LES CONSULS VICTORIEUX
Par André MAMOU
Un dictateur qui est resté 42 ans au pouvoir sans contrôle, sans limites, sans opposition et son cadavre barbouillé de sang sur nos écrans pendant que la foule crie sa joie et lance ses « Allah ou Akhbar! ».
On a déjà vu cette scène il y a 67 ans : Mussolini et Clara Petacci pendus par les pieds et on pense aux époux Ceaucescu jugés et exécutés en quelques heures par quelques militants...
Non, personne ne va parler de procès équitable et de justice de vainqueurs car il y a des limites à tout : ceux qui ont opprimé, torturé, tué tous ceux qui pouvaient s'opposer à eux, ceux qui ont écrasé leur peuple par la menace et la peur, qui ont fait de leurs citoyens des sujets corvéables auxquels on a retiré toute dignité, et bien, personne ne va invoquer les grands principes du droit et si on peut détourner son regard des images terribles diffusées, on ne peut que prendre acte et mettre au compte de l' Histoire des peuples.
LA GLOIRE DU MONDE
Sic transit gloria mundi et la gloire du monde passe ainsi. Un nouveau régime va s’installer en Libye et le président Obama souhaite qu’il soit démocratique et que toutes les tendances politiques soient représentées. Qui ne souscrirait pas à ce vœu pieux ?
Mais on peut tout redouter car ce pays additionne des tribus plutôt que des partis et tout les divise sauf la langue et la religion. Alors, ils parleront et écriront arabe, cela va de soi, et ils auront un commun dénominateur le Coran, l’islam, ce qui leur permettra d’être d’accord sur quelques points : la haine d’Israël et le respect dû à la religion avec, sans doute, une bonne dose de « Charia » dans la loi civile et pénale.
Il est certain que sans Bernard-Henri Lévy réussissant à convaincre Nicolas Sarkozy qui trouva en Alain Juppé le magicien pour obtenir mandat de l’ONU, David Cameron n’aurait pas sorti ses chasseurs bombardiers et les Mirage français seraient restés sagement appontés sur le « Charles de Gaulle ». Le CNT libyen avait songé à promettre la reconnaissance de l’Etat d’Israël pour être certain que l’aviation et les forces spéciales françaises et anglaises feraient le travail qui l’amènera au pouvoir. BHL s’était déplacé à Jérusalem pour en informer les dirigeants israéliens qui ont sagement déclaré qu’ils ne traitaient qu’avec des Etats et non avec des forces en mouvement. On ne saurait rien reprocher à BHL qui a vu juste et qui a bien pensé comme le plus souvent.
RAMA YADE
Maintenant, tout est fait et la pièce est jouée : les libyens vont essayer de trouver leur voie et le monde entier leur souhaite de réussir à créer un pays où le peuple ne soit pas écrasé par une nouvelle dictature, celle des prêtres, des mollahs et des imams, où l’élévation du niveau de vie et la recherche du bonheur constituent des objectifs politiques.
On a beaucoup parlé de l’intuition de Rama Yade qui, seule, avait fait part de son refus de Kadhafi et de sa révulsion devant son parcours et son attitude. Certes Nicolas Sarkozy s’est lourdement trompé et a ridiculisé la France en recevant ce dictateur satrape pour en obtenir quelques contrats et pour le récompenser d’avoir libéré les infirmières bulgares absolument innocentes et détenues pour des raisons de politique interne. On se souvient de cette tente bédouine plantée au Palais Marigny et de la honte ressentie par beaucoup de français.
EL-MAHBOUT
Eh bien, l’affront a été lavé ! Le dictateur a été mis à bas par son peuple et par les pilotes français. C’est une opération réussie et elle doit être mise à l’actif du président sortant.
Si cette affaire libyenne s’était terminée par le maintien au pouvoir du « mahbout » (fou furieux comme le désignait Bourguiba) et par une piteuse fin d’intervention, que n’eût-on entendu à gauche ; les phrases méprisantes de Henri Emmanuelli, les invectives de Arnaud Montebourg, les colères de Martine Aubry et les démonstrations désespérantes de François Hollande, plus les interventions catégoriques de Benoit Hamon et de tous ceux qui veulent « passer à la télé ».
Le pétrole libyen devra être mis à contribution pour payer la note des destructions et des reconstructions et les français présenteront leur facture, ce qui va de soi. Nicolas Sarkozy a pris beaucoup de risques en Libye ; il ne s’est pas trompé et il a gagné.
A Rome, les consuls victorieux rentraient avec leurs légions et étaient acclamés sur le forum par « senatus populusque romanus » et pouvaient devenir le nouveau César.
On se contentera à notre époque d’applaudir ceux qui ont réussi et de s’en souvenir.















1 commentaire:
Vous n'écrivez rien sur l'usage de la torture par les "libérateurs" dénoncé par Amnesty. Certains ont des indignations successives, d'autres des indignations "sélectives"! Les gens que je connais qui travaillaient en Lybie avaient au moins un jugement (équilibré : régime policier d'un côté, très grande qualité de vie pour la population de l'autre). Le monde n'est pas noir ou blanc, vous saviez ?
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