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samedi 31 décembre 2011

ISRAËL : RETROSPECTIVE D'UNE ANNEE 2011 RICHE EN EVENEMENTS



ISRAËL : RETROSPECTIVE D'UNE ANNEE 2011 RICHE EN EVENEMENTS

Par Jacques BENILLOUCHE

En cette fin d’année 2011, les mois qui viennent de s’écouler ont été riches en évènements au Proche et Moyen-Orient. Israël s’est trouvé confronté à de nouveaux défis qu’il a dû surmonter avec plus ou moins de réussite.

Sur le plan diplomatique
Lieberman, Netanyahou et Begin

Une déclaration discrète et inédite pourrait conditionner les négociations futures : la fin du dogme du Grand Israël. Sous la pression internationale, le  nationaliste Avigdor Lieberman, a ouvert la porte à un État palestinien. L’évolution du ministre des affaires étrangères, qui a toujours prôné une attitude intransigeante, se confirme dans l’exposé d’arguments que ne désavoueraient pas les tenants de la gauche. Il justifie son revirement favorable à la cession d’une partie de la Cisjordanie en qualifiant son appartenance à la «droite rationaliste, qui estime que l’idéal sioniste n’est plus aujourd’hui accessible dans son intégralité». Il tire le constat d’échec d’un rêve auquel il ne peut plus prétendre car l’expérience l’a convaincu de choisir le pragmatisme plutôt que les positions insensées.
Il s’est décidé à évoluer car il a été à l’origine de l'échec de la diplomatie israélienne à travers le monde. En effet, plusieurs pays d'Amérique latine, qui avaient toujours soutenu Israël, ont reconnu l'État de Palestine tandis que le ministre des affaires étrangères israélien est persona non grata dans 80% des pays membres de l'ONU. Responsable d’une diplomatie israélienne en panne, il a été contraint de moduler son extrémisme pour ne pas isoler totalement Israël des pays du monde libre.

Sur le plan intérieur
Tentes sur le boulevard Rothschild

La révolution israélienne, symbolisée par l’installation de tentes dans les centres villes d’Israël, a démontré que l'économie va bien mais pas la population. Dix grandes familles contrôlent les activités économiques de dix grands groupes dans une impunité totale du contrôle du marché. Les manifestations ont mis en évidence un aspect méconnu d’une économie israélienne dynamique masquant des inégalités de plus en plus grandes. La politique économique, mise en place par Benjamin Netanyahou, ministre des finances du gouvernement Sharon en 2003, a donné naissance à une génération d’oligarques née sur le modèle russe qui ont surfé sur l’ultra libéralisme à outrance.
Cependant Israël va retrouver son indépendance énergétique puisque le gisement de gaz naturel, découvert au large de Haiffa, donne naissance à un nouveau pays gazier au Moyen-Orient et ajoute davantage de combustible à une région d'ores et déjà inflammable. Le champ gazier, baptisé Léviathan, renferme 450 milliards de m3 c’est-à-dire de quoi satisfaire la demande des États-Unis en gaz chaque année. Israël serait ainsi à l’abri de tout chantage lié à la fourniture énergétique. Il sera même exportateur puisque l’Inde sera son premier client en 2012

La Palestine

Dans les relations avec les palestiniens, deux stratégies se sont affrontées pour avoir l'initiative. Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas ont cherché, l'un comme l'autre, à avoir le plus d'atouts pour une éventuelle négociation finale. Tandis que les américains tentent de ranimer les pourparlers de paix et que Sarkozy essaie d’arbitrer le débat qui s’enlise, les deux dirigeants cherchent à se donner des marges de manœuvres.
Le récent ballet diplomatique montre que les dirigeants israéliens et palestiniens ne sont pas à la hauteur des enjeux. Netanyahou ne propose volontairement rien de concret pour débloquer le processus de paix tandis que Mahmoud Abbas s’est fourvoyé dans une démarche onusienne stérile. La déclaration unilatérale d’indépendance s’avère un pétard mouillé plutôt que l’étincelle qui mettra le feu à toute la région. Les palestiniens espéraient beaucoup d’une annonce qui, passé le moment de liesse, risque de décevoir parce que les résultats seront loin des attentes.
Les attributs d’un véritable État ne seront pas au rendez-vous. Si le drapeau et l’hymne sont acquis, l’armée, les frontières et la monnaie restent hypothétiques, à la merci en fait de décisions des israéliens. En tout état de cause, l’initiative palestinienne a buté contre le véto américain car Barack Obama tient à un accord négocié. L’admission de la Palestine à l’Unesco entrainera plus d’inconvénients que d’acquis politiques mais le geste reste symbolique au moment où la situation politique est figée.
Les dirigeants israéliens n’ont pas compris la stratégie de Mahmoud Abbas qui joue à quitte ou double en risquant de casser une économie qui n'est pas en état de supporter un conflit avec Israël. L’assise économique palestinienne est très fragile car axée sur le secteur public tenu à bout de bras par les dons internationaux, très importants au regard de la taille de la Cisjordanie. L’Autorité palestinienne risque de s’effondrer si la Palestine choisissait l’aventure.

Le programme nucléaire iranien
Centrale nucléaire de Bushehr en Iran

Israël avait prévu d’attaquer les installations nucléaires en fin 2010 mais les États-Unis l’ont empêché bien que le roi Abdallah d'Arabie saoudite ait cautionné cette frappe. Nos articles sur Slate avaient fait état des pressions qu’Israël maintenait sur Barack Obama pour le persuader de la nécessité d’une frappe préventive contre les installations nucléaires de Téhéran. WikiLeaks avait confirmé nos affirmations. Les dirigeants israéliens, usant d’analyses fluctuantes, ont donné le sentiment de ne pas avoir de stratégie précise. Ils ont  brouillé les pistes sur leurs intentions réelles à l’égard de l’Iran. L’ancien chef du Mossad, Meir Dagan, avait tempéré la situation en précisant que l’Iran n’aurait pas de capacité nucléaire militaire avant 2015.
Ces atermoiements ont été justifiés par les dysfonctionnements intervenus dans les centrales nucléaires sous l’effet du virus Stuxnet. Les experts sont maintenant convaincus que ce virus avait été conçu pour s'attaquer aux centrifugeuses de Natanz utilisées pour enrichir l'uranium. Contrairement aux virus de type «familiaux», Stuxnet avait été élaboré «sur mesure» pour s’attaquer spécifiquement aux sites nucléaires iraniens. Il était chargé de saboter exclusivement les alimentations électroniques des centrifugeuses nucléaires. Le virus a ainsi agit comme une arme de destruction, nouvelle génération.
Parallèlement à cette attaque cybernétique, une guerre totale des services secrets avait été engagée entre l'Iran et Israël. Des savants iraniens ont été assassinés, retardant d'autant la réalisation du programme iranien. Le virus Stuxnet et les assassinats de scientifiques ont suffisamment retardé le programme nucléaire pour qu'Israël renonce presque officiellement à une attaque risquée et incertaine en 2011.

