QU’ILS S’EN AILLENT !
Par André MAMOU
Tribune juive
![]() |
| La poignée de main au dîner du CRIF |
Au Derby d’Epsom, les choses sérieuses commencent après «Tottenham corner», c'est-à-dire après la dernière courbe avant la ligne droite. Ceux qui se sont attardés font leur effort pour arriver en tête ou, au moins, en quatrième position afin d’avoir leurs aises pour prendre la tête ou pour participer au sprint final.
Une élection présidentielle est une compétition pour déterminer celui qui apparaîtra comme le plus capable de prendre en charge les affaires du pays. Au lieu du poteau d’arrivée, le juge de paix est le nombre de bulletins dans l’urne au jour du scrutin et non pas les intentions de vote confiées à des instituts de sondage.
Le candidat du PS serait en tête avec plus de 5 points d’avance sur un candidat virtuel qui pourrait être le président sortant et dominerait son adversaire du centre, celui de la gauche de la gauche et celle de la droite extrême. La messe est dite ? «Le Figaro» rapporte le propos d’un député UMP qui signale «avoir pris du Chirac à 19 %» et qui estime que «du Sarkozy à 25 %, c’est un placement de père de famille».
Mais le propos n’est pas de faire de la politique fiction ni encore moins des pronostics. Il ne s’agit pas de donner le nom de celui que l’on soutient en espérant, pour l’un qu’il confirme son avance dans les sondages ou pour l’autre qu’il renverse la tendance et fasse se croiser les courbes. Il faut dire ce qui est : on n’a pas abordé la ligne droite et le candidat de la droite ne s’est pas encore déclaré. Habilement le président sortant reste le président qui s’occupe des problèmes du pays et qui répond aux questions posées par l’actualité jour après jour. Mais, par sa fonction et depuis sa position, il peut quand même donner un coup de griffes deçà delà quand il estime que l’on va trop loin. C’est certain qu’il utilise les moyens de l’Etat pour sa candidature éventuelle ou imminente. Mais quoi ? C’est l’avantage de tous les sortants partout et toujours. C’est une élection et ceux qui ne sont pas aux affaires ont également l’avantage de pouvoir se consacrer entièrement à leur campagne et de ne porter aucune responsabilité sur les méfaits de la conjoncture et de pouvoir promettre monts et merveilles.
« STRAUSS SANS KAHN »
Il y a au Front National une tendance lourde au dérapage : pendant plus de quarante ans, le père nous a indignés avec ses jeux de mots sur les fours crématoires, les «points de détail» sur la Shoah, son soutien à Saddam Hussein. Il nous a même fait rire, parce qu’on doit rire, sur son ignorance que le journaliste expulsé fût juif puisqu’il n’avait pas un nez caractéristique. La fille héritière veut faire mieux et son programme tient en un mot «dé diaboliser» ce qui veut dire libérer la parole et appeler les choses par leur nom. Elle risquait même de capturer des votes juifs et certains ont pensé que l’on pouvait souper avec le diable si on avait une longue cuillère. Pas évident du tout : elle n’a pas résisté à assister à un bal en Autriche avec tous les nazillons du coin et Jean-Marie Le Pen de dire : «Mais non, c’est un bal avec Strauss mais sans Kahn».
Pour nous, c’est simple : jamais avec lui, jamais avec elle ! Au dîner du CRIF, son président, Richard Prasquier, n’a donné aucune consigne de vote sauf celle-ci : n’emportez pas dans l’isoloir le bulletin du Front National. Elémentaire ! Evident !
LE SMIC A 1700 EUROS
De l’autre coté, il y a le Front de Gauche réunissant les communistes et la gauche de la gauche sous la conduite de Mélenchon. Si vous avez l’opportunité de suivre un de ses meetings, je vous conseille d’assister au spectacle. Il s’agit d’un magnifique orateur et d’un conteur captivant. Il a une gestuelle parfaite avec sa tête qui se tourne de gauche à droite puis, un arrêt pour regarder l’œil des cameras, avec les lunettes que l’on met juste un instant et la feuille que l’on feint de lire et il a une voix «qui arrache» et un truc pour «emballer» : il répète un slogan ou un bout de phrase trois fois, chaque fois un peu plus fort : «Qu’ils s’en aillent, qu’ils s’en aillent, QU’ILS S’EN AILLENT !».
Ce qu’il dit est le vrai programme d’une vraie gauche, pas de celle qui «gère les affaires de la bourgeoisie», pas de la social-démocratie avec ses hommes de gauche en peau de lapin comme Schroeder, Zapatero ou Blair ou le candidat Hollande. Non , il s’agit de la vulgate communiste avec la classe ouvrière et les paysans, les techniciens et les petits employés comme fer de lance pour renverser l’ordre établi et arriver à la Sixième République. Et en tête de gondole, il a placé l’article que tout le monde va s’arracher : le SMIC à 1.700 euros brut qui deviendra 1700 net en fin de mandat ! A vrai dire, je n’ai pas suivi ses explications sur le financement de ses propositions mais je dois supposer qu’il prendra aux riches, en augmentant les impôts, en supprimant les niches fiscales, bref en décourageant tous les entrepreneurs. Il a, en effet , sa formule magique et il la répétera : si les patrons ne sont pas heureux, et bien QU’ILS S’EN AILLENT ! On applaudit et on brandit les drapeaux rouges.
«VOUS NE POURREZ PAS …»
Alors Mélenchon, s’il fait moins de 8 % des voix, est un allié utile pour le second tour et, s’il fait plus de 10 %, est un allié bien encombrant pour le candidat du PS. Celui ci ne peut plus dire n’importe quoi ni continuer de promettre ce que tout le monde sait impossible à tenir. Hier Jérôme Cahuzac, aujourd’hui Didier Migaud, l’un à la Commission des Finances et l’autre à la Cour des Comptes, deux socialistes, ont tracé le chemin escarpé et périlleux où il faudra progresser pour gérer l’économie française. Comment éviter de dire des énormités que le candidat de la droite relèvera aussitôt et ne pas désespérer les socialo-communistes qui vibrent aux discours de Mélenchon ? Ce sera une bataille de chiffres que les électeurs n’arriveront pas à suivre et qui ne débouchera sur aucune certitude : «Vous ne pourrez pas..», «Mais oui, on y arrivera si…».
Alors on suppose que le candidat de la droite voudra capturer les électeurs qui l’ont abandonné en les attirant sur les problèmes de société et la conduite d’une politique étrangère conforme au génie de la France. Et on pourrait citer : le mariage des homosexuels, l’adoption, l’euthanasie, l’accueil des immigrés, l’islam en France, les obligations à imposer aux chômeurs secourus, le maintien de l’aide médicale d’Etat, la réforme fiscale et les impôts successoraux , la sauvegarde de l’euro et le rapprochement obligatoire avec l’Allemagne, la politique d’équilibre au Proche-Orient, le maintien et la rénovation des centrales nucléaires … Les sujets ne manquent pas où le candidat du PS est prisonnier de ses alliances avec les Verts et avec les Rouges alors qu’il n’a droit qu’au rose très pâle.


















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire