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mercredi 14 mars 2012

RELATIONS ÉGYPTE-ISRAËL : TROP DE PILOTES À LA BARRE DU NAVIRE par Zvi MAZEL



RELATIONS ÉGYPTE-ISRAËL 
TROP DE PILOTES À LA BARRE DU NAVIRE

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte
Conseil suprême

La  politique égyptienne concernant Israël, ces derniers temps, traduit l’extraordinaire instabilité dans laquelle est plongé le pays. Le Conseil suprême des Forces Armées fait exactement le contraire de ce que réclament, à cor et à cri, les forces nouvelles et tout particulièrement les Frères Musulmans. Tandis que le maréchal Tantawi ratifiait la semaine dernière la nomination d’un nouvel ambassadeur en Israël,  la chambre basse du parlement récemment élu votait à main levée une résolution qualifiant Israël «d’ennemi numéro un de l’Égypte» et  demandait l’expulsion de l’ambassadeur et l’arrêt de la vente du gaz égyptien à Israël.  En même temps l’Égypte a joué un rôle déterminant dans les tractations qui ont mis fin à la poussée de violence qui a enflammé Gaza et le sud d’Israël. Sans les efforts considérables déployés par  l’Égypte, une intervention terrestre aurait peut-être été nécessaire, risquant de faire dangereusement monter  la tension dans la région.

 
L'attaque de l'Ambassade d'Israël au Caire

Pragmatisme de la junte

La junte militaire a montré qu’elle était consciente de l’importance des relations avec Israël, et avec les États-Unis,  et qu’elle était capable de faire preuve de pragmatisme. On avait pu craindre en Israël  que, faute de successeur à l’ambassadeur actuellement en poste et qui est sur le point de terminer sa mission,  la représentation ne tombe au niveau d’un simple  Chargé d’Affaires. Ce qui aurait répondu aux vœux des Frères Musulmans et d’autres éléments qui réclament la révision du traité de paix. Reste à savoir maintenant  si le nouvel ambassadeur aura pris son poste avant que l’armée, ayant passé le pouvoir à un gouvernement largement dominé par les Frères, ne soit retournée dans ses casernes. 
En ce qui concerne Gaza, la junte ne tenait pas à voir ce brûlot prendre de l’ampleur à l’heure où elle a besoin de toute son énergie pour gérer une situation interne qui pourrait devenir explosive d’un moment à l’autre ; et puis le dénouement de la crise est venu rappeler au monde arabe que l’Égypte était encore le principal acteur sur le front palestinien. Pourtant les généraux ont dû faire face à une  presse déchaînée qui recyclait sans vergogne des clichés pris lors de l’Opération Plomb Durci pour accuser Israël d’atrocités, tout en passant étrangement sous silence les centaines de missiles déversés sur les villes et villages du sud d’Israël pendant de longues journées.
Quant aux  Frères Musulmans, leurs succès électoraux n’ont pas provoqué une nouvelle prise de conscience des réalités politiques.  Leurs dirigeants n’ont en rien modéré leurs attaques  contre Israël et ce sont leurs discours incendiaires qui ont enflammé les foules et déclenché l’attaque contre l’ambassade. Ils auraient peut-être aussi encouragé les attentats répétés contre le pipeline conduisant le gaz égyptien vers Israël et la Jordanie. On en est au treizième attentat, à ce  jour, et l’arrêt des exportations a causé une perte sèche  d’un milliard de dollars pour l’Égypte.
Dirigeants islamiques égyptiens


