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vendredi 16 mars 2012

TROUBLES NARCISSIQUES ET HAINE DE SOI Par KRAVI



        Nous publions le premier article de KRAVI, psychanalyste, qui a rejoint notre blog. Sa déontologie professionnelle lui imposant une "stricte opacité à l'égard de ses patients", il se doit de publier sous pseudonyme. Il le regrette d'autant plus que "son sionisme lui tient à cœur".
      Cette analyse sur les troubles humains sort des sentiers battus en abordant la politique sous un angle original pour tenter de nous expliquer le cheminement intellectuel de certains juifs anti-sionistes.  
      Temps et Contretemps est fier de contribuer à élever le niveau des diatribes politiques.

TROUBLES NARCISSIQUES ET HAINE DE SOI

Par KRAVI

On entend souvent parler d'enfants abusés sexuellement par des adultes. Quand l'adulte est un parent, il s'agit alors d'inceste. Il est une autre forme d'abus que, dans notre jargon d'analystes, nous appelons narcissiques. Ceux-ci peuvent prendre différentes formes : maltraitance de tous ordres, psychique et physique, abandon, négligence, rejet, etc. Remarquons aussi que, pour compliquer les choses, mais personne n'a dit que la psyché fonctionnait de façon simple, l'inceste est non seulement un abus sexuel mais aussi un abus narcissique puisqu'il instrumentalise et réifie l'enfant.


Impuissance totale

Le terme narcissique vient aussi du fait qu'ils ont pour conséquences d'altérer de façon profonde et durable le narcissisme de l'enfant, c'est-à-dire la valeur qu'il s'accorde à lui-même. Cette altération obérera l'avenir psychique de ces enfants pendant toute leur vie d'adulte, à moins qu'ils ne se donnent le droit de restaurer, au sens muséographique du terme, par un travail analytique (psychanalyse ou psychothérapie) leur narcissisme effondré. Mais en attendant cette éventuelle issue favorable, l'enfant reste aux mains de ses tourmenteurs, dans un sentiment d'impuissance totale d'autant plus insupportable qu'il n'aura personne vers qui se tourner.
Pour lutter contre ce sentiment de totale impuissance face à des gens qui, en principe, lui devraient amour et protection, il ne lui reste plus qu'à essayer de donner un sens à cette inexplicable maltraitance. Face des gens qui ont tout pouvoir sur lui, il lui faut retrouver un minimum de contrôle sur les douloureux événements de sa vie. Il n'a pour ce faire que le choix entre deux solutions.
Cosette : l'enfance maltraitée (Tableau Emile Bayard)
Il peut considérer être victime d'une situation injuste, et diriger alors sa haine contre ses bourreaux. Mais pour adopter cette position, il faut une certaine maturité psychique que peu d'enfants sont en mesure d'avoir acquise avant la fin de l'adolescence. Il est en outre très douloureux et difficile d'attaquer ce que nous appelons nos objets internes, à savoir nos images intériorisées du père et de la mère.
Dès lors, il ne reste plus qu'une solution pour donner un sens à cette situation, s'accuser d'en être la cause : «je souffre parce que je suis mauvais». Ce raisonnement, toujours inconscient, présente un double avantage. Afin d'échapper à ces sentiments insupportables que sont passivité et impuissance, l'enfant préfère se dire qu'il a lui-même provoqué les événements. L'autre avantage est de s'autoriser à envisager un avenir meilleur : «si je deviens bon, mes malheurs s'arrêteront». Il est toujours hasardeux d'étendre aux groupes humains des notions psychologiques par définition individuelles. En revanche, rien ne nous empêche de tenter d'analyser des comportements irrationnels à la lumière de ce que nous savons du fonctionnement du psychisme.

