ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - CLIQUER L'IMAGE

ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE

lundi 30 mai 2011

OUVERTURE DE RAFAH : UN NON-EVENEMENT SECURITAIRE



OUVERTURE DE RAFAH : UN NON-EVENEMENT SECURITAIRE

Par Jacques BENILLOUCHE

Poste de contrôle à Rafah

L’ouverture de la frontière de Rafah entre Gaza et l’Egypte, le 28 mai 2011, dans les conditions où elle se fait actuellement, n’entamera pas la sécurité de l’Etat d’Israël. Les dirigeants sécuritaires israéliens en sont convaincus. Il s’agit surtout d’un symbole du désenclavement de la bande et de la volonté du nouveau régime égyptien de se rapprocher du Hamas pour être éventuellement accepté comme intermédiaire agréé par les deux parties. Hosni Moubarak avait été toujours suspecté d’être inféodé aux occidentaux puisqu’il acceptait le même blocus qu’Israël imposait à Gaza. D’ailleurs, il n’y a pas eu de levée de bouclier de la part des dirigeants israéliens qui ont adopté un profil bas car ils  pensent que cette ouverture permettra de décompresser le sentiment d’étouffement d’une population déjà soumise au matraquage du régime islamique. L’accès à des soins médicaux pointus, à des études universitaires à l’étranger et les possibilités de voyages seront perçus comme une bouffée d’oxygène par les arabes de Gaza.

Limitations draconiennes

En fait, les limitations draconiennes imposées par l’Egypte tendent à ne pas inquiéter les israéliens. Les femmes, les enfants et les hommes de plus de 40 ans peuvent circuler librement mais les hommes âgés de 18 à 40 ans ainsi que les originaires de Cisjordanie doivent obtenir un visa pour traverser la frontière qui restera ouverte durant six jours par semaine. Le Hamas tient lui aussi à s’assurer de la qualité des voyageurs puisque les déplacements de sa population ne sont autorisés qu’en bus qu’il peut mieux contrôler que les taxis.

Le poste douanier de Rafah n’est pas encore autorisé aux marchandises qui continueront à utiliser les points de passage israéliens soumis à un contrôle strict de la part des services de sécurité. Les armes, les missiles et les terroristes continueront cependant à transiter via les centaines de tunnels de contrebande qui assurent des revenus confortables aux autorités du Hamas et qui restent sous leur seule supervision.  Les policiers égyptiens ont assuré Israël qu’ils contrôleront avec beaucoup de minutie les valises des voyageurs pour intercepter les armes et les explosifs mais ils ne se sont pas engagés à verrouiller le passage des masses d’argent, en provenance des amis islamistes étrangers, nécessaires à la survie du régime de Gaza soumis à un boycott financier de la part du Fatah. 

Cette liberté de circulation sera perçue par la population comme une amélioration de son sort qu’elle ne voudrait pas entacher par des tirs de roquettes qui pourraient contraindre les autorités égyptiennes à refermer la frontière sous la pression des américains et des israéliens. Israël a misé sur cette volonté de laisser le passage toujours ouvert.

Certains nationalistes israéliens interprètent cette décision de réouverture de la frontière égyptienne comme un signe de changement de la politique du nouveau régime égyptien intervenant après sa décision de renouer des relations diplomatiques avec l’Iran. Le vice premier ministre Sylvain Shalom a exprimé ses craintes à la radio que « ce développement dangereux n’accroisse la contrebande d’armes, d’explosifs et d’agents d’Al-Qaeda à Gaza ». Il feint d’ignorer que le blocus n’a jamais permis de mettre fin à cette contrebande et que des armes et des fusées, d’origine iranienne, introduites à destination du Hamas, sont en libre circulation.

En ne s’opposant pas frontalement à l’ouverture de la frontière de Rafah, les dirigeants israéliens espèrent que la liberté de circulation des hommes d’affaires permettra d’améliorer les conditions économiques de la bande de Gaza pour les amener au niveau de celles de la Cisjordanie, en croissance de 10%. Benjamin Netanyahou avait toujours prôné la « paix par l’économie ». Il fait donc le pari que le Hamas suivra la stratégie du développement de son économie.    

SLATE : ISRAEL SEMBLE AVOIR ABANDONNE GUILAD SHALIT



 ISRAEL SEMBLE AVOIR ABANDONNE GUILAD SHALIT

Par Jacques BENILLOUCHE


L'échange du soldat franco-israélien Guilad Shalit aux conditions imposées par le Hamas est jugé inacceptable par de nombreuses voix en Israël.

Cet article avait été publié le 9 décembre 2009 sur SLATE et il garde encore toute son actualité.

http://www.slate.fr/story/14173/gilad-shalit-israel-otage-hamas-abandon


Le portrait de Guilad Shalit au fronton de la mairie du 16ème à Paris
Le dogme de la sacro sainte solidarité des Israéliens avec leurs militaires, emprisonnés chez l'ennemi, semble remis en question. Tsahal s'était toujours engagé à faire revenir, mort ou vif, tout soldat aux mains des ennemis. Pourtant aujourd'hui, de toutes parts, s'élèvent des voix pour refuser l'échange du franco-israélien Guilad Shalit aux conditions imposées par le Hamas mais jugées inacceptables. Les parents des victimes d'attentats ont manifesté auprès de la Cour Suprême pour s'immiscer dans le choix des 980 libérables de façon à ce que la justice soit appliquée avec sévérité pour les assassins. Mais le gouvernement a déjà annoncé que les noms des palestiniens libérés ne seront en fait connus qu'une fois l'échange effectué.