Israël et la France

Depuis 2008 les relations diplomatiques entre la France et Israël n'ont cessé de se dégrader. Le discours de Nicolas Sarkozy à la Knesset, où il prônait le partage de Jérusalem, avait été mal accepté par les dirigeants israéliens. Sarkozy et Netanyahou, les «frères» étaient devenus ennemis. Les israéliens accusaient le Quai d’Orsay d’avoir entretenu cette haine.
En dépit d'une «normalisation» récente, les relations entre la diplomatie française et Israël sont toujours conflictuelles. Le retour d'Alain Juppé, gaulliste et chiraquien pur et dur, n'a pas été interprété comme une bonne nouvelle mais plutôt comme une marque d’un retour au passé pro-arabe du Quai d’Orsay. Les choses n’ont pas bougé dans ce domaine. Certains conseillers pressent Nicolas Sarkozy d’envisager un voyage en Israël mais l’accueil qui lui sera réservé risque d’être houleux.
C’est dans ce contexte défavorable à l’UMP que Marine le Pen a décidé d’entrer en force en Israël  pour caresser les juifs dans le sens du poil et pour prouver qu’elle s’est débarrassée de son étiquette d’antisémitisme. Un membre de son comité de soutien, ancien syndicaliste policier, s’est déclaré candidat à l’élection législative des français de l’étranger dans la circonscription comprenant Israël. 

Les révolutions arabes

Les israéliens n’ont pas apprécié que Washington lâche Hosni Moubarak car ils craignaient une prise du pouvoir en Égypte par les Frères Musulmans. La position de l'administration américaine a toujours été ambigüe vis-à-vis du président égyptien. Les américains, qui savaient qu’il représentait la stabilité dans la région et le seul allié d’Israël, ont hésité pourtant à l’appuyer ouvertement. La nouvelle donne en Égypte scellait le syndrome de l'encerclement d’Israël. Si le nouveau pouvoir égyptien revenait sur la paix signée avec Israël, l'État hébreu risque de se retrouver dans la même situation que lors de la guerre des Six-Jours en 1967, et la guerre de Kippour en 1973.
Les américains restent confiants car ils misent sur l’armée. Les militaires pouvaient assurer la relève des régimes dictatoriaux en étant le rempart contre l’arrivée des extrémistes au pouvoir. En effet l’armée reste, dans les pays arabes, la seule structure organisée dont les dirigeants sont issus d’une élite forgée au contact des écoles militaires étrangères.
Mais depuis des mois, des combattants liés à Al-Qaeda ont profité de la révolution égyptienne pour faire du Sinaï un sanctuaire et une base d'attaques contre Israël. L'armée égyptienne tente de reprendre le contrôle de la péninsule mais sa tâche s'annonce difficile. Israël avait constaté l’installation de forces terroristes liées à Al-Qaeda, au Hamas et aux Frères Musulmans mais s’est abstenu d’intervenir au Sinaï. Cependant, bien que la frontière soit relativement calme, le risque de guerre pourrait venir de cette zone perturbée.

Turquie
Etat-Major turc

            La victoire décisive d'Erdogan sur son armée est totale. Après l'arrestation de dizaines de généraux pour complot et la démission des principaux chefs de l'armée turque, le pouvoir civil aux mains de l'islamiste Tayyip Erdogan prend définitivement le pas sur le pouvoir militaire. La vague de démissions à la tête de l'armée turque marque un bouleversement des équilibres politiques dans le pays.
Mais Erdogan, qui visait à prendre le leadership du monde arabe, a compris que son projet était contrecarré par le roi Abdallah d’Arabie et que son rêve s’était dissipé lors de son dernier voyage en Égypte où les Frères musulmans lui ont signifié une fin de non recevoir.
Contrairement aux prévisions les plus pessimistes, Israël et la Turquie sont condamnés à s'entendre d’autant plus que la brouille avec la France supprime une source d’approvisionnement en matériel militaire au moment où le conflit avec les kurdes s’envenime. Entre la Turquie, qui estime son honneur bafoué, et Israël qui a pour principe intangible de ne jamais s'excuser quand sa sécurité est en jeu, l'impasse semble totale. Mais quand la raison finira par reprendre le dessus, les deux pays ne pourront que s'entendre car c’est une exigence imposée par les Etats-Unis qui ont inséré leurs deux alliés dans leur stratégie de la région.

Iran

Pour Israël, la menace iranienne se rapproche de ses frontières. Téhéran a profité du flottement du pouvoir égyptien et de l'affaiblissement américain pour envoyer sa flotte de guerre en méditerranée. Deux navires de guerre iraniens ont franchi le canal de Suez et pénétré en Méditerranée pour la première fois depuis 1979 afin d’établir une base navale à Lattaquié en Syrie, entièrement équipée et contrôlée par les Gardiens de la révolution iraniens.
En alimentant en missiles le Hamas à Gaza et le Hezbollah libanais, en soutenant à bout de bras le régime d’Al-Assad en Syrie, l'Iran cherche à mettre le feu au Proche-Orient pour avoir le temps de se doter d'un arsenal d'armes nucléaires.

Syrie

La Syrie apparait comme une exception dans le concert des révolutions arabes bien que le régime semble aux abois. En dépit de l'aide effective de l'Iran et du Hezbollah libanais et du soutien politique de la Russie et de la Chine, le régime syrien n’est pas parvenu à enrayer la soif de liberté de son peuple. Les massacres continuent sous l’œil des occidentaux.
Bassar el-Assad semble jouer son va-tout. La répression se poursuit en Syrie. L’offensive militaire pour noyer dans le sang la révolte s’effectue dans  l'indifférence du monde occidental alors que la Syrie frise la guerre civile. Le réveil des minorités, et des kurdes en particulier, pourrait transformer la révolte en conflit armé entre communautés.


