesser de souffrir.
Même si elle se refuse de l’admettre, elle est devenue folle sciemment pour oublier l’inoubliable.
Pour gommer l’essentiel de son refus de croire en un bonheur possible, parce qu’elle a vécu l’horreur d’une fausse-couche.
Pour effacer jusqu’à la racine l’insoutenable idée que désormais elle n’aura jamais d’enfant.
Un enfant de l’amour qui aurait été plus important que son œuvre.
Qui aurait été son chef-d’œuvre.
Pour chasser de sa mémoire l’image de celui qui en aurait été le père, celui qu’elle adorait d’un amour fou depuis tant d’années.
Pour expulser de sa réalité cet homme qui la rejeta justement à ce moment précis.
Pour ne plus jamais penser à cet amant irremplaçable qui la quitta pour rejoindre sa compagne de toujours, cette rivale à qui il avait fait un fils devenu déjà presque un adulte. Pour ne plus entendre, jamais, qu’il l’abandonnait, elle, Camille Claudel pour retrouver une Rose Beuret, (quel vilain nom), qu’il avait fini par choisir et qu’il allait finir par épouser !
Pendant qu’elle, par sa faute continuerait son existence enfermée quarante années durant, condamnée à vie, jusqu’à ce que mort s’ensuive.



Ne vous méprenez pas, la belle histoire  d’ « Elle » n’est pas entièrement achevée…
Si Camille Claudel n’a jamais réussi à se faire aimer d’un Rodin, si son frère Paul, bien trop inquiet à l’idée  de salir sa bonne réputation l’a abandonnée sans vergogne, elle fut aimée d’un amour magnifique par deux hommes dont elle ne soupçonna jamais les sentiments.
Si vous voulez l’accompagner une dernière fois…

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