Opposition des rabbins

La première opposition à la transaction vient d'une cinquantaine de rabbins, sionistes religieux, qui ont réussi à trouver dans la loi juive, la Halakha, des arguments pour s'opposer à la libération de prisonniers palestiniens. Ils estiment que « la vie de tellement d'autres juifs est en jeu ». Benjamin Netanyahou a mesuré la difficulté de la décision qu'il doit prendre et s'en remet dorénavant à la Knesset pour autoriser ou non un tel échange: « Le dilemme est lourd, et la décision est à prendre entre deux extrêmes. D'une part notre volonté de nous soucier du sort de nos soldats pour les ramener chez eux, parfois même au prix d'un risque pour des vies, une valeur très importante de notre tradition juive, et de l'autre, empêcher d'encourager de tels kidnappings dans le futur. Il s'agit d'une grande tension. Je n'ai pas pris position dans le passé en tant que chef de l'opposition, et m'en abstiens encore aujourd'hui. »
Des informations contradictoires ont été diffusées sur les tractations mais elles ont pour effet de semer le trouble dans une situation déjà compliquée. Ces difficultés expliquent les lenteurs d'une procédure aux multiples rebondissements. Le député travailliste Daniel Bensimon a dû se rétracter après avoir annoncé qu'il avait entendu de la bouche du premier ministre que l'accord était entériné et que l'échange devait se faire dans un délai de deux semaines. Ce démenti s'explique par le souci du gouvernement de limiter les sujets de friction avec le clan nationaliste déjà sensibilisé par la loi sur le gel des constructions en Cisjordanie qui pollue la vie politique israélienne.
La position des rabbins, qui ont créé un comité de lutte contre l'échange, ne manque pas d'étonner. Ils prônent l'utilisation de la manière forte ou tout au moins de sanctions économiques draconiennes à l'encontre de la bande de Gaza pour faire plier les ravisseurs. Pour l'un de leurs dirigeants, de la mouvance de la droite radicale nationaliste: «les responsables israéliens ne veulent pas faire la guerre pour libérer Shalit de crainte de provoquer des pertes civiles chez nos ennemis, mais l'éventualité de la mort d'israéliens innocents dans le futur ne les touche pas autant». Ce virage belliciste de religieux juifs, d'ordinaire soucieux du respect de la vie humaine, est une position nouvelle sans équivalence dans l'histoire récente.

Réticences de l'armée
Ils viennent d'être relayés par l'ancien commandant en chef des ressources humaines de Tsahal. Le général Eléazar Stern a fustigé « toute l'atmosphère créée autour de l'affaire Shalit et les manifestations en faveur de la libération du soldat qui montrent au Hamas qu'Israël est prêt à tout pour faire libérer Guilad. S'il n'y avait pas eu la transaction Jibril en 1985, jamais le Hamas ne se permettrait d'être aussi sûr de lui et exigeant aujourd'hui. » Il a laissé entendre qu'un mort supplémentaire n'ajouterait rien au drame de la centaine de soldats tombés au cours de la guerre du Liban de 2006 dont l'origine avait été précisément ce kidnapping. Il a enfoncé le clou en affirmant « que si Israël déclarait Shalit disparu au même titre que Ron Arad, et si la plupart des responsables Israéliens restaient fermes, le Hamas réviserait ses exigences à la baisse. Avec tout le respect à la famille Shalit, un gouvernement israélien doit avoir à l'esprit les vies qu'il met en danger en libérant des terroristes qui ne rêvent que de recommencer ».
Cette déclaration, venant d'un haut dignitaire militaire agissant peut-être sur ordre, semble annoncer un changement de doctrine de la part de Tsahal qui répugne à libérer des terroristes pouvant organiser d'autres attentats. Elle semble porter ses fruits puisque des concessions ont été obtenues ces derniers jours. Les prisonniers arabes, disposant de la nationalité israélienne, ne figurent plus sur la liste exigée par le Hamas. D'autre part, le premier ministre israélien a mis son veto sur la libération d'une cinquantaine de prisonniers considérés comme les plus dangereux. Pour contrebalancer ce qui pourrait être considéré comme une reculade, le Hamas a rappelé qu'il offrait une prime de plusieurs milliers de dollars pour l'enlèvement de nouveaux soldats depuis le territoire juif.
Mais les dirigeants du Hamas ne veulent pas être enfermés dans le piège israélien et ont affirmé que « la seule façon pour Israël d'obtenir l'élargissement de Guilad consiste à céder à nos exigences ». Ils ne laissent aucun doute sur leur détermination: « la liste des 450 détenus présentée à Israël ne changera pas ». Les égyptiens ont, eux-aussi, compris la tactique israélienne consistant à temporiser pour s'opposer aux diktats palestiniens. Leur ministre des affaires étrangères, Ahmad Gheit, a montré son impatience en précisant: « si vous voulez récupérer Guilad Shalit, vous devez payer le prix exigé par le Hamas ». Cette déclaration risque de conduire à l'effet inverse souhaité car Netanyahou peut difficilement accepter cette injonction sans être taxé de faiblesse par ses alliés.

Risque d'effet en chaine
Pour les Israéliens, la transaction ne doit en aucun cas encourager d'autres kidnappings. Israël craint par ailleurs l'effet psychologique, désastreux pour leur communication, de prisonniers libérés, ayant du sang sur les mains, pavoisant à leur retour dans leurs foyers en narguant ouvertement l'Etat-major israélien. L'information, non confirmée par Israël, qu'une équipe de médecins français a examiné le soldat prisonnier entre dans le cadre de la guerre médiatique que se lancent les deux parties pour attribuer à l'autre l'éventualité d'un échec des négociations.
C'est dire la difficulté dans laquelle se trouve Benjamin Netanyahou pour résoudre le dossier de Guilad Shalit. Quand aux parents de Guilad Shalit, ils risquent d'attendre encore avant que le portrait de leur fils ne soit démonté du fronton de la mairie du 16ème arrondissement de Paris.

dimanche 29 mai 2011

L’IRAN ET LA SYRIE POUSSENT LA TURQUIE A UNE REVISION POLITIQUE




L’IRAN ET LA SYRIE POUSSENT LA TURQUIE A UNE REVISION POLITIQUE

Par Jacques BENILLOUCHE

                

           
 
Les révolutions dans les pays arabes, les troubles persistants en Syrie et l’accord de réunification Fatah-Hamas ouvrent la voie à une redistribution des cartes politiques au Proche-Orient. Le leadership arabe souffre de l’absence d’un dirigeant charismatique capable de remplacer un Hosni Moubarak qui avait à la fois les faveurs des occidentaux et celles de l’ensemble des pays arabes. La région est en pleine effervescence car son équilibre passe par l’émergence d’une stature internationale incontestée. L’Iran se trouve confronté aux aléas des révolutions qui secouent la région tandis que la Turquie, qui avait investi dans une stratégie pro-arabe, réfléchit à reconsidérer son choix politique face à Israël. 