TSAHAL TIRE LE BILAN DE L'ANNEE 2011


TSAHAL TIRE LE BILAN DE L'ANNEE 2011 

L'Armée de Défense d'Israël tire, en images, le bilan de l'année 2011  



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vendredi 30 décembre 2011

RADIO JUDAÏCA BRUXELLES : ISRAËL FACE AUX JUIFS ORTHODOXES


RADIO JUDAÏCA BRUXELLES 

ISRAËL FACE AUX JUIFS ORTHODOXES

JOURNAL DU VENDREDI 30 DECEMBRE 2011

Jacques BENILLOUCHE

au micro de

Jérémy AUDOUARD


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jeudi 29 décembre 2011

LES PARTIS RELIGIEUX PASSIFS DANS LA TOURMENTE


LES PARTIS RELIGIEUX PASSIFS DANS LA TOURMENTE

Par Jacques BENILLOUCHE


Rabbin Haïm Amsallem

Il ne s’agit pas d’une péripétie politique interne à un petit parti israélien mais d’un véritable tremblement de terre qui peut affecter le gouvernement de Benjamin Netanyahou et sa politique. Le conflit qui a éclaté à l’occasion d’un incident mineur est révélateur de lignes qui bougent dans la mouvance religieuse. Il y a quelques temps déjà, un membre éminent du parti Shass s’était rebiffé devant le comportement de son leader charismatique, trop vieux pour insuffler un élan nouveau et salvateur à une formation qui, installée dans un conservatisme stérile, risquait de s’étioler. Toute une idéologie était remise en cause devant le danger de débordement de la part de d’éléments interprétant les textes avec restriction. Il s'agissait en fait d'un avertissement qui n'a pas été entendu.
Le député et rabbin Haïm Amsalem, avait osé défier le Conseil des Sages dominé par Ovadia Yossef, décideur et leader spirituel du parti, en conseillant aux jeunes de cesser d’étudier la Torah à plein temps en vivant d’aumône mais de s’engager dans la vie active en pratiquant un travail rémunéré, parallèlement à l’analyse des textes sacrés. Il s’élevait implicitement contre ses dirigeants qui n’offraient aux jeunes que la pauvreté comme avenir et qui ne leur permettaient pas d'entrer en contact avec la civilisation laïque. Il avait, par ailleurs, lancé un pavé dans la mare en estimant que les membres de son parti, pourtant créé pour défendre la communauté sépharade constituée en majorité de défavorisés, se comportaient en vassaux des ashkénazes en mimant leur comportement anachronique. Il avait ainsi pris le risque de réveiller le fantôme du conflit intercommunautaire qui avait déchiré le pays dans les années 1960-1970. En fait il avait senti, le premier, le risque de dichotomie entre la raison et la passion, entre la population israélienne et les fanatiques religieux de plus en plus actifs.
A l’origine de la création de l’Etat d’Israël
Les religieux bénéficiaient d’une grande indulgence de la part des dirigeants juifs et ont été choyés dans la vie politique en Israël, depuis la création du pays, parce qu’ils ont toujours été intégrés aux coalitions au pouvoir. C’est pourquoi tout malaise qui les secoue pourrait se répercuter sur le contour de la politique du gouvernement et l’avenir de l’Etat d’Israël. Le rabbin Amsalem est persuadé de pouvoir agréger autour de lui un courant réformiste qui fera bouger les frontières politiques afin de mêler les religieux au monde moderne et actif. Il avait reçu de nombreux soutiens de laïcs qui louent son courage et qui approuvent sa démarche tendant à offrir une autre vision positive des orthodoxes.
Gouvernement 1952- à gauche le religieux Yosef Burg
Ce réveil identitaire, salutaire, n’est pas perçu de manière positive par les partis religieux qui risquent de connaitre une scission. L’histoire de ces partis tend à prouver que le judaïsme religieux est loin d’être monolithique et que les guerres entre factions n’ont jamais connu de répit. Les conflits conceptuels,  fondés souvent sur des problèmes de personnes, ont laminé les partis politiques religieux historiques et la situation pourrait se renouveler à nouveau. Il faut se pencher sur l’origine de ces partis pour comprendre leur évolution et l’impasse dans laquelle ils semblent engagés au point de ne pouvoir survivre que par une surenchère générale.
A l’origine, le parti Mizrahi, créé en 1902 en Lituanie, était la branche principale du sionisme religieux qui défendait l'idée d'un État juif fondé sur les principes du judaïsme orthodoxe. Son influence était moindre à l’époque pionnière qui faisait la part belle aux sionistes en majorité laïcs de gauche, issus des organisations révolutionnaires des pays de l’est, qui dominaient l’Organisation sioniste mondiale. Pour ne pas être en reste, une branche ouvrière, l’Hapoel Hamizrahi, avait été constituée pour donner une image sioniste à un mouvement qui défendait la pratique religieuse mais aussi le progrès social. Les premiers kibboutzim firent leur apparition autour d’un concept laïc et athée, paradoxalement en opposition avec l’aspect religieux.  La fusion en 1956 de ces deux partis donna naissance au Mafdal ou parti national religieux (PNR).
Le Parti National Religieux
Le PNR, avant et après l’indépendance, a toujours été l’allié privilégié des socialistes du Mapaï puis des travaillistes au sein des différentes coalitions gouvernementales. Il prônait alors un réalisme incarné par une politique de modération, sur le plan religieux et nationaliste, à l’opposé de celle du premier ministre Ben Gourion, partisan de la manière forte et réputé pour son intransigeance. Parce qu’ils cherchaient avant tout le consensus, les religieux du PNR, qui avaient choisi la voie de la modernité, s’étaient séparés des ultra-orthodoxes qu’ils trouvaient trop conservateurs dans leur look et dans leurs idées. Ces derniers, les Harédim, étaient fortement inquiets de l’influence des laïcs dans tous les rouages de l’Etat et ils doutaient de la capacité du PNR à s’opposer à la mise à l’écart de la religion.
La Guerre des Six-Jours devait changer les rapports de force puisque le sionisme religieux se scinda en plusieurs tendances avec l’émergence d’un groupe des jeunes rebelles. Tous les partis sionistes, à l’exception des partis arabes et de l’extrême gauche, considéraient que toute la Palestine était la propriété de droit du peuple juif et rêvaient de ce qu’ils appelaient «Eretz Israël» alors que la droite laïque donnait aux territoires un intérêt sécuritaire uniquement.
Les religieux ont donc dû prendre position entre ces deux conceptions antagonistes. Fidèle à ses alliances puisqu’il partageait le pouvoir, le PNR calquera sa position sur celle du parti travailliste sans faire preuve d’originalité. Mais la jeune garde commença à piaffer d’impatience devant sa volonté de donner une signification religieuse à tous les évènements. Les jeunes religieux insinuaient que la rédemption était proche et que la victoire de 1967 n’était pas due à Tsahal mais découlait de la volonté divine. Ils avaient donc pour mission de favoriser la venue du Messie en judaïsant toute la Terre Sainte. L’occupation des territoires devenait une obligation divine et non pas un choix politique ou sécuritaire. Ils bousculèrent leurs ainés au PNR pour imposer l’installation de juifs dans toute la Cisjordanie.
La politique des implantations