Comportement juif

L'un de ces comportements aberrants ne laisse pas de m'interroger : celui de juifs adoptant des positions anti-israéliennes de principe. Je m'empresse de poser que chacun a le droit de critiquer telle ou telle politique de n'importe quel gouvernement israélien. En revanche, délégitimer l'existence même de l'État d'Israël est une ignominie, tout comme accepter de laisser planer un risque mortel sur l'État juif. Si une telle posture ne nous étonne pas de la part des islamistes et des antisémites de tous poils, elle m'étonne au plus haut point quand elle est le fait de juifs, de la même façon que je suis effaré quand je découvre le racisme de certains juifs. Et mon effarement s'accroît quand je découvre que ces mêmes juifs s'avèrent être parfois israéliens.
Kenneth Levin
Kenneth Levin est psychiatre et historien. Dans son livre "The Oslo Syndrome : Delusions of a People under Siege" [le Syndrome d'Oslo : les désillusions d'un peuple assiégé], il tente d'expliquer l'attitude des juifs atteints de la haine d'eux-mêmes par l'espoir de s'attirer les bonnes grâces de leurs ennemis. Et aussi par l'envie de croire qu'Israël a le contrôle de circonstances particulièrement stressantes. Il n'en est évidemment rien puisque une paix authentique ne pourrait advenir que si le monde arabe changeait de paradigmes de pensée.
Les politiques israéliennes ont très peu d'impact sur cette haine anti-israélienne distillée à l'envi par les gouvernements arabes, les systèmes éducatifs, les médias et les prédicateurs musulmans. Depuis les premiers jours de l'édification du monde arabo-musulman, les minorités ethniques et religieuses de cette région sont au mieux inféodées, au pire persécutées. Il n'est que de voir les actuelles persécutions de chrétiens au Moyen-Orient, en Afrique et en Indonésie, ou l'arabisation forcée des berbères au Maghreb.

Les tares juives

Depuis des siècles les juifs sont humiliés, spoliés, persécutés de toutes les façons possibles. Il n'est guère étonnant que dans ces conditions ils aient cherché à s'attirer les bonnes grâces de leurs ennemis ou tenter d'infirmer les tares que ceux-ci leur prêtaient. Ainsi, les antisémites ont de tout temps prétendu que les juifs étaient exclusivement intéressés par eux-mêmes. Ce qui a conduit de nombreux juifs à épouser des causes sociales plus larges. Ce qui n'est évidemment pas rédhibitoire, mais dont il ne faudrait pas être dupe : derrière ce sentiment de justice universelle peut se cacher la motivation inconsciente de donner des gages afin d'être «aimable».
Levin rapporte que pendant la deuxième guerre mondiale, après que fut révélé le programme d'extermination nazi vers la fin 1942, de nombreux dirigeants juifs américains cherchèrent à provoquer une prise de conscience sur la situation tragique des juifs d'Europe afin de promouvoir des efforts pour les sauver. Mais dans le même temps, ils limitèrent leur campagne par crainte de réveiller la colère du public contre une préoccupation juive centrée sur un problème juif. Et ce sont souvent des voix non juives qui ont insisté sur le fait que le programme d'extermination nazi n'était pas seulement un crime contre les juifs mais un crime contre la civilisation et toute l'humanité, et qu'il devait par conséquent faire l'objet de la préoccupation de chacun.

Hostilité contre Israël

Aujourd'hui, alors que de nombreux campus et médias dans le monde occidental adoptent une position hostile à Israël, des juifs vivant et travaillant à proximité de ces secteurs adoptent communément des poncifs anti-israéliens. Ce faisant, ils se drapent dans les plis de ce qu'ils croient être la vertu alors qu'en réalité, en servant d'alibi et d'idiots utiles aux pires ennemis d'Israël, ils font montre d'une inconscience criminelle d'où un profond masochisme n'est pas absent.
À cette envie de se faire bien voir, il convient d'ajouter un moyen de défense que notre psyché met en œuvre pour affronter un traumatisme que nous appelons «identification à l'agresseur», mécanisme relativement efficace bien que fort coûteux en énergie psychique. Bruno Bettelheim décrit ce phénomène dans un livre qu'il a consacré à décrire son expérience concentrationnaire. Ces juifs hostiles à eux-mêmes n'hésitent pas, dans un mouvement pervers de retournement, à accuser l'État juif des forfaits perpétrés par ses ennemis, alimentant ainsi ce renversement des termes qui témoigne de la confusion des valeurs dont se nourrit la perversité. C'est ainsi que, prenant naissance sur le terreau de la propagande antisémite arabe, les mensonges les plus fous se répandent : les israéliens sont assimilés à des nazis, la démocratie israélienne devient un pays d'apartheid, la barrière de sécurité se transforme en mur de prison, les terroristes deviennent des résistants et une entreprise génocidaire se trouvent légitimée comme guerre de libération nationale...

Des juifs irresponsables
Colloque de JCALL

Laissons Levin conclure : «les dynamiques psychologiques des communautés sous siège virtuel mis en place autour de l'État juif continueront à mener certains individus des communautés juives à soutenir leurs assiégeants et à exhorter à une réforme juive de l'intérieur, comme si c'était le plus court chemin pour obtenir un soulagement. Pourtant, la voie qu'ils préconisent n'est pas moins délirante que celle des enfants violentés s'accusant des abus qu'ils subissent. Tout autant que ses enfants, ils se destinent psychologiquement à une vie d'abnégation auto-imposée et de misère. Dans le cas des juifs culpabilisant Israël pour la haine qui est dirigée contre lui, la misère qu'ils cultivent va bien au-delà d'eux-mêmes et, en définitive, elle sape l'existence même d'Israël ».
Si, individuellement, les membres de JCall n'ont pas forcément souffert de rejet ou de maltraitance, ils se conduisent comme des enfants abusés cherchant à donner des gages pour pouvoir être aimés. Ce serait pathétique si ce n'était irresponsable.