Attentats non revendiqués

            Les opposants locaux au régime iranien font preuve d’audace puisque, délaissant les manifestations interdites dans les rue de Téhéran, ils organisent attentats et sabotage. Ahmadinejad a été l’objet d’une tentative d’assassinat le 24 mai 2011 à l’occasion de la visite de l’une des principales raffineries à Abadan. Une explosion, qui a fait un mort et 25 blessés, a été attribuée à une fuite de gaz ou à une défaillance technique mais les autorités iraniennes réfutent toute hypothèse d’attentat.  Une même dénégation avait été enregistrée lors de la tentative du 4 août 2010 lorsque le cortège présidentiel avec été pris sous le feu d’une grenade. Il semble confirmé que l’explosion du 24 mai est due à une action d’opposants cherchant à déstabiliser le régime car de nombreux indices concordants apportent crédit à cette thèse.
Ahmadinejad se trouve au centre de querelles qui l’opposent aux Gardiens de la Révolution suite à son conflit sur le partage du pouvoir avec le guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei. Les partisans de l’ayatollah lui reprochent d’avoir violé le premier commandement de la République islamique qui impose l’obéissance totale au Guide iranien.  Ils l’accusent même de comploter pour le renverser et tiennent donc à le prendre de vitesse.
            Par ailleurs, certains veulent y voir l’action de services étrangers, le Mossad en particulier, qui veulent déstabiliser le régime en aidant une opposition à devenir active en Iran. L’élimination de scientifiques impliqués dans le programme nucléaire et la pollution des réseaux informatiques à l’aide du virus Stuxnet avaient déjà été attribuées à des mains étrangères.
Les raisons de ces attentats ont d’autres origines politiques et ethniques. La ville d’Abadan se trouve sur le Chatt El-Arab près de la frontière irakienne. Des agents infiltrés d’Arabie Saoudite et du Golfe tentent, dans cette région du Khuzestan, d’exploiter le mécontentement des arabes iraniens qui militent dans des mouvements de libération.  Des informations font état de manifestations de la minorité arabe à Ahvaz qui aurait fait des dizaines de morts en avril selon l’organisation Human Rights Watch. Les autorités iraniennes ont annoncé par ailleurs, le 21 avril, l’arrestation de huit membres du groupe Khalq-e arab (Le peuple arabe) , accusés d'une attaque armée qui aurait fait trois morts le 15 avril à Ahvaz. Le roi Abdallah d’Arabie a ainsi décidé de se substituer aux américains pour contrer l’expansionnisme iranien en favorisant des émeutes contre Ahmadinejad.   

Changement de stratégie turque

Les troubles en Iran et en Syrie inquiètent la Turquie qui réalise que son choix de se rapprocher des pays arabes pour en prendre le leadership n’était pas très judicieux. Des sources de renseignements font état d’instructions secrètes données par le premier ministre turc, Tayyip Erdogan, de réduire les liens avec Damas ce qui aurait pour effet de réchauffer ceux avec Israël. Il est passé aux actes en autorisant l’opposition syrienne à organiser une réunion à Anatalia, du 31 mai au 2 juin, pour développer les moyens d’aider la révolution populaire afin de renverser le régime de Bassar El-Assad.
De hauts dirigeants turcs cherchent à expliquer ce retournement de situation par leur refus de « soutenir un régime qui tue des civils musulmans dans la rue.  La Turquie est une démocratie musulmane qui ne doit pas soutenir des dictateurs qui assassinent leurs citoyens. » Le changement de stratégie a pris plusieurs formes.
Les turcs ne s’estiment pas liés par les sanctions financières de l’Union Européenne contre la Syrie mais ils ont conseillé à Bassar El-Assad de ne pas fouler le territoire turc. Ils ont menacé le régime syrien de mesures radicales s’il continuait à réprimer les kurdes du nord de la Syrie car les répercussions sont grandes au sein des kurdes du sud de la Turquie. Ils s’inquiètent ainsi de la contamination qui pourrait se propager dans une grande partie de leur pays. Enfin Erdogan a donné l’ordre de suspendre tous les entretiens téléphonés quotidiens avec Bassar El-Assad tant qu’il n’a pas réglé le problème de la révolte de son peuple.
Cette mise à l’index du régime syrien fait perdre à Bassar El-Assad les informations fondamentales sur l’opposition syrienne, transmises par les services de renseignement turcs, après l’ordre qui a été donné à Fidan Hakan , le chef turc des services de renseignements, de cesser ses voyages à Damas. La Turquie ne veut pas être accusée de manifester une quelconque solidarité avec son ancien allié, la Syrie. Elle cherche à présent à retisser les liens distendus avec l’Etat juif. Par ailleurs, l'aide massive de l'Iran qui fournit armes et conseillers pour briser la révolte syrienne crée un malaise parmi les dirigeants turcs.
Des informations concordantes font état d’un possible revirement turc vis-à-vis d’Israël  qui prendrait la forme d’une opposition à une nouvelle flottille prévue en juin pour briser le blocus de Gaza. Quinze navires ont été affrétés avec à leur tête le Marmara Mavi qui a subi l’attaque israélienne ayant fait neufs morts dans les rangs turcs. Il semble qu’en geste de bonne volonté le premier ministre ait décidé d’interdire  la participation turque à cette flottille. Il veut aussi prévenir toute intention de la Syrie de contrer sa révolution en prenant prétexte d’attaquer le nord d’Israël pour consolider la solidarité syro-turque.
Le Proche et Moyen-Orient sont à la veille de changements importants qui pourraient consolider la position israélienne et celle de son premier ministre, Benjamin Netanyahou.

samedi 28 mai 2011

L’ATONIE DE LA GAUCHE EN ISRAEL MINE LE PROCESSUS DE PAIX




L’ATONIE DE LA GAUCHE EN ISRAEL MINE LE PROCESSUS DE PAIX

Par Jacques BENILLOUCHE
Les travaillistes Bensimon, Peretz et Cabel

            

 

           L’appel signé par une douzaine d’intellectuels de gauche pour exhorter les dirigeants européens à reconnaître officiellement un État palestinien, sonne comme un chant de mort de la gauche israélienne. S’il a reçu un certain écho à l’étranger, il n’a eu aucune portée locale car, peu connus du grand public, les signataires n’ont pas le charisme nécessaire pour réveiller l’opinion publique acquise en majorité aux thèses de droite. Ils affirment que « la paix est devenue l’otage du processus de paix » mais l’appel sonne creux parce qu’il n’est signé que par des juifs accusés d’être toujours en première ligne pour défendre des palestiniens qui, eux, ne montrent aucun activisme pour s’associer avec des représentants juifs. Ces déclarations, contrairement à l’aspect médiatique qui leur est donné, ne font pas avancer le processus de paix.