          Les jeunes s’organisèrent en dehors des partis traditionnels et fondèrent, en 1974, le Bloc de la Foi (Goush Emounim). Ils décidèrent alors de coller au plus près des textes en s’éloignant de la modernité et en favorisant l’expansion de la natalité sur les nouvelles terres.  Leur volonté de ne laisser aucun espace aux arabes les radicalisa et les éloigna de la gauche pour les rapprocher de l’aile droite du Likoud. Ils avaient peu de culture politique mais un objectif ambitieux de développer les implantations religieuses, souvent contre les ordres du gouvernement, et ils n’hésitèrent pas à créer des points de peuplement sauvages et illégaux.

Le PNR avait perdu le contrôle de ses jeunes et, pour leur donner satisfaction, il rompit son alliance avec les travaillistes, aux élections de 1977, pour se rapprocher du Likoud. A la recherche de voix nouvelles, il abandonna ses positions habituellement modérées pour s’engouffrer dans l’option du Grand Israël en devenant le porte-parole des habitants des implantations. Mais il avait amorcé tardivement un virage qui n’empêchera pas son influence de décroitre.
Le Likoud, qui était en embuscade, avait manœuvré avec opportunité politique en s’intéressant tout à coup aux communautés sépharades défavorisées dont certains dirigeants reçurent des places qui ne leur avaient jamais été proposées par les travaillistes. La communauté sépharade représentait la moitié de la population juive d’Israël et restait très attachée à la pratique religieuse. Mais les dirigeants du PNR, exclusivement d’origine ashkénaze, ne s’ouvrirent pas à cette moitié de juifs qui ont alors orienté leurs voix vers le Likoud. Par leur vote contestataire, ils avaient décidé de s’élever contre l’absence de représentants orientaux dans l’appareil politique du PNR. Cette erreur fut fatale à ce parti.
Pourtant les juifs sépharades avaient tout fait pour gagner la confiance d’un parti qui les ignorait. Ils envoyèrent leurs enfants dans le système scolaire ultra-orthodoxe ashkénaze sans pour autant obtenir le droit d’avoir des candidats sépharades à des postes éligibles sur les listes du PNR. Devant ce refus, la jeune pousse décida de conduire sa propre liste en créant le Shass en 1984. Mais paradoxalement, cette création se fit sous l’égide d’un rabbin ashkénaze, le rabbin  Shach, qui cherchait ainsi à imposer ses directives à des débutants et à limiter la casse de cette scission.
Inexpérience politique et désordre

          Les jeunes dirigeants du Shass ont su ratisser large puisque des sépharades laïcs se sont joints au mouvement en donnant au parti un rôle charnière dans les coalitions. Mais ils n’avaient aucune expérience politique ni économique puisqu’ils sortaient des écoles talmudiques. Alors, ils s’attachèrent les services de rabbins, vieux et dépassés, dont les lacunes politiques les conduisirent à de grandes erreurs. Certains furent éclaboussés par des scandales qui entrainèrent l’incarcération de dirigeants victimes de scandales financiers. Ces jeunes volontaires et ambitieux n’ont pas su s’affranchir du poids de leurs ainés et se plièrent aux diktats du vieux rabbin Ovadia Yossef, qui donna au parti une image de marque décalée par ses déclarations controversées, tout azimut.
Par ses prises de positions iconoclastes, le rabbin Amsalem se rapproche en fait, malgré ses idées orthodoxes d’origine, des nouveaux sionistes religieux, réfractaires à la tenue noire de l’exil héritée des schtétels polonais. En portant la kippa tricotée, ils symbolisent une idéologie combinant judaïsme et sionisme et défendent la compatibilité entre vie religieuse et vie citoyenne moderne. Ils affichent surtout leur grande motivation de servir l'Etat et Tsahal car ils estiment, contrairement aux orthodoxes, que l’Etat est sacré. Ils l’ont prouvé puisque de nombreux conscrits religieux s’enrôlent à présent dans les unités combattantes et que de nombreux généraux arborent la kippa à l’instar de  l’adjoint du nouveau chef d’Etat-major adjoint, le général Yaïr Naveh.
Le Shass, comme le PNR, ont raté leur virage et c’est la leçon du clash du député Amsalem qui s’inquiète que le Shass ne perde définitivement ses troupes. En ne canalisant pas ces ultra-orthodoxes, responsables des dernières violences, qui pour certains condamnent l’existence même de l’Etat d’Israël, mais qui obtiennent de plus en plus de prérogatives dans les décisions administratives civiles liées à la vie quotidienne, les autorités religieuses risquent de se couper de la majorité de la population laïque du pays. La capacité de nuisance de cette catégorie d’orthodoxes n’a d’égale que leur volonté de régenter tous les aspects de la vie de tous les jours. Par exemple, l’interdiction faite aux hôtels d’organiser des dîners à l’occasion du nouvel an laïc sous peine de se voir supprimer leur attestation de cacherout, est un bel exemple d’atteinte à la liberté individuelle de chacun.
L’alibi de la mise à l’écart des femmes dénote l’exaspération de toute une population, religieux modérés compris, qui s’élève contre l’impuissance du gouvernement à trancher parce que sa coalition peut éclater. La mainmise d’une minorité n’est plus acceptée et sa lâcheté à s’attaquer aux plus faibles, les femmes, et aux plus fragiles, les enfants accusés d’indécence, n'est plus acceptable. Les dirigeants des partis religieux doivent affirmer haut et fort qu'ils s'opposent à ces dérives contestables et leur silence risque d'être perçu comme une approbation d'une interprétation restrictive des textes sacrés.



mercredi 28 décembre 2011

SlateAfrique : Les Tunisiens tiennent à leurs juifs




SlateAfrique : Les Tunisiens tiennent à leurs juifs


par Jacques BENILLOUCHE

LA PRÉSENCE DE LA PETITE MINORITÉ JUIVE DANS LA NOUVELLE TUNISIE EST UN SYMBOLE HISTORIQUE QUI CONTRIBUE À L'OUVERTURE DU PAYS SUR LE MONDE.


