" LA VIE FUT BELLE EN CE PAYS"
LES GRAFFITIS DU CAMP DE DRANCY
Par André MAMOU
« Lanker Otton, Lanker Mindel, déportés le 11 février 1942, destination inconnue, Vive la France
Mart Spinder, arrivé le 21 III 44, déporté le 13 IV 44
« La vie fut belle en ce pays où je n’ai plus le droit de rester ; WS 1er Septembre 42
« Adieu, Oh pays de ma jeunesse
« Non, laisse-moi crier Au Revoir
C’est écrit au crayon, c’est gravé avec un bout de métal sur un carreau de plâtre : des noms, des dates d’arrivée et de départ, parfois un dessin, une étoile de David ou une silhouette. Ce sont les noms sur les murs du camp de Drancy qui a fonctionné comme antichambre de la mort de 1941 à 1944 : 76.000 juifs furent déportés dont onze mille enfants.
En 2009, les bâtiments de la Cité de la Muette à Drancy, qui constituaient le camp d’internement, ont fait l’objet d’une rénovation pour la partie que l’on avait transformée en logements sociaux. En déplaçant les contre-cloisons, les ouvriers ont repéré ces écritures, des graffitis, et ils n’ont pas jeté ou détruit ces témoignages de détresse ou d’inconscience. On a démonté tous les carreaux de plâtre et on les a lus, photographiés, étudiés et stockés. On en a fait une exposition au Mémorial de la Shoah dans le Marais à Paris. Ces graffitis seront montrés dans le «neuf trois » ( 93 : Seine Saint Denis) puis iront aux Archives Nationales.
LA BETE IMMONDE
Claude Bartolone, Jean-Paul Huchon, Eric de Rothschild et Serge Klarsfeld ont dit les mots qu’il fallait : éducation, racisme, tolérance, devoir de mémoire : «Ceux que l’on voulait faire disparaître, ne sont pas disparus et leur vie et leur mort ont laissé des traces». Tous ont relié la folie meurtrière de l’Allemagne nazi à la barbarie et à la haine de Toulouse : «Vigilance accrue car la bête immonde est toujours là »
« Je m’en vais vers l’inconnu
En suivant mon destin
Et en laissant tristement ici
Mon bonheur et mes chagrins »
L’auteur a été déporté le 2 septembre 1942 par le convoi N° 27 vers Auschwitz-Birkenau (Pologne).
«Famille Eskenazi, partie le 30 mai 44 pour destination inconnue. TRES BON MORAL.VIVE les juifs» Déportés par le convoi n° 75 vers Auschwitz-Birkenau. Clara Eskenazi y décède le 4 juin 1944. Albert, Suzanne et Fortunée Eskenazi ont survécu et sont rentrés en France.
En sortant du Mémorial dans la rue Geoffroy-L’Asnier, voici l’école publique : sur la façade, au dessus de la porte d’entrée, il y a une plaque de marbre noir où il est gravé que plus de cinq cent enfants juifs déportés y étaient scolarisés. Dans la rue qui descend vers la Seine, l’ancienne école des filles ouverte depuis 130 ans, une autre plaque, un autre chiffre qui indique combien d’écolières furent conduites vers leurs bourreaux. L’image de ces enfants, raflés par des hommes en pèlerines bleues et en képi réglementaire de la Police Nationale, colle à la mémoire.
Et dans la déchirante douceur d’un printemps précoce sur Paris, alangui aux bras de son fleuve, on lit la plaque de la rue que l’on a rebaptisée «Allée des Justes». On lit des noms inconnus, de gens absolument inconnus, qui risquèrent leur vie pour sauver ce qui pouvait l’être et, en tout cas, leur honneur.
Des écoliers, des juifs, des graffiti, une tristesse insidieuse et une sourde inquiétude, une amertume.

















3 commentaires:
C'est ce que je me dis tous les jours, et tous les jours je me désespère de la voir disparaitre inexorablement par l'aveuglement de tous.
Et tous les jours je me félicite de ce que mes enfants sont en Israël.
C'est curieux comme autour de moi tous, TOUS, attendaient cet attentat de Toulouse comme inexorable. Et maintenant nous attendons le prochain, et celui-là sera effectivement considéré comme la faute des Juifs.
Les médias et les politiques, unanimes, persistent à y voir l'acte d'un fou. Surtout pas celui d'un homme ,normal, sinon tout ce que nous prétendons s'effondre.
Amicalement, et merci encore pour le travail que tu fais.
Norbert
"...une tristesse insidieuse, une sourde inquiétude, une amertume."
Et pourtant l'espoir existe bel et bien. C'est chez Albert, Suzanne et Fortunée Eskenazi qui ont survécu et qui sont rentrés en France, auprès de leurs enfants et petits-enfants, qu'il faut aller le chercher.
Le problème de la haine ... L'aversion viscérale qu'avaient Hitler et ses suppôts pour les Juifs, c'était de la haine, une haine si forte qu'elle devenait leur identité, leur raison de vivre. Elle est vieille cette haine-là qui veut réduire les Juifs au rang de sous-hommes, d'esclaves. On la voit à l'oeuvre dans la lignée de pharaons contemporains de la vie de Moïse. C'est bien la haine de Amman dans le livre d'Esther. Est-ce que ce que contient le livre saint des musulmans est d'une autre essence ? Il y aurait une sourate dans laquelle les rochers se mettraient à parler aux musulmans pour leur dire qu'il y a un Juif caché derrière eux et pour les inviter à venir le tuer. Je connais personnellement des musulmans qui n'ont pas cette haine brûlante en eux et ils doivent probablement lire cette sourate avec la distance qu'ont les judéo-chrétiens avec les passages de la Bible qui invitent à tuer ceux qui appellent à adorer d'autres dieux qu'Adonaï. Mais il n'est tout de même pas étonnant que la lecture de sourates tellement remplies de haine produise chez des ratés du type de ce psychopate de Toulouse la justification de ce qui les conduit aveuglément dans le péché irrémissible ...
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