 

Une gauche inaudible

 

La gauche est laminée en Israël depuis la déconfiture aux dernières élections de 2008 qui la rendue inaudible. A l’occasion d’un débat sur l’avenir des territoires, le 24 mai 2011,  entre le professeur Denis Charbit et le chantre de la droite nationale Jacques Kupfer, l’assistance était à 80% favorable aux thèses démagogues de celui qui est assimilé au Le Pen israélien pour ses prises de position tranchées sur les arabes.  Selon lui, les palestiniens doivent être expulsés, manu militari, comme le furent les habitants juifs des implantations de Gaza. Ceux qui seraient exceptionnellement maintenus dans leurs foyers seraient privés des droits politiques, des avantages et des prestations israéliennes. Il considère les israéliens qui s’élèvent contre ces mesures comme des traitres au pays.

Le parti travailliste était déjà dans le coma et sa mort est à présent programmée depuis la scission qui a poussé Ehud Barak, ministre de la défense, à partir avec la moitié de ses députés pour fonder le micro parti « Indépendance », entièrement inféodé au Likoud de Benjamin Netanyahou. L’ancien responsable du parti avait concentré sur lui toutes les haines de ceux qui lui refusaient le rôle de leader parce qu’ils l’assimilaient à un infiltré du parti majoritaire de la droite.

            Les jeunes rebelles du parti ont déçu par leur passivité à l’instar du député Daniel Bensimon, ancien journaliste à Haaretz, qui avait déclaré que « le parti travailliste est arrivé au département des soins intensifs, et qu'il fallait maintenant que quelqu'un vienne en urgence lui prodiguer le remède nécessaire à son rétablissement ». Il avait quitté la présidence du groupe travailliste à la Knesset parce qu’il estimait « qu’il faudrait une refondation totale du parti afin qu'il puisse encore attirer des électeurs ». Mais il n’a rien fait pour mettre ses actes en accord avec ses paroles tandis que ses amis l’accusent à présent d’être allé à la soupe depuis son élection comme député.

            Les principales figures charismatiques, Yossi Beilin en particulier, ont lâché le parti.  Ce travailliste, homme de gauche convaincu, avait été longtemps associé au pouvoir du temps où les socialistes conduisaient la politique d’Israël. Son nom restera associé aux accords d’Oslo de 1993 , aux pourparlers de Taba en 2001, à l’initiative de paix de Genève conjointe avec certains dirigeants palestiniens et au processus de paix israélo-palestinien en général.  Il avait quitté le parti travailliste pour les affaires  en abandonnant son mandat parce qu’il était déçu de n'avoir pas pu mettre en application ses idées de paix au sein d’un parti orienté vers une politique centriste. Toutes les figures  montantes, représentant pour l’occident les symboles du camp de la paix, ont aussi déserté pour s’enfermer dans le silence.

           
Erosion du camp de la paix

            Le déclin de la gauche tend à expliquer l’érosion en Israël du camp de la paix qui s’étiole à la Knesset. Les travaillistes avaient soutenu tous les processus de paix avec les palestiniens et quand ils étaient au pouvoir, ils ont été à l’origine des accords d’Oslo de 1993 signés par Yitzhak Rabin et le chef de l’OLP, Yasser Arafat. Ces accords avaient créé à l’époque un souffle d’optimisme auprès d’une population qui espérait une fin rapide des hostilités. Mais le rejet par les palestiniens, quelques années plus tard, d’une proposition de Barak de céder 93% de la Cisjordanie, a sonné le glas à toute espérance de résolution pacifique du conflit. Tous ceux qui ont cru à la paix ont été désabusés et, convaincus que les palestiniens n’avaient pas de volonté affichée de cosigner un accord même imparfait, des bataillons d’électeurs de gauche ont paradoxalement rejoint en masse le camp nationaliste, le seul selon eux à garantir la sécurité si la guerre devait perdurer.
            A partir de 2001, la déroute systématique du parti travailliste aux élections l’a marginalisé pour le transformer en parti d’appoint dans des coalitions de droite avec Ariel Sharon puis du centre avec Ehud Olmert. Le nombre de députés, réduit en peau de chagrin, le disqualifie aujourd’hui pour constituer une alternative politique crédible. La création de Kadima lui a donné le coup de grâce puisque des personnalités marquantes ou historiques l’ont déserté avec à leur tête Shimon Pérès. La politique suivie par Tsipi Livni ne se distingue plus en effet de celle des travaillistes qui prônent, eux-aussi, la nécessité d’un dialogue avec les palestiniens et l’acceptation du principe de deux Etats pour deux peuples.
            Le parti se rétracte alors sur lui-même, revient sur ses vieilles positions, s’appuie sur des dogmes périmés, n’innove plus, ne bouge pas, et ne se remet pas en cause. Au lieu d’analyser les vraies raisons de leur déclin, les travaillistes attribuent leur défaite à une dérive centriste, sinon droitière, de l’électorat israélien, ce qui n’est pas totalement inexact.
           
Assimilation de la défaite

            Les dirigeants travaillistes n’ont jamais tiré les leçons de leur échec. Le parti, pourtant solide et bien implanté dans le paysage politique, est soutenu par des milliers de militants encartés et de cadres actifs expérimentés détenant le pouvoir dans plusieurs grandes villes. Pourtant le moral est bas parce que les socialistes ont accusé leur secrétaire général, Ehud Barak, d’avoir tardé à prendre les mesures pour assimiler la défaite, pour entamer le travail de rénovation et pour faire émerger de nouveaux jeunes leaders. Il en ressort ainsi une impression de chaos généralisé dont nul n’entrevoit la fin.
            Le parti ne manquait pas de talents mais les ambitions ont été étouffées. Le premier ministre Netanyahou a exploité le désarroi des vaincus tandis que les travaillistes se taisent, temporisent et fourbissent des armes démodées. Ils vivent dans le souvenir des victoires passées tandis qu’aucun leader charismatique n’arrive à faire vibrer la masse disciplinée de ceux qui, naguère, ont mené Rabin à la victoire. En l’absence de stratégie de reconquête, un boulevard s’ouvre à la droite qui peut continuer à occuper le terrain dans l’atonie complète de l’opposition.   
            De nombreux députés regrettent aujourd’hui de n’avoir pas appuyé Tsipi Livni dans le cadre d’une coalition centriste-travailliste. Mais à l’époque, Barak avait senti que Kadima lui proposait en fait le baiser de la mort dans une stratégie d’absorption de son parti. Faible et laminée, la gauche n’est plus crédible quand elle cherche à convaincre que le processus de paix n’est pas définitivement enterré. Son accointance avec la droite nationale a rendu  impopulaire l’idée même de paix. Le parti ne fédère plus et les clivages communautaires ont refait surface.
             Cette faiblesse politique des travaillistes permet au premier ministre de camper sur une position intransigeante sachant que le pouvoir ne risque pas de lui échapper. Il est au firmament des sondages et sa dernière visite aux Etats-Unis, où il n’a rien proposé ni rien dit de nouveau, le conforte dans son bras de fer avec Barack Obama. Il n’a pas besoin de faire de propositions aux palestiniens et encore moins d’expliquer la politique future qu’il compte suivre au Proche-Orient. Le déclin des travaillistes risque de sonner le glas à un accord de paix avec les palestiniens. La maladie socialiste, si elle se prolonge, risque aussi de contaminer la démocratie dont la vivacité faisait l’originalité de l’Etat d’Israël. Les extrêmes imposeront alors leurs vues au grand détriment de la stabilité de la région.