Dans une synagogue de Tunis, 26 octobre 2011. REUTERS/Zoubeir Souissi

Des 110.000 juifs vivant à la veille de l’indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956, 1.500 restent encore dans le pays, la grande majorité sur l'île de Djerba. Ils sont complètement intégrés à la population depuis des millénaires et, s’ils parlent certes quelques bribes d’hébreu et étudient les textes sacrés, ils n’ont aucune volonté de s’expatrier malgré les appels du pied périodiques des dirigeants israéliens. Ils vivent d’un petit commerce d’artisanat et de quelques opérations de change avec les touristes qui se pressent dans leurs boutiques.....




DARFOUR, CONNAIS PAS !


Avec Amal, Diana et Emmanuel : réfugiés du Darfour
ou
DARFOUR, CONNAIS PAS !

Par Jacques BENILLOUCHE
          Qui connaît le Darfour, où il se trouve et ce qui s’y passe ? En quoi peut-il intéresser l’occidental moyen qui se sent peu concerné par un conflit tellement lointain qu’il n’a sur lui aucune prise, même morale. Des colloques cherchent pourtant à réveiller les consciences et à sensibiliser les participants sur un massacre qui se déroule dans l’indifférence générale de la planète. Plus les mots se font insistants et plus le cynisme du reste du monde s’affiche au grand jour. Pourtant le Darfour se rappelle à notre bon souvenir, de temps en temps, lorsque l’horreur de l’actualité dépasse l’entendement. Les accrochages du 25 décembre, qui ont coûté la vie au chef du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), Khalil Ibrahim, ont fait 30 morts parmi les membres de cet important groupe rebelle de la région soudanaise du Darfour, a annoncé dimanche l'armée soudanaise à la presse.

Chef rebelle Khalil Ibrahim

Islamisme actif


Le Darfour est l’exemple même de l’influence d’un islamisme qui intoxique des miséreux pour s’inviter dans un conflit qui ne le concerne pas. Il prouve combien est puissante l’indifférence des gouvernements occidentaux qui se sont bâtis une armure de protection pour ignorer la vérité et pour ne pas se sentir concernés. Il démontre comment les intérêts personnels des Etats passent avant tout sentiment humanitaire au point de ne plus pouvoir compter sur un brin de solidarité de leur part.
            Nous étions nous aussi, comme tous ceux que nous fustigions, loin de cette réalité, quand le conflit du Darfour s’est rappelé à notre souvenir sous les traits de Diana, Amal et Emmanuel. Leurs regards transpiraient un vécu dramatique tandis qu’ils desservaient notre table dans un grand hôtel du sud d’Israël. Notre attention avait été attirée par eux car ils n’avaient pas les traits fins et la peau brillante des éthiopiens qui ont rejoint leurs frères juifs en Terre Promise. Sous leur faciès négroïde se cachait une histoire qu’ils avaient véhiculée depuis leur terre de souffrance. Nous avons eu du mal à obtenir d’eux la moindre confidence parce qu’ils ne se sentaient pas le droit de nous raconter l’indicible, de nous importuner avec des histoires tellement horribles que nous ne les croirons certainement pas. C’est en leur parlant en français, de la France, terre des droits et de l’espoir, que leurs visages se sont alors déridés et que leur langue s’est déliée. Ils ne nous comprenaient pas mais ils ont reconnu la langue des droits de l’Homme.
L’histoire est simple. Le Darfour est une région de l’ouest du Soudan accolée aux frontières de Libye, du Tchad et de la Centrafrique, chacun de ces pays lorgnant sur une alliance locale pour s’approprier ce petit lopin de terre. Tirant son nom de l’ethnie Four, peuple de paysans noirs occupant le massif montagneux, il a longtemps été un royaume indépendant avant d’être annexé au Soudan en 1916. Les conflits d’intérêts ont toujours existé dans cette région mais, depuis 1989, le conflit est devenu racial et culturel, entre ceux qui s’identifient à l’Afrique Noire et ceux qui revendiquent l’appartenance à l’ethnie arabe à laquelle ils ne peuvent prétendre ni par l’origine et ni par la langue. La cause des querelles n’a jamais été religieuse mais essentiellement culturelle puisque tous les habitants du Darfour sont musulmans.


L’attirance arabe

            Cependant quelques tribus se disant arabes s’opposent aux deux tiers des populations constituées de tribus africaines et s’enflamment au son de la propagande islamiste développée à travers le monde. Alors, revendiquant à tort une appartenance arabe, elles cherchent à se donner des gages vis à vis d’un intégrisme qu’elles trouvent attractif par son côté prosélyte et conquérant. Pour s’acheter le droit de faire partie de l’élite arabe, elles n’ont pas trouvé meilleur passeport que de s’attaquer aux tribus africaines musulmanes sous prétexte qu’elles ne sont pas arabes. C’est le paradoxe d’une situation portée à son paroxysme par le seul rêve islamiste.

Pourtant traités par le régime de Khartoum avec le même mépris que celui auquel avaient droit leurs victimes, ces pseudos arabes, les Janjawids, ont accepté de jouer le rôle de harkis avec une haine et une cruauté terrifiantes. Les miliciens tuent, massacrent et violent leurs frères africains musulmans pour se donner un gage d’identité et pour recevoir enfin le certificat sanglant d’appartenance au monde arabe. Le résultat s’évalue à 300.000 victimes, mortes dans l’indifférence générale tandis que le massacre se poursuit encore aujourd’hui dans le silence et en l’absence des témoins des ONG ; Les musulmans tuant d’autres musulmans, croyant au même Dieu et enveloppés d’une peau de même couleur.
Influence chinoise

