« Vertumne & Pomone »
Une nouvelle de BELY
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Enfermée dans cette odieuse clinique autant que dans sa tête, ce matin ce sont deux mots bizarres venus d’un jadis qu’elle ne peut oublier qui flottent en elle.
Elle les répète, les chuchote sans en avoir vraiment conscience : Vertumne et Pomone, Vertumne et Pomone, Vertumne et Pomone…
Petit à petit, des pans de son passé remontent à la surface.
Vertumne et Pomone, le nom de sa sculpture la plus connue.
Son premier succès.
Presque le seul.
Qu’elle conçût, sans l’aide de personne, à plus fortes raisons sans même un conseil de son amant. Sculpteur lui aussi. Une création que nul n’osa remettre en question, ni ne se risqua à lui en refuser la «paternité» !
Que «Lui» non plus ne put s’approprier. Pourtant nul ne pourrait contester qu’il s’y essaya et réussit à faire admettre comme de son fait, ce petit marbre, «Le Pied», qu’il apprécia à tel point qu’il… lui ajouta un léger coup de ciseau pour légitimer le fait d’y apposer sa signature.
Elle le lui avait soumis innocemment pour qu’il se rende compte de la valeur de son travail le jour où il voulut bien la rencontrer alors qu’elle désespérait de devenir son élève.
A ce souvenir une froide colère la submerge à nouveau.
Les moments de lucidité sont terminés.
Comme la vague, qui apporte l’écume avec elle, lèche le sable un peu plus haut puis repart un peu plus loin à chaque passage, elle est accusée du délire de persécution, cet horrible arrêt prononcé en vertu de la loi de 1838, sur la foi du certificat médical d’un certain Dr Michaux, parce que lui aussi refusa de croire qu’ «Il» lui voulait du mal, et qu’ «Il» lui avait volé tant et tant de ses oeuvres!
D’ailleurs, il y a déjà longtemps, bien avant que tous ces monstres ne décident de l’enfermer, lorsqu’elle était encore libre dans son atelier, lorsqu’elle était encore la jeune et jolie Camille, déjà elle avait ressenti l’obligation de transformer sa maison en forteresse, d’ajouter des chaînes de sûreté, des mâchicoulis, des pièges à loup, derrière chaque porte et chaque fenêtre.
Et Dieu seul sait combien elle avait eu raison de se méfier.
Elle reprend son éternel leitmotiv : Seule, c’est elle seule qui créa les dessins, réunit les éléments qui composaient le groupe puis les intermédiaires de ce grand plâtre appelé alors «Sakountala» qui fut exposé au salon des Artistes Français et lui permit d’obtenir un prix avec mention honorable.
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| Sakountala |
Et le bronze qui devait être programmé pour l’année 19.. ?
… Elle a oublié…
De quelle année s’agissait-il ? Ce projet, avait-il abouti ?
Avait-elle coulé un bronze, avait-elle réussi à réunir la somme d’argent nécessaire pour l’achat du marbre dont elle avait besoin pour la plus magnifique de ses réalisations ?
Pourquoi le nom de la comtesse de Maigret, pourquoi celui du salon d’automne, pourquoi le mot Abandon semblent tous rattachés à cette sculpture ?
Et celui de Rodin ?
Pas de réponse.
Elle a appris à ne pas insister avec elle-même.
Elle porte le regard à nouveau sur les arbres, qui étalent leur large frondaison sous sa fenêtre.
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Est-elle digne de vous ?
Son histoire n’est-elle pas attachante ?
Elle vous donne rendez-vous à l'épisode 3 …
















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