lundi 23 mai 2011

BILLET D’HUMEUR : ISRAEL OUBLIE DE LA FRANCOPHONIE




BILLET D’HUMEUR : ISRAEL OUBLIE DE LA FRANCOPHONIE

Par Jacques BENILLOUCHE

            

              L’ancien premier ministre, Jean-Pierre Raffarin s’est déplacé au Liban le 22 mai 2011 pour, selon les communiqués officiels, plaider la cause de la francophonie dans le cadre d’entretiens sur l’espace culturel et francophone. Il a été reçu par Khalil Karam, représentant personnel du président libanais auprès de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie). 

                Une anomalie persiste au sein de cette organisation, qui se veut culturelle, puisque Israël, malgré ses 10% de francophones, est exclu de l’OIF en raison de l’opposition ferme du Liban qui refuse que l’Etat juif soit accepté comme membre. Les centaines de milliers d’originaires des colonies françaises et des pays de l’Est, amoureux du français, sont les otages de l’intransigeance de certains pays arabes qui privilégient la politique. Pourtant  le secrétaire de l’OIF, Abdou Diouf, avait estimé, à juste titre, que la « langue française appartient à ceux qui ont choisi de la féconder aux accents de leurs cultures, de leurs imaginaires, de leurs talents ». Mais cette volonté de mêler la politique à la culture ne s’explique pas et rien n’est fait par l’Organisation pour considérer que la défense et la diffusion des textes de Zola, Camus, Balzac ou Victor Hugo doivent s’élever au dessus des intérêts politiques des dirigeants. La culture est un espace de liberté et de paix où les amoureux des textes, des mots et des phrases bien faites devraient se retrouver dans le seul combat pour la défense du talent et de la liberté de penser et d’écrire.

                La frilosité des dirigeants français, qui modifient des pans entiers de constitutions et qui refusent d’amender les statuts pour éviter le véto d’un seul pays à admettre un nouveau membre en son sein, ne se justifie pas. Il ne semble pas que l’ancien premier-ministre ait abordé le problème de la mise à l’écart d’Israël alors qu’il animait justement au Liban un débat sur le thème : « Francophonie et monde arabe ». Son prestige aurait pu être mis au service de la seule culture française pour corriger l’inanité de l’absence d’un pays où la langue française croit avec l’apport des juifs de France. 

Et pourtant les organisateurs de cette rencontre libanaise sont conscients de l’impérialisme de la langue anglaise. Ils assurent de l'importance de ce thème à une époque où l'espace francophone s'appauvrit, en qualité, et se rétrécit du fait de la concurrence de l'anglais. « Certes, disent-ils, une certaine opinion se rassure en affirmant que la francophonie a encore de beaux jours devant elle, et qu'il existe une élite qui maintient vivant l'amour de cette langue. Est-ce une raison pour négliger de prendre les mesures nécessaires pour maintenir la tradition francophone vivante et pour la valoriser par tous les moyens possibles ? ».

                Une simple mesure pourrait pourtant être décidée pour « maintenir la tradition francophone ». Il suffirait « d’annexer » le demi-million d’israéliens amoureux  d’une langue qui doit s’élever au dessus de toute contingence politique. Le vice-président du Sénat n’a pas jugé utile de « heurter » ses hôtes en soulevant le problème d’un voisin oublié.

DEBAT DU 24 MAI 2011 : LES TERRITOIRES





ACTUALIA

Forum d’analyses et de débats sur l’actualité
Vous invite à participer à son dernier forum de la saison 
                   
      MARDI 24 MAI à 20h

 

Salle « Félicia Blumenthal » 26,Kikar Bialik, Tel-Aviv

Parking angle Tchernikhovsky et Macccabi, puis, prendre l’escalier


QUEL AVENIR POUR LES TERRITOIRES ?
A la lumière du projet de déclaration d’indépendance des palestiniens, dans le contexte de la nouvelle donne liée aux révolutions arabes et après l’accord entre le Fatah et le Hamas 

Denis CHARBIT


Jacques KUPFER











Avec 
    
Dr DENIS CHARBIT 

Maitre de conférences en sciences politiques à l'Open University d'Israël



JACQUES KUPFER 

Président du bloc national des Juifs francophones, co-président du Likoud mondial

Modérateur :

JACQUES BENILLOUCHE, 
journaliste,
Correspondant du site d'informations françaises SLATE.fr
chroniqueur à  GUYSEN.TV, à KOL-ISRAEL et à divers médias francophones

Le débat avec la salle sera ensuite introduit par une présentation du  Dr Roland DAJOUX, écrivain
*
                 Une collation sera servie en fin de soirée
P.A.F. 45 Sh

Réservations obligatoires (mais sans engagement) à : 

      rogergoldstein@yahoo.fr, tel 09 950 00 71

dimanche 22 mai 2011

NETANYAHOU PERSISTE A DIRE NON A OBAMA




NETANYAHOU PERSISTE A DIRE NON A OBAMA

Par Jacques BENILLOUCHE

                 

          Le discours du 19 mai de Barack Obama n’a pas fait l’effet escompté auprès du premier ministre israélien qui persiste à dire « non » au plan de paix américain. Benjamin Netanyahou refuse catégoriquement de se retirer sur les lignes de cessez-le-feu de 1967 qu’il considère comme indéfendables : « Si Israël est prêt à faire des compromis généreux pour la paix, il ne peut pas revenir aux lignes de 1967, car ces lignes sont indéfendables », a-t-il déclaré dans un bras de fer médiatique avec le dirigeant américain en présence des journalistes et des caméras. Ce refus entérine l’échec de l’administration américaine à obtenir de ses protégés au Proche et Moyen-Orient une avancée politique car ils font preuve de plus d’autonomie depuis les révolutions arabes. 