            Ce conflit nous interpelle à double titre. Il montre d’abord que l’occident et les Etats arabes se polarisent sur le problème israélo-palestinien, essentiellement politique, alors qu’ils ferment les yeux sur les massacres aux alentours, dans une sorte de danse du ventre autour des puits de pétrole. Il démontre surtout que les européens sont tétanisés par les vagues d’hostilité qui se sont élevées à leur encontre suite aux problèmes du voile et des caricatures et qu’ils ne veulent en aucun cas se voir taxés à nouveau d’ennemis des musulmans. Alors ils détournent le regard. Le poids de la politique arabe, pesant dans les décisions européennes, endort les consciences. L’occident devient indifférent aux drames qui se jouent, au vu et au su de tout le monde.
            L’ONU n’a plus de troupes à envoyer dans la région tandis que l’OUA, dont c’est le rôle, peine à boucler le budget militaire que lui refusent les instances internationales sous prétexte que ses troupes sont peu aguerries. Enfin, aux dires de Pierre Lellouche, « cette organisation se désintéresse du problème au point que le sujet du Darfour n’a jamais été à l’ordre du jour d’aucune réunion des Grands ». On ne sait comment qualifier une attitude lâche qui consiste à abandonner à leur triste sort des peuplades déjà brisées par la misère. Et par là même on évite de perturber le grand de l’Asie qui, à l’instar des «impérialistes» détournant les richesses du sous-sol africain, s’est trouvé un os gras à ronger. Dans le brouhaha des armes et des crimes, dans le silence de l’agonie et de la mort, la Chine parfait son implantation au Soudan pour y puiser à bon marché les ressources nécessaires à sa croissance. Le Conseil de sécurité lui-même ne se hasarderait pas à proposer une nième motion sachant que le véto chinois s’appliquerait immanquablement.
            Ainsi, les dictatures se renforcent grâce à un droit d’ingérence sélectif avec le risque de devoir pleurer, plus tard et en chœur, les morts d’un nettoyage ethnique. Les intervenants des colloques ne peuvent que stigmatiser l’impuissance des grands Etats à mettre de l’ordre dans ce qu’on peut déjà qualifier de génocide prémédité. Les motions votées à l’ONU ne sont pas respectées ; les délégués de cette organisation se font régulièrement expulser de Khartoum ; bref, une seule certitude, le «machin» perd de sa crédibilité en concentrant ses efforts sur le conflit palestinien tout en ignorant ou en feignant d’ignorer les pays où les massacres s’opèrent au grand jour et en toute impunité. Le prix d’un mort d’une peuplade misérable d’Afrique reste encore négligeable.
Le Néguev, l’eldorado


Emmanuel et Amal ont fait partie des premiers réfugiés de 2005 ayant réussi à passer clandestinement la frontière avec l’Egypte après un périple à pied  à travers toute la péninsule du Sinaï. «Ils sont rentrés dans notre village, ont tué nos pères et nos parents avant de violer nos sœurs. Je dois à mon agilité la chance de m’être caché avant d’échapper au massacre» nous explique Emmanuel et nous avions compris qu’il faisait allusion aux Janjawid. «Nous étions tout un groupe à avoir entendu parler d’Israël, du pays qui ne pouvait pas se comporter comme ceux qui pendant la guerre fermaient leurs frontières aux juifs fuyant les nazis.»
Ils avaient aussi entendu parler de l’histoire des quelques boat-people chargés de vietnamiens, rejetés par toutes les nations, qui ont dû leur salut à la générosité israélienne qui leur a permis d’accoster en terre juive en 1977. Les premiers installés ont apporté leur exotisme dans des restaurants qui offraient des nourritures qui tranchaient avec le fallafel. D’autres les ont suivis dans le cadre du regroupement familial. Aujourd’hui ces vietnamiens constituent une communauté vivante, intégrée, discrète et besogneuse, dont les enfants parlent l’hébreu sans accent et fréquentent les universités israéliennes après avoir aidé leurs parents dans l’arrière-cuisine du restaurant. Avec l’ouverture récente de relations diplomatiques avec le Vietnam, ils ont refusé de réintégrer leur pays d’origine. Emmanuel s’identifie en quelque sorte à ces asiatiques ayant trouvé un point de chute. Il est heureux d’avoir été accepté parmi les premiers réfugiés, aubaine des grands hôtels touristiques du sud qui les emploient à meilleur coût. Leur vie a basculé, dans le bon sens, après avoir vécu le malheur dans leur pays et frôlé la mort tout au long de leur périple dramatique.
            L’instinct de peur persistait encore dans ses yeux au point qu’il avait du mal à s’extérioriser. Il balayait de son regard l’alentour comme s’il craignait encore de subir les foudres d’un quelconque ennemi invisible. «Ils nous tuent depuis 2005 et c’est pourquoi nous avons choisi de tenter notre chance jusqu’en Israël, à pied, à travers le désert».  De trois cents réfugiés soudanais par an, le chiffre est passé à 300 par mois puis à 500 chaque semaine. Le sud est envahi par des milliers de réfugiés illégaux d’origine africaine. Plusieurs milliers ont passé la frontière et certains parmi eux ont obtenu le droit de séjour, quand il ne s’agit pas d’un certificat de nationalité.
Plusieurs centaines de rescapés du Darfour vivent officiellement au sud du pays mais les israéliens ne peuvent accepter indéfiniment un grand nombre de misérables. L’impossibilité de leur trouver une solution d’intégration a poussé les autorités à fermer l’accès de la frontière égyptienne et parfois même à les renvoyer à leur point d’origine. En effet la cohabitation des réfugiés avec les bédouins est la cause de troubles qui se répercutent sur le sud d’Israël.


Une nouvelle vie


            De nombreuses ONG israéliennes se sont portées volontaires pour aider les réfugiés dans les camps où une nouvelle vie leur est organisée alternant repos et travail dans les champs voisins. Le regard de cette multitude d’enfants ne pouvait que transpercer notre indifférence. Diana, enceinte, est heureuse d’avoir échappé au massacre. Elle attend son tour pour calmer le stress qui n’arrive pas à la quitter. Des bénévoles appliquent de nouvelles méthodes de massage sur les enfants et  les adultes qui consiste à faire bouger le corps au rythme d’un cœur de fœtus. Ils appliquent une méthode fondée sur le mouvement et la thérapie, de «pulsion holistique» développée dans le livre «le pouvoir de la douceur» qui théorise que lorsque le corps se sent bien, la relation entre individus s’en ressent aussi.
Emmanuel est prêt à tout pour rester en tant que musulman dans un Etat juif. Il ne veut pas d’argent mais des «outils pour travailler», pour montrer qu’il n’a pas les bras cassés car là-bas «des arabes tuent des noirs et pourtant nous sommes musulmans comme eux. Au Sinaï c’est pareil, on nous pourchasse pour nous tuer parce que nous sommes noirs. J’ai toujours peur qu’on me renvoie en Egypte car je sais que je n’en sortirai pas vivant d’autant plus que mon passeport est valable dans le monde sauf en Israël et ils ne me pardonneront pas d’avoir enfreint cette interdiction».
            Les agriculteurs israéliens du Néguev, manquant de main-d’œuvre, sont heureux de cette manne du ciel qui leur permet de ne plus laisser pourrir leurs récoltes d’avocats, d’olives et de mangues sur les arbres. Certains vont jusqu’à envisager de créer une sorte de kibboutz pour tous ces réfugiés qui pourront trouver un soutien moral en communauté.
Amal, adolescente, desservait notre table et, involontairement,  nous l’avons forcée à revivre les instants d’horreur durant lesquels ceux qui se disaient arabes sont entrés dans son village pour le brûler et pour tirer sur tous ses habitants, vieillards et enfants compris. A l’âge où les filles s’intéressaient aux futilités, elle se battait pour la vie. Pour échapper à ses meurtriers elle avait réussi à fuir alors qu’on lui tirait dessus. Elle en réchappa par miracle au prix de 37 jours d’hôpital. «Les djanjawids sont venus par surprise de nuit pour tuer notre famille afin de prendre nos terres ; mon père m’a sauvée et il s’était promis que si nous en réchappions, nous viendrons ici, en Israël». Son sourire masquait les cicatrices de son visage mais il nous obligeait à sortir de notre passivité et de notre égoïsme. Si ces réfugiés sont parfaitement intégrés à la société israélienne, ils ne nous font pas oublier que le conflit persiste toujours au Darfour et que les morts continuent à tomber dans une indifférence générale d’autant plus que les témoins neutres ont été expulsés de ce pays. Cela a été encore le cas en ce jour de Noël 2011.     