Inexpérience

La chambre basse du parlement, ne disposant d’aucun pouvoir exécutif,  n’est pas en mesure de mettre à exécution ses décisions tant en ce qui concerne l’ambassadeur qu’en ce qui concerne le gaz. En l’état actuel des choses, le gouvernement nommé par le Conseil supérieur des forces armées,  conformément à la constitution de transition, n’est pas responsable devant le parlement et un vote de défiance resterait sans effet. Seulement il montre bien dans quel sens souffle le vent et ce à quoi on peut s’attendre le jour où les Frères formeront le gouvernement après l’élection d’un nouveau président, prévue en juin.
Non que l’armée se soit toujours conduite rationnellement. On peine encore à comprendre pourquoi les forces de sécurité ont laissé des manifestants s’engouffrer dans l’immeuble qui abrite l’ambassade d’Israël et arriver jusqu’à la porte de la mission, en flagrante violation de plusieurs conventions internationales. Il est peut-être plus difficile encore de comprendre pourquoi le maréchal Tantawi a refusé de prendre l’appel du premier ministre israélien et qu’il a fallu que le président Obama  téléphone pour qu’il se décide enfin à agir.  
Contrôle des locaux des ONG
D’aucuns diront que c’est parce que les généraux manquent d’expérience : difficile de gouverner ce vaste pays surpeuplé alors que le président a été déchu, que la plupart des institutions civiles fonctionnent à peine et que la situation économique est hautement préoccupante. On a pu le voir avec l’épisode désastreux des ONG (qui n’a rien à voir avec Israël). Ayant autorisé,  tacitement (?), le raid contre leurs bureaux et la mise en accusation de leurs employés, la junte a dû faire machine arrière et laisser les américains quitter le pays, ce qui lui a valu les foudres du parlement où les députés,  fous de rage, exigeaient la démission du gouvernement. Le maréchal Tantawi a été contraint de leur rappeler que, comme il a été  dit plus haut, le gouvernement nommé par le Conseil Suprême des Forces Armées restera en place jusqu’à l’élection du nouveau président.

Procédures lentes


Le Maréchal Tantawi aux Etats-Unis

Il ne faut pas se faire d’illusion : ces attitudes contrastées vis-à-vis d’Israël (et des États-Unis) vont perdurer. De nombreux obstacles restent à franchir avant la fin de la période de transition. Il faut d’abord nommer un conseil de cent personnes qui sera chargé de rédiger la nouvelle Constitution. Cette dernière devra ensuite être ratifiée par referendum. Alors seulement, on pourra procéder à l’élection présidentielle. Si tout ce passe bien, le premier tour aura lieu les 23-24 mai ; si aucun des candidats n’obtient les 50 % nécessaires, un second tour aura lieu. Les résultats définitifs devraient être connus à la mi-juin ; c’est à peu près à ce moment là que sera rendu le verdict dans le procès Moubarak. 
Ce processus risque de ne pas se dérouler sans heurts et sans manifestations plus ou moins violentes. Les Frères Musulmans, forts de leur majorité au parlement, vont tout faire pour que la constitution s’inspire essentiellement de l’islam, et qu’elle rogne sévèrement les prérogatives du président au profit de celles du parlement. Ils soulignent déjà qu’ils veilleront à ce que le futur président ait «une solide formation islamique».
Salafistes égyptiens
La nouvelle constitution, et le nouveau président, auront forcément une influence déterminante sur les relations entre l’Égypte et Israël. Certes, à priori aucun différent n’oppose ces deux pays ; ils ont les mêmes intérêts sécuritaires et les contacts entre services de sécurité se maintiennent. Seulement, quelle serait l’attitude d’un gouvernement dirigé par la Confrérie ? Mettrait-il un terme à ces contacts vitaux ? Qu’en sera-t-il des échanges commerciaux, de la vente du gaz naturel ? Qu’adviendra-t-il des fameuses «Qualified Industrial Zones » (QUIZ) qui permettent à l’Égypte, en coopération avec Israël, d’exporter, notamment les produits textiles, vers les États-Unis sans payer de droits de douane ? Si cet accord était révoqué, c’est toute l’industrie textile égyptienne qui pourrait s’effondrer. Il y a encore le problème du Sinaï où le terrorisme joue un rôle grandissant et où le gouvernement peine à rétablir son autorité ;  l’attitude envers Hamas, qui est, rappelons-le, la branche de Gaza des Frères Musulmans mais qui utilise le Sinaï pour s’approvisionner en armes illégalement. L’’Iran, enfin, longtemps considéré comme un ennemi par Moubarak et qui ne ménage pas ses efforts pour amadouer le nouveau régime.
Les questions ne manquent pas…. Malheureusement ce sont les réponses qui font défaut.

1 commentaire:

Hubert NATAF a dit…

ceux qui n'ont rien à perdre n'hésitent pas à risquer ceux qui ont quelque chose à conserver