L’opposition monte au créneau

Barack Obama veut tout faire pour réduire les tensions régionales et éviter une guerre israélo-arabe qui ne semble pas d’actualité puisque les adversaires se cantonnent dans un statu quo stérile. Le consensus est formel dans toute la classe politique israélienne, de droite comme de gauche, car il s’appuie sur des nécessités de sécurité dont aucun homme politique ne peut s’éloigner sans mettre en danger sa carrière politique.
La chef de l’opposition Tsipi Livni, du parti Kadima, a tenté de se distinguer en estimant que Benjamin Netanyahou devrait accéder à la demande du président américain Barack Obama. Elle prétend qu’en instituant un nouveau moratoire sur la construction dans les implantations de Cisjordanie, il pourrait faire avancer les négociations de paix directes avec les Palestiniens. Elle a en effet salué le discours du président américain en mettant en garde son gouvernement contre le risque d'une rupture avec les États-Unis : «  Un président américain qui soutient une solution à deux Etats représente les intérêts israéliens et n'est pas anti-israélien. L'appel du président Obama d'entamer des négociations représente les intérêts d'Israël ». Tsipi Livni a soutenu vendredi que le Premier ministre israélien faisait « payer un prix trop élevé pour sauver sa coalition et assurer sa survie personnelle » en se mettant à dos le président américain Barack Obama.
Mais malgré ces critiques virulentes, elle reste dans la ligne droite de tous les dirigeants israéliens qui n’envisagent pas d’évacuation totale de Cisjordanie, mal acceptée par une opinion publique qui ne pardonnerait aucune entorse au consensus sécuritaire. La majorité des partis politiques considère non négociable le maintien des trois principaux groupes d’implantations. La nouvelle ville d’Ariel protège le ventre mou de la partie centrale et étroite d’Israël qui s’étend sur une dizaine de kilomètres. Maalé Adoumim sécurise Jérusalem d’une éventuelle attaque syrienne ou jordanienne. Enfin  Goush Etsion assure la protection du pays, au sud de la Capitale.
La droite israélienne est convaincue que le rêve de parvenir à la paix par des négociations est un leurre. Elle en veut pour preuve les efforts stériles de Barack Obama durant ses deux premières années de mandat durant lesquelles elle l’accuse d’avoir soulevé des questions qui ont été utilisées comme prétextes par les palestiniens pour refuser de s’asseoir à la table des négociations.
La gauche, quant à elle, s’inquiète de l’avenir. Le député et candidat à la présidence du parti travailliste, Amram Mitzna, a commenté le discours américain : « Obama a placé un miroir devant nous. Si nous continuons sur cette route, nous allons perdre notre plus grand allié : les Américains ». 

Isolement des Etats-Unis

Au cours d'un entretien ce vendredi à la Maison Blanche avec le Premier ministre israélien, Barack Obama a reconnu avoir des « différends » avec les israéliens sur le processus de paix. Il a par ailleurs ajouté que la situation actuelle au Moyen-Orient donnait des opportunités mais comprenait aussi des « périls ».
La position négative de Benjamin Netanyahou s’explique par une analyse se fondant sur le fait que les Etats-Unis se sont complètement isolés de tous leurs alliés de la région et qu’Israël demeure le dernier maillon d’une stratégie américaine en perte d’influence. Les dirigeants arabes ont déserté le camp américain depuis que l’égyptien Hosni Moubarak a été poussé sans ménagement vers la sortie alors que d’autres, plus virulents, à l’instar de Kadhafi ou Al-Assad, continuent à narguer la plus grande puissance du monde tout en massacrant leur population.  Paradoxalement, la Turquie de Tayyip Erdogan et Israël, malgré leur dernière brouille,  restent encore les seuls pays sur lesquels peuvent compter les Etats-Unis.
Netanyahou n’estimait pas devoir voler au secours de Barack Obama qui a déçu huit de ses anciens alliés, parmi lesquels l’Arabie Saoudite, dont certains figuraient parmi les partenaires stratégiques. Dans un article du Washington Post du 16 mai, Nawaf Obaid, consultant en sécurité nationale saoudienne basée entre Riyad et Washington DC, a estimé qu’une « scission américano saoudienne, sous forme de mouvement tectonique, a émergé des printemps arabes ». Il se fait le porte-parole des voix saoudiennes qui s’élèvent « contre   l'augmentation de l'ingérence iranienne dans la région » alors que « l'Arabie saoudite a été liée par un marché tacite: pétrole contre sécurité.»  Il fustige la passivité des américains  qui laissent Téhéran financer le Hamas et le Hezbollah et étendre son ingérence dans plusieurs Etats arabes. Il souligne que « l'Arabie saoudite ne permettra pas à l'agitation politique dans la région de déstabiliser les monarchies arabes : les pays du Golfe, la Jordanie et le Maroc ». Il souligne que quatre pays qui étaient sous influence américaine, la Syrie, la Libye, le Yémen et le Bahreïn, répriment ouvertement les mouvements qui luttent pour la démocratie et qui étaient soutenus par Barack Obama sans que des mesures concrètes et contraignantes ne leur soient appliquées. 

Déception des palestiniens

Les palestiniens n’ont pas apporté de soutien au président américain à la suite d’un discours jugé « décevant » car ils s’attendaient à recevoir un calendrier détaillé d’évacuation de la Cisjordanie et un processus diplomatique pour mettre en place de nouvelles décisions. Ils ont mal accepté le mépris avec lequel Barack Obama a traité la volonté des palestiniens à déclarer leur indépendance de manière unilatérale et l’interprétation qu’il en a donné. Il avait en effet qualifié cette mesure de stratagème pour bloquer le processus de paix. Certains au sein de l’Autorité palestinienne n’hésitent plus à demander que le défi de cette déclaration unilatérale soit relevé malgré les injonctions américaines. Mahmoud Abbas continue à jongler sur différents tableaux, malgré la perte de son principal soutien en la personne de Hosni Moubarak, tout en cherchant à pousser les israéliens dans leurs derniers retranchements.
Benjamin Netanyahou a choisi de se comporter en spectateur passif devant les révolutions arabes et s’est présenté devant le président américain sans programme original ni plan de paix pouvant lui assurer une crédibilité politique ou une position de force. Une nouvelle brouille entre israéliens et américains risque de s’épanouir en poussant Mahmoud Abbas à choisir définitivement son camp. Il peut rejoindre le nouveau clan anti-Obama, mené par l’Arabie Saoudite, qui se fait le chantre de la défense des monarchies arabes. Il pourrait réchauffer ses relations avec Bassar Al-Assad en exploitant l’accord de réunification signé entre le Fatah et le Hamas, vassal de la Syrie. Dans les deux cas, les Etats-Unis seront les grands perdants de la région car le discours tant attendu n’aura fait qu’accentuer les divergences dans la région et conduire à des effets imprévisibles et indésirables.