mardi 27 décembre 2011

JUDAÏSME ET EXCLUSION


JUDAÏSME ET EXCLUSION 

Débat organisé par le Centre Fleg de Marseille


          A l'heure où des heurts ont éclaté entre des policiers israéliens et plusieurs centaines d'ultra-orthodoxes réclamant bruyamment une séparation stricte entre hommes et femmes, ce débat précise certaines données tirées du Livre. 

Dimanche 27 novembre 2011, à Marseille, trois conférenciers de prestige – Liliane Vana, Yeshaya Dalsace et Marc Alain Ouaknin - étaient invités à débattre sur la thématique «Judaïsme et exclusion». Evelyne Sitruk la présidente de la bibliothèque juive de Marseille et adjoint au maire d’arrondissement assurait la modération de la séance organisée par le Centre Edmond Fleg sous l’égide du FSJU.

Liliane Vana

Liliane Vana qui est docteur en sciences des religions, spécialiste en droit hébraïque et auteur de nombreux ouvrages, a plaidé la cause des femmes en se basant sur une étude approfondie des textes du Talmud. Elle a rappelé que celles-ci durant l’Antiquité jouissaient d’une grande liberté dans la vie publique ou à la synagogue, et qu’il n’y avait pas de séparation entre hommes et femmes dans le Temple de Jérusalem. Les femmes avaient l’obligation de lire la Thora et faisaient le Kidouche de Shabbat, puis ont été progressivement «privées» de rôle dans l’espace publique. S’il y a bien des obligations spécifiques aux hommes et aux femmes, rien n’interdit formellement les usages cités plus haut car, malgré un changement de pratique, la loi n'a pas changé. D’ailleurs, certains courants orthodoxes continuent à appliquer la loi antique. Avant de conclure, Liliane Vana à appelé les hommes présents dans l’assistance à laisser leur épouse faire le Kidouche le prochain shabbat.

Yeshaya Dalsace

Yeshaya Dalsace qui est rabbin, conférencier et enseignant, est revenu sur le texte traitant du «blasphémateur» (Lévitique, chapitre 27). Il s’agit d’un homme, fils d’une femme hébreu violée par un  égyptien, qui vient trouver Moïse parce qu’il ne sait pas dans quel tribu résider (puisque la tribu est définie par le père) et Moïse ne sachant pas lui répondre le laisse avec sa question : il n’a sa place nul part. «C’EST LA LOI». C’est à ce moment là qu’il blasphème. Son acte, si l’on suit littéralement le texte, le condamne à mort. Tout nous pousse à nous interroger sur les raisons de cet acte et sur le bien-fondé du châtiment. Les commentateurs ont avancé que ce passage devait nous amener à «critiquer l’idéal de sainteté tel qu’interprété par l’homme» qui conduit à une application absolue de la loi. Or l’absolu n’est pas humain.
Alors, la seule échappatoire devient la transgression, le blasphème. Si D.ieu est rigueur, il est également miséricorde, et rédemption. Pour être en accord avec ces deux attributs, il est nécessaire d’introduire la notion d’exception, et c’est ainsi que va se constituer une jurisprudence et une application humaine de la loi. Par cet épisode dramatique, Moïse apprend comment mettre en œuvre la Loi divine destinée à être appliquée à l'homme. En conclusion, le texte du blasphémateur est une «critique de la loi absolue» car «trop de loi tue la Loi» et introduit la notion de miséricorde. Si D.ieu est infini, il ne peut être atteint par l’action de l’homme, et en conséquence il ne peut y avoir blasphème. Dans le cas contraire, accepter la possibilité du blasphème, c’est restreindre le sens de la loi et ce faisant, c’est restreindre D.ieu !

Evelyne Sitruk: En définitive, la loi orale met de l'humain dans la loi écrite.


Marc-Alain Ouaknin


Marc-Alain Ouaknin (Mao) est rabbin, docteur en philosophie, professeur associé à l’université Bar Ilan, écrivain et commentateur de l’œuvre d’Emmanuel Lévinas. Il a abordé à la fois le Talmud et le Zohar. Pour lui, la Loi est plurielle, il y a la loi juridique, la loi en tant que pensée et autocritique. Elle est constamment discutée, et à chaque loi une histoire. Dans le Talmud il y a les deux aspects. C’est une sorte de rythme à deux temps entre mythe et rite. Exclure le mythe, la narration de l'histoire, revient à pratiquer l'exclusion et à modifier le sens de la loi. Il faut également garder à l’esprit que si «l’Eternel est Un» dans la Thora, Il a dix noms et non un seul. Le nom créateur est «Elokim» et la Rahmanout est représentée par «A’’». Le Zoar sur Bereshit (la genèse) questionne le texte théologique à un niveau inouï. Les chapitres dialoguent entre eux. Ainsi, sont mis en lien le premier verset du premier livre («Bereshit bara Elokim…») et l’adoption par Jacob des fils que Joseph a eu avec la fille de Dina qui avait connu un sort similaire à la mère du blasphémateur dont il a été question plus haut. Dont on en tire la conclusion que Jacob ne veut pas l'exclusion. Au contraire, il prône la réinsertion des exclus. Pour Mao le mot hébreu pour exclusion est «herem», mis l'écart. Qui signifie également «filet du pêcheur», intéressant non ?

