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dimanche 1 janvier 2012

Mon cœur de père par Marco KOSKAS



Mon cœur de père

Par Marco KOSKAS

 Editions Fayard



          Marco Koskas ne pouvait pas avoir prémédité son ouvrage écrit depuis août 2010 et pourtant il tombe à point en plein trouble avec les juifs orthodoxes israéliens. Comme de nombreuses familles françaises, il a été, lui aussi, touché par le retour brutal à la religion d’un membre de sa famille.

Recherche d'identité

Les juifs ont toujours été à la recherche de leur identité et chaque génération a connu la quête de l’absolu comme dans sa Tunisie natale des années 1950 où les jeunes juifs étaient arrachés à leur mère par les «missionnaires sionistes» qui les envoyaient vers les kibboutzim d’Israël. Ces envoyés de l’Agence Juive débarquaient sur un terrain en friche, face à une jeunesse captive à la recherche d’un idéal. Les jeunes trouvaient dans le sionisme le moyen de s’identifier à une cause, en s’organisant en groupes, sans se rendre compte qu’ils adhéraient aux idées marxistes et qu’ils s’engageaient à créer, dans le désert ou les marécages d’Israël, une nouvelle implantation collective.
La jeunesse d’aujourd’hui «a peut-être trouvé dans l’orthodoxie des réponses existentielles » mais, alors que l’auteur «avait soif de transgression, le jeune est avide d’interdits et de règles ». Marco Koskas découvre un changement dans l’essence même de la fondation de l’Etat juif : «Le sionisme était laïc, à l’origine. Aujourd’hui il devient religieux parce que les laïcs sont moins convaincus et fatigués par soixante ans de guerre». 

Les barbus

Les nouveaux missionnaires portent à présent la barbe, le borsalino et le costume noirs des jours de deuil, symbolisant la destruction du Temple. Mais une conception différente de la vie les sépare de la grande majorité. Alors que les sionistes des années 1950 vivaient au grand air dans les champs, fixaient leur regard sur l’avenir, consolidaient le nouvel Etat, et participaient à la construction économique du pays, les pionniers des années 2000 ferment les yeux sur le futur et la civilisation moderne, s’enferment dans des «yeshivoth» à l’abri du soleil, vivent d’anachronisme et se dopent aux histoires figées du passé.
Marco Koskas s’élève contre l’embrigadement de son fils et comprend difficilement le saut décidé en toute conscience par Fiston, comme il l’appelle dans ce qui n’est pas à proprement parlé un roman mais un journal qui retrace l’évolution d’un gamin vers la religion. Il a préféré le journal intime, genre littéraire à part entière, avec l’avantage du style léger qui rend facile et agréable la lecture de thèmes sérieux, parfois dramatiques et souvent révoltants. Le choix du journal s’imposait car il y trouvait le seul moyen de mettre l’accent sur la part la plus secrète de lui, celle qu’on ne réserve qu’à un confident. L’auteur voulait donc que ses lecteurs soient tous ses confidents avec une écriture cursive, nerveuse et personnelle. Il y a bien sûr du parti-pris qui risque d’être mal interprété par une catégorie d’israéliens mais c’est le propre de l’écrivain de poser ouvertement les problèmes sans se sentir obligé de trouver leurs solutions.

Religion refuge
Beaucoup de familles se retrouveront dans ce récit et comprendront ce père désemparé de devoir accepter que son fils vive autrement parce qu’il «a trouvé dans la religion non seulement un refuge, mais aussi une position». Certains argueront qu’il vaut mieux la religion que la drogue mais Marco Koskas n’est pas sûr de distinguer la différence. Un livre simple et dur à la fois, mais plein d’humour, qui se lit d’une traite avec la conviction, pour certains, du déjà vécu. En ces jours où les juifs orthodoxes veulent imposer leurs règles de vie, il peut permettre une prise de conscience qui évitera les débordements et l’intoxication pure et simple des cerveaux de jeunes souvent en difficulté.
C’est une charge pure et simple contre l’intolérance et la superstition religieuses, à base de questionnement. Marco Koskas, avec son esprit pragmatique et logique, veut comprendre les ressorts d'une religion dont le dogme impose d’appliquer les règles les yeux fermés. Dans cette plongée dans le rite religieux, avec ses extrêmes et ses contradictions, le seul reproche que l’on pourrait faire à l’auteur est sa naïveté à ignorer que les nouveaux religieux sont incapables de se ressaisir et que les religieux de souche sont imperméables aux arguments et à la logique parce que «la foi aveugle conduit à la joie».

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