vendredi 20 mai 2011

ISRAEL RASSURE PAR LE DISCOURS D'OBAMA




ISRAEL RASSURE PAR LE DISCOURS D'OBAMA
Par Jacques BENILLOUCHE


Les israéliens attendaient le discours de Barack Obama du 19 mai avec inquiétude dans la mesure où il s’agissait de son premier grand discours depuis celui de 2009 à la tribune du Caire. Le président n’était plus le même puisque le monde arabe a changé avec ses révolutions et qu’il se voyait auréolé par l’élimination de Oussama ben Laden. Le risque était donc grand de voir les américains s’engager à plus d’activisme et de pressions dans le conflit israélo-arabe. 

Révision de la diplomatie

La réception à Washington du premier ministre israélien le 20 mai  laissait présager que le discours ne pouvait pas comporter d’éléments qui pouvaient indisposer l’Etat d’Israël et conduire à un nouveau clash. Par ailleurs des indiscrétions américaines ont fait état de l’entretien discret de haut dirigeants juifs du parti démocrate avec Barack Obama durant lequel ils l’ont mis en garde contre le risque de voir les dons pour sa campagne électorale de 2012 se réduire si Israël était mis en difficulté.

Le président américain avait choisi de s’adresser depuis le Département d'Etat plutôt que depuis la Maison Blanche dans son souci de présenter la nouvelle stratégie des Etats-Unis au Moyen-Orient. Il tenait à montrer que la diplomatie américaine devait subir des inflexions importantes si elle voulait montrer une rupture nette avec celle qui était en vigueur avant les révolutions arabes. Il s’en est d’abord pris aux deux dirigeants qui s’opposent à leurs manifestants par la force et la violence : le libyen Mouammar Kadhafi et le syrien Bassar Al-Assad : « Le peuple syrien a montré son courage en exigeant une transition vers la démocratie. Le président Assad est maintenant face à un choix. Il peut diriger la transition, ou s'écarter ». 

Il en a profité pour fustiger la position iranienne qui consiste à aider la Syrie à réprimer les manifestants tandis que l’Iran bâillonne toute velléité de son peuple à exiger plus de démocratie dans le pays. Le président Obama a souhaité que l’élimination de Ben Laden conduise les révoltes arabes à tourner le dos à l’extrémisme car : « le chef d'Al-Qaïda rejetait la démocratie et les droits individuels pour les musulmans au profit d'un extrémisme violent ». 

Réaffirmation des principes

Les israéliens se sentent rassurés par les prises de positions de Barack Obama sur le problème israélien car ils n’y voient aucun changement majeur de stratégie. Il s’est borné à des généralités sans imposer un plan précis de négociations et sans fixer de date butoir pour l’obtention d’un accord israélo-palestinien. Le président américain Barack Obama a affirmé que le futur Etat palestinien devait être fondé sur la base des frontières de 1967 après rectifications négociées. Il a par ailleurs abondé dans le sens israélien en précisant que ce nouvel Etat ne devrait pas être militarisé. Il a exhorté les palestiniens à plus de pragmatisme en évitant d'isoler Israël à l'ONU : « Des actions symboliques pour isoler Israël aux Nations unies ne créeront pas une Palestine indépendante. Les Palestiniens n’obtiendront jamais leur indépendance en niant le droit à l’existence d’Israël ». Il marque ainsi son opposition claire à une déclaration unilatérale d’indépendance de la Palestine.

Il estime que les deux parties devraient réviser leur position  intransigeante : «  Les israéliens continuent de construire dans les territoires, les palestiniens se sont retirés des négociations. Le monde a l’impression que ce conflit ne cesse de se perpétuer ». Il ne cherche pas à imposer un diktat aux israéliens mais il les met en garde : « C’est parce que nous sommes amis avec Israël que nous devons dire la vérité. Le statu quo ne peut pas durer et Israël doit agir pour parvenir à la paix. Le rêve d’un Etat juif et démocratique ne peut se réaliser avec la poursuite de l’occupation permanente ».

Il a abordé en filigrane le problème des exigences d’Israël en matière de sécurité puisque le dernier plan proposé par le ministre de la Défense, Ehud Barak, consistait à créer une bande de sécurité israélienne le long du Jourdain : « Les Palestiniens doivent avoir le droit de se gouverner eux-mêmes, Israël doit être capable de se défendre lui-même contre toute menace ».  Barack Obama n’a pas caché les difficultés à surmonter vis-à-vis des nouveaux alliés du Fatah qui ne pourraient être admis dans le concert des nations que s’ils amendaient leur doctrine terroriste : « Reconnaître que les pourparlers doivent commencer, cela ne veut pas dire que ce sera facile de revenir à la table des négociations, particulièrement après l’accord passé entre le Fatah et le Hamas, qui préoccupe Israël. Comment négocier avec un parti qui ne reconnaît pas votre droit à l’existence ? ». Il pose ainsi clairement le problème de la reconnaissance de jure de l’Etat juif par le Hamas.

Le premier ministre Netanyahou, rassuré de ne pas se voir imposer un plan de paix, tente de poser ses propres jalons pour son entretien à Washington. S’il est d’accord à entériner l’existence d’un Etat palestinien, il se refuse à l’accepter dans les limites des frontières de 1967 car « une telle solution laisserait de nombreux israéliens à l’extérieur des frontières israéliennes ». Le lobby israélien aux Etats-Unis est déjà mobilisé puisque les Républicains ont affiché leur déception face au discours de leur président. Le sénateur républicain Mark Kirk  a exprimé sa préoccupation devant la décision d'Obama de modifier la stratégie politique des États-Unis concernant le processus de paix israélo-palestinien et estime qu’il ne faut pas approuver « les appels palestiniens à revenir aux frontières de 1967 ». Le leader de la majorité républicaine à la Chambre, Eric Cantor, a justifié sa déception : « Cette approche sape nos relations privilégiées avec Israël et affaiblit la capacité de notre allié à se défendre. »

Les dirigeants du Hamas quant à eux ne voient aucune ouverture dans ce discours de Barack Obama et ils réclament en urgence une réunion avec les dirigeants palestiniens et les pays arabes pour envisager la suite à donner aux propos du président américain.  