13 commentaires:

Mivy a dit…

Je ne peux pas souscrire à vos conclusion concernant Jcall.
La politique irresponsable de conquête de la Cisjordanie rendant impossible toute solution au conflit du Proche Orient par une division du territoire entre les deux peuples qui l'occupe est irresponsable.
Changer d'attitude ne sera pas suffisant, mais est nécessaire, la plupart des sympathisants de Jcall soutiennent Israël et militent pour le bonheur des peuples de la région.
Pour faire la paix il faut être deux, et on sait que l'attitude des uns dépend souvent de l'attitude des autres, il faut bien qu'un premier geste soit fait par l'un ou par l'autre.
Toutes les aventures militaires et unilatérales des précédants gouvernements israéliens ont échoué et n'ont pas fait avancer la paix d'un cm, alors, il semble légitime d'essayer autre chose.
La psychanalyse n'a rien à voir là dedans.

Pat Quartier a dit…

Avant de s'occuper du "bonheur des eules dans la region" et du "peule palestinien", la premiere des choses a faire lorsqu'on est un juif honnete est de s'interesser a ce que veulent vraiment les palestiniens concernant israel.
Jcall et vous memes faites semblant de l'ignorer :ils veulent purement et simplement liquider Israel par tous moyens, les uns politiques et les autres militaires, l'Islam aidant.
Cet aveuglement releve d'une categorie de lachete ou de haine de soi qui cache une volonte d'assimilation en imaginant que l'environnement sera plus favorable.
Ca marche partiellement puisque les memes chez Jcall sont gratifies par ceux qui se servent d'eux pour donner des lecons dee morale aux israeliens, alors que ceux-ci sont des minables incapables d'assumer leur destin face a des realites.
Vous etes victimes de la propagande de ces juifs assimiles et je vous offrirais volontiers une seance de psychanalyse chez le Dr Meshouga.
Mais plus qu'une psychanalyse couteuse, relire l'histoire et essayer de comprendre les parrallelismes actuels devraienmt vous ouvrir les yeux sur le fait qu'aucune paix n'est possible avec les palestiniens passant par un partage de territoires trop petits pour etre viable, les israeliens se mettant en danger mortel ...pour les beaux yeux et le confort des bourgeois de JCall au Cafe de Freud, pardon de Flore.

andre a dit…

C'est l'article que nous attendions tous.
Il faut le lire, le relire et le diffuser.
C'est une analyse au scalpel de tous ces juifs que les moins cultivés mais pas les moins intelligents, appellent " les juifs honteux".Ets ils avaient bien ramassé l'analyse en deux mots.

André M.

Giora a dit…

Effectivement, nous attendions tous cet article ; dommage que nous n’en connaissions pas l’auteur .

marianne ARNAUD a dit…

Cher Kravi,
N'ayant que des notions de Café du Commerce concernant la psychanalyse, je ne serai, hélas, pas en mesure de faire un commentaire pertinent de votre article.
Toutefois, une petite remarque, lorsque vous écrivez : "... je suis effaré quand je découvre le racisme de certains juifs", de quel genre de racisme parlez-vous ?
J'ai souvent entendu des propos de juifs ashkénases à l'encontre de sépharades, qui auraient bien pu passer pour "racistes" !
Le racisme n'est-il pas un sentiment très banal des humains qui se méfient de tout ceux qui leur ressemblent pas, et contre lequel il faut lutter, qui que l'on soit, sans relâche ?
Je n'irai pas plus loin dans le commentaire sauf à dire que j'ai souvent pensé que peut-être il eût mieux valu installer l'état d'Israël au beau milieu de l'Allemagne, puisque après tout c'est l'Allemagne la responsable et la coupable de la Shoah !
Mais là c'est une non-juive qui parle.
Très cordialement

Anonyme a dit…

Pour ma part, je partage complètement l'avis de Mivy.
Ce monsieur utilise des concepts, des réalités inconscientes très justes, mais complètement à côté de la plaque! quel rapport?? Le texte, la pensée sont intelligents, mais ça n'a rien à voir. On peut émettre penser mal sur Israël, et sa gouvernance sans forcément correspondre au schéma que ce monsieur décrit. Trop facile, voire malhonnête intellectuellement de sa part, vu son métier.
Oui, certes, "auto-abnégation et misérable", mais on peut penser aussi librement que les signataires de JCall que Israël avec sa politique depuis des décennies va droit dans le mur. Où est le mal de le dire?
Faut-il défendre les colons à tout prix, les extrémismes juifs de tous genres, sous prétextes qu'ils sont juifs et-ou israéliens??
Non, je ne le pense pas.
Il faut dire la vérité, qui est complexe. Et non pas sous le pretexte d'être juif et-ou israélien, se fermer les yeux.

S.C a dit…

Je crois que ces notions ne sont pas à la portée du "lecteur moyen" de ce blog.
Les notions de haine de soi et de blessures narcissiques entrainées par la maltraitance font appel à des notions psychalytiques complexes en rapport avec des representations infantiles ensuite refoulées dans l'inconscient.

Le psychalyste Daniel Sibony a bien travaillé cette question dans plusieurs livres dont "Le racisme: une haine identitaire"

La réaction du premier lecteur ("la psychanalyse n'a rien à voir la dedans" )illustre bien cela.

Un tel discours risque d'en désorienter plus d'un.Mais pour les autres,on ne peut que se féliciter de pouvoir lire les reflexions pertinentes de ce psychanalyste anonyme.

kravi a dit…

@Mivy et anonyme : comme vous dites : « pour faire la paix il faut être deux ». Il est maintenant avéré que les Arabes ne veulent pas la paix comme en témoignent tous les échecs successifs depuis 1947. Israël n'a cessé de faire des « premiers gestes », toujours en vain. Quand les écailles vous tomberont-elles des yeux ?
La psychanalyse n'a pas grand-chose à voir avec la géopolitique, mais il n'est pas interdit d'essayer d'expliquer les comportements aberrants et répétitifs de certains juifs dans ce conflit.
@chère Marianne,
je parlais du racisme de certains juifs américains à l'égard des noirs. J'aimerais que ce ne fût pas le cas, mais les juifs ont aussi leurs imbéciles. Israël en pleine Allemagne ? l'image est plaisante, mais à tout prendre, je la préfère à sa juste place. Un de mes amis disait qu'on aurait jamais dû pendre Eichmann mais l'obliger à vivre en solitude dans un kibboutz au milieu du peuple qu'il avait voulu exterminer.
@autres : merci de m'avoir lu et parfois apprécié.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@S.C Je trouve très désobligeante cette affirmation : « Je crois que ces notions ne sont pas à la portée du "lecteur moyen" de ce blog ». Pourquoi classifier les lecteurs entre intelligents et primaires ?

L’avènement d’Internet a rehaussé le niveau des débats car les lecteurs ont à présent plusieurs médias à leur disposition et la lecture ouvre l’esprit. Il n’est pas nécessaire d’avoir tel ou tel diplôme pour se sentir au dessus de la mêlée ou pour faire partie d’une caste intellectuelle privilégiée.

En tout état de cause, Temps et Contretemps n’a pas l’intention de niveler vers le bas ses chroniques.

Merci de votre commentaire.

evelyne a dit…

bien d'accord avec vous jacques benillouche
"ces notions ne sont pas à la portée du "lecteur moyen"!!! Les notions de haine de soi et de blessures narcissiques" sont des notions rabachées par une idéologie psychanalyste coincée dans une mentalité bourgeoise et snobe datant du siècle dernier...
Pauvre petits psychanalystes, ils s'imaginenrt avoir tout compris alors qu'ils sont à côté de leur plaque!
Tellement facile d'accuser l'autre quand il n'est pas "conforme" à mon point de vue...
anti sioniste = pervers narcissique...
bravo, belle intelligence!

Mme X. a dit…

Cette analyse nous éclaire sur ce qui nous semble tellement irrationnel dans le comportement de ces juifs antijuifs.

Seule une analyse psychiatrique peut, en effet, "expliquer" cette part honteuse de soi-même que l'on voudrait faire oublier afin de se faire aimer. Bref il y a beaucoup à faire... A méditer

Hubert NATAF a dit…

très profond et dangereux pour la défense d'Israel surtout si ces gens sont dans une position de pouvoir ou d'influence; la communauté juive de Salonique a été décimée parc qu'elle suivait les conseil d'un Juif allemand qui leur disait de se conformer aux exigences nazies et que tout allait bien se passer. Article a relire pour bien le cerner

Swiss life mutuelle a dit…

La haine de soi est le plus fréquent avec ces personnes en dépression qui sont de plus en plus nombreuses.