OUVERTURE DE RAFAH : UN NON-EVENEMENT SECURITAIRE
Par Jacques BENILLOUCHE
L’ouverture de la frontière de Rafah entre Gaza et l’Egypte, le 28 mai 2011, dans les conditions où elle se fait actuellement, n’entamera pas la sécurité de l’Etat d’Israël. Les dirigeants sécuritaires israéliens en sont convaincus. Il s’agit surtout d’un symbole du désenclavement de la bande et de la volonté du nouveau régime égyptien de se rapprocher du Hamas pour être éventuellement accepté comme intermédiaire agréé par les deux parties. Hosni Moubarak avait été toujours suspecté d’être inféodé aux occidentaux puisqu’il acceptait le même blocus qu’Israël imposait à Gaza. D’ailleurs, il n’y a pas eu de levée de bouclier de la part des dirigeants israéliens qui ont adopté un profil bas car ils pensent que cette ouverture permettra de décompresser le sentiment d’étouffement d’une population déjà soumise au matraquage du régime islamique. L’accès à des soins médicaux pointus, à des études universitaires à l’étranger et les possibilités de voyages seront perçus comme une bouffée d’oxygène par les arabes de Gaza.
Limitations draconiennes
En fait, les limitations draconiennes imposées par l’Egypte tendent à ne pas inquiéter les israéliens. Les femmes, les enfants et les hommes de plus de 40 ans peuvent circuler librement mais les hommes âgés de 18 à 40 ans ainsi que les originaires de Cisjordanie doivent obtenir un visa pour traverser la frontière qui restera ouverte durant six jours par semaine. Le Hamas tient lui aussi à s’assurer de la qualité des voyageurs puisque les déplacements de sa population ne sont autorisés qu’en bus qu’il peut mieux contrôler que les taxis.
Le poste douanier de Rafah n’est pas encore autorisé aux marchandises qui continueront à utiliser les points de passage israéliens soumis à un contrôle strict de la part des services de sécurité. Les armes, les missiles et les terroristes continueront cependant à transiter via les centaines de tunnels de contrebande qui assurent des revenus confortables aux autorités du Hamas et qui restent sous leur seule supervision. Les policiers égyptiens ont assuré Israël qu’ils contrôleront avec beaucoup de minutie les valises des voyageurs pour intercepter les armes et les explosifs mais ils ne se sont pas engagés à verrouiller le passage des masses d’argent, en provenance des amis islamistes étrangers, nécessaires à la survie du régime de Gaza soumis à un boycott financier de la part du Fatah.
Cette liberté de circulation sera perçue par la population comme une amélioration de son sort qu’elle ne voudrait pas entacher par des tirs de roquettes qui pourraient contraindre les autorités égyptiennes à refermer la frontière sous la pression des américains et des israéliens. Israël a misé sur cette volonté de laisser le passage toujours ouvert.
Certains nationalistes israéliens interprètent cette décision de réouverture de la frontière égyptienne comme un signe de changement de la politique du nouveau régime égyptien intervenant après sa décision de renouer des relations diplomatiques avec l’Iran. Le vice premier ministre Sylvain Shalom a exprimé ses craintes à la radio que « ce développement dangereux n’accroisse la contrebande d’armes, d’explosifs et d’agents d’Al-Qaeda à Gaza ». Il feint d’ignorer que le blocus n’a jamais permis de mettre fin à cette contrebande et que des armes et des fusées, d’origine iranienne, introduites à destination du Hamas, sont en libre circulation.
En ne s’opposant pas frontalement à l’ouverture de la frontière de Rafah, les dirigeants israéliens espèrent que la liberté de circulation des hommes d’affaires permettra d’améliorer les conditions économiques de la bande de Gaza pour les amener au niveau de celles de la Cisjordanie, en croissance de 10%. Benjamin Netanyahou avait toujours prôné la « paix par l’économie ». Il fait donc le pari que le Hamas suivra la stratégie du développement de son économie.















1 commentaire:
ne faisons pas les bisounours, il faut clairement craindre le pire !
j'ai beaucoup d'estime pour l'oeuvre d'Ariel Sharon en general, mais abandonner Gaza comme il avait choisi de le faire, cela ne pouvait mener qu'à ce genre de situations...
Enregistrer un commentaire