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samedi 28 mai 2011

L’ATONIE DE LA GAUCHE EN ISRAEL MINE LE PROCESSUS DE PAIX




L’ATONIE DE LA GAUCHE EN ISRAEL MINE LE PROCESSUS DE PAIX

Par Jacques BENILLOUCHE
Les travaillistes Bensimon, Peretz et Cabel

            

 

           L’appel signé par une douzaine d’intellectuels de gauche pour exhorter les dirigeants européens à reconnaître officiellement un État palestinien, sonne comme un chant de mort de la gauche israélienne. S’il