Evelyne Sitruk : En conclusion, si la  loi hébraïque interprétée dans sa rigueur peut emmener l’homme juif à exclure, une interprétation humaine permet souvent de trouver le moyen de ramener en son sein ceux qui se sont éloignés. Il y a la loi selon Shamaï impraticable ici bas parce qu’elle exclurait une grande partie du peuple juif et la loi selon Hillel qui va au-delà de la première apparence de la loi pour trouver ce qui la rendra humaine. C’est celle qui s’applique.


Pr Hagay Sobol
Président du Centre Fleg - FSJU
  

FROM THE RIVER TO THE SEA par André MAMOU


FROM THE RIVER TO THE SEA

DU JOURDAIN A LA MEDITERRANNEE

Par André MAMOU
Tribune Juive

         


         Les choses deviennent beaucoup plus claires pour ceux qui les voyaient noyées dans la brume. Bien sûr, il  s'agit du paysage politique et de l'avenir des relations entre Israël et les palestiniens, la création d'un État arabe en Palestine et la survie de l'Etat juif.



Il y a du nouveau.

En fait, il ne s'est rien passé mais on a commencé à parler franchement et à dire les mots qu'il était convenu d'éviter.

D'abord, le Hamas, les djihadistes, les salafistes et tous les jusqu'auboutistes ont décidé de rejoindre l'OLP qui est dirigé par le Fatah et son chef au mandat expiré, Mahmoud Abbas. Si cela se réalise, on ne pourra pas dire qu'il est inutile de poursuivre des négociations avec une partie des palestiniens et de risquer de voir leurs résultats contestés ou remis en question  par l'autre partie. Mais ce n'est pas une bonne nouvelle : si les concurrents du Fatah se rapprochent de l'OLP, ce n'est que pour procéder à des élections qui leur permettront de délivrer leur billet de sortie aux vieux dirigeants du Fatah et se donner leur billet d'entrée après des élections qu'ils remporteront.

Il s'agit donc de fixer le cadre légal de la prise du pouvoir par les palestiniens, les plus déterminés à chasser «les sionistes». Ils ont une excellente formule pour résumer leur programme: reprendre la Palestine «from the river to the sea», du Jourdain à la Méditerranée, afin d'exercer pleinement leur droit au retour. Le pays est délimité par la mer et la rivière et il n'y aura donc aucune place pour un quelconque État juif. La solution, décidée par l'ONU en 1947, du partage entre un État juif et un État arabe, n'est pas acceptée et les accords d'Oslo seraient nuls et non avenus. Benjamin Netanyahou a prévenu les dirigeants du Fatah qu'en se rapprochant du Hamas, ils s'éloignaient du chemin de la paix et les dirigeants du Hamas ont déclaré qu'ils n'emprunteraient sûrement pas le chemin de la négociation qui n'aurait débouché sur aucun résultat en 18 ans.
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UNE TERRE ARABE

C'est ce qui est nouveau : le retour en arrière des arabes sur leurs idées de toujours et, en tout cas, de  1948.

La Palestine est une terre arabe qui doit revenir aux arabes sans aucune concession pour ceux qui s'en sont emparés par la ruse, par la force, avec l'appui des pays qui voulaient offrir un lot de consolation à un peuple martyrisé. Ce sont leurs vieux  discours, leur propagande de toujours,  déversés en flot ininterrompu depuis les commencements mais ils ne s'embarrassent plus de subtilités destinés aux naïfs qui pourraient ne plus les soutenir avec des revendications aussi catégoriques. Non, c'est désormais limpide: il y a une guerre régionale à propos d'une revendication territoriale qui oppose deux peuples pour le même territoire. On ne parle plus de la Cisjordanie ou de la Judée et de la Samarie, non, il y a la Palestine toute entière, celle qui comprenait également la Jordanie ou Transjordanie et le Hamas et tous ses concurrents, chacun plus extrémiste que l'autre, veulent la libérer, c'est à dire chasser les juifs, détruire leur Etat et reprendre tout le territoire perdu.

Le vice-premier ministre Moshe Ya'alon tient également un discours sans ambiguïté en affirmant qu'il n'y aura pas de solution au conflit : «Y a-t-il une solution pour tout? En médecine, en mathématiques, il y a des questions  qui demeurent sans réponse...les hommes doivent rester modestes» et il critique le «solutionisme» et le «nowisme» de la communauté internationale. Et il conseille de ne plus essayer de résoudre le conflit israélo-palestinien mais simplement d'essayer de le gérer au mieux. Ce qui nous renvoie à la formule célèbre de Raymond Aron qui disait, il y a plus de trente ans : «Il faut laisser à l'Histoire le soin d'accoucher d'une autre histoire». Avigdor Lieberman affirme quant à lui, que Mahmoud Abbas n'est «en rien un partenaire» et qu'il n'y aura aucune avancée pendant les dix prochaines années.

LES CONSEILLEURS DE TOUJOURS

Tout est  en place désormais : des islamistes qui bientôt confisqueront tous les pouvoirs dans les territoires contrôlés par eux depuis les accords d'Oslo et qui stockeront toujours plus d'armes de toutes sortes, des pays arabes gouvernés par des chiites, des pays arabes gouvernés par des sunnites ou des alaouites, pourchassant et martyrisant leurs minorités, la Syrie faisant du Liban un protectorat tout en devenant la chasse gardée de l'Iran et, l'Iran qui lorgne sur l'Irak en convulsions, tandis que l'Egypte se débat dans les contradictions de ses ambitions et de sa pauvreté et que l'Arabie Saoudite finance les uns et les autres et se demande comment et quand cette marmite infernale explosera.

Alors? Et bien il faut que les conseilleurs cessent de conseiller et commencent à écouter et à réfléchir. Personne n'attend d'eux qu'ils prennent conscience de leurs erreurs. On peut leur suggérer une bonne ligne de défense: «c'est l'intransigeance israélienne qui a conduit à la radicalisation des positions palestiniennes» et on leur conseille d'oublier les retraits du Sud Liban, de Gaza, des territoires concédés en Cisjordanie et de passer très vite sur les tirs de roquettes, sur la captivité de Gilad Shalit, sur l'absence de tout geste, de toute phrase visant à rassurer les israéliens, sur le refus des palestiniens de se rendre à la table des négociations avant que toutes leurs revendications ne soient entièrement satisfaites. Non, ils ont parfaitement le droit, les conseilleurs de toujours, de décider de la sécurité de l'Etat d'Israël et de ne pas laisser ce soin à ses gouvernants, à son armée et à ses services de renseignements, forcement incapables de discerner la bonne solution, incapables d'adopter la bonne attitude, celle qui leur est recommandée : ne pas se débattre afin de mériter demain la compassion.