A la veille de l’ouverture de la campagne électorale américaine, il est évident que les lignes politiques ne bougeront pas et que le conflit israélo-arabe n’est pas encore entré dans l’ère des négociations sérieuses.

RADIO KOL-ISRAEL : DISCOURS DE BARACK OBAMA



RADIO KOL-ISRAEL : DISCOURS DE BARACK OBAMA

JOURNAL du 20 MAI 2011
Jacques BENILLOUCHE au micro de Maurice IFERGAN

La nouvelle donne américaine au Proche-Orient

Cliquer sur le triangle noir pour écouter l'émission
video

jeudi 19 mai 2011

DSK : OVERDOSE MEDIATIQUE



DSK : OVERDOSE MEDIATIQUE

Par Jacques BENILLOUCHE
                
DSK et sa femme Anne SINCLAIR

           En Israël, on s’étonne que le matraquage médiatique de l’affaire DSK, auquel est soumise l’opinion publique française, entraine une mise à l’écart des nouvelles du reste du monde. Depuis le coup de massue de l’annonce de la police de New-York, ils constatent que les journalistes français vivent au rythme de l’épopée de DSK avec un mélange de voyeurisme et de dramaturgie. Parce qu’un grand homme politique pouvait, dans sa vie privée, s’adonner à des pratiques sexuelles réprouvées par la morale, des détails scabreux ont été mis en pâture à la vindicte publique. Le premier choc fut certes terrible car la surprise fut totale alors qu’une icone mettait un genou à terre. L’incrédulité laissait place à une incompréhension d’un gâchis qui, en quelques heures, a détruit une carrière et les espérances de millions d’électeurs qui rêvaient à une alternance politique.
            Mais les journalistes, dans leur volonté d’informer à tout prix, ont trop fait car ils ne savaient rien puisque la police avait verrouillé l’information. Plusieurs émissions spéciales, censées informer, se sont cantonnées à du verbiage en répétant les hypothèses ou en recherchant le scoop qui ne venait pas. L’overdose était donc au rendez-vous et les informations qui secouaient la planète étaient reléguées au rang des nouvelles de chiens écrasés. Tout était pseudo-révélations, supputations, interrogations, manipulations et interprétations et, plus on intervenait et plus la personnalité de DSK ne parvenait pas à sortir indemne aux yeux des observateurs.
            Les israéliens vaccinés avec les incartades du président de l’Etat, Moshe Katsav, condamné à sept années de prison pour viol, avaient tendance à ne pas vouloir réveiller un épisode douloureux dans la vie du jeune Etat. Ils comprenaient moins que les télévisions et les journaux aient concentré leurs nouvelles sur l’affaire DSK qui faisait oublier les morts de Syrie et de Libye. Les manifestations de la Nakba étaient reléguées au niveau d’une anecdote. Les druzes de Syrie, qui avaient enfoncé la frontière israélo-syrienne, recevaient une couverture médiatique restreinte alors qu’une guerre pouvait être au bout du chemin.  Netanyahou se rendait aux Etats-Unis pour écouter les propositions de paix de Barack Obama mais cela restait une péripétie dans les relations entre les deux alliés. L’expulsion de l’attaché militaire israélien en poste en Russie ne méritait pas plus que quelques lignes en dernière page. Bref, tous les moyens médiatiques étaient concentrés sur l’affaire DSK alors qu’on savait que rien ne serait dévoilé avant le vendredi 20 mai. Pourtant  seuls deux scénarios pouvaient être envisagés. 
Ou bien DSK est innocent et son assassinat politique et médiatique s’apparenterait à la dégradation du capitaine juif Alfred Dreyfus, le 5 janvier 1895, lorsqu’un adjudant de la Garde républicaine lui arracha les insignes, les fines lanières d'or de ses galons, les parements des manches et de la veste pour ensuite, honte suprême, briser le sabre du condamné sur son genou. Cette affaire fut le symbole le plus marquant d’une erreur judiciaire difficilement réparée, avec un rôle majeur joué par la presse et l’opinion publique.  En 2011, la dégradation prenait l’allure des menottes exhibées à travers le monde alors qu’on aurait pu, comme pour la « victime », éviter d’exposer DSK au flash des photographes.
Ou bien alors, la police de New-York prouve avec des preuves irréfutables que DSK est coupable des faits graves qui lui sont reprochés et qui s’assimilent alors à un suicide politique plutôt qu’à une incartade sexuelle. Il doit donc être le seul à payer le prix et il faut l’oublier. Cela suppose surtout qu’il relèverait dorénavant de la psychiatrie et que ses proches doivent l’aider à soigner son addiction aux écarts sexuels. 
Les israéliens n’étaient pas partisans d’une candidature de DSK à la présidentielle car son statut de juif risquait de le mettre en porte-à-faux à l’instar de l’américain Henry Kissinger ou du chancelier autrichien Bruno Kreiksy qui n’ont jamais accordé de soutien effectif à Israël. Ils auraient été fiers d’avoir un homme comme DSK aux commandes de la France mais ils savaient d’avance qu’ils n’en tireraient aucun profit car chacun de ses actes aurait été mesuré au degré d’amitié qui serait perçu dans ses décisions vis-à-vis d’Israël. Ils craignaient une inertie justifiée par une volonté de ne pas être taxé de favoritisme. Alors, ils le préféraient au FMI où il constituait un parfait tandem avec le président de la Banque d’Israël, Stanley Fisher, homme-clé de la réussite de l’économie israélienne. Les appréhensions d’Israël ne sont plus d’actualité aujourd’hui.
Après l’apocalypse de l’annonce de l’accusation qui a laissé sans voix tous les observateurs, l’influence sur l’avenir de l’échéance politique devient secondaire. Quelque soit le résultat du procès, la carrière politique de DSK est brisée et son honneur aura du mal à supporter le choc médiatique. Alors, jusqu’à la décision finale des jurés, il serait préférable d’éviter de décortiquer les rumeurs en usant de retenue de crainte d’infliger à l’opinion publique une overdose d’informations contradictoires.

En illustration de cet article voir la magnifique vidéo d'une artiste de talent :

http://www.lejournaldepersonne.com/2011/05/dsk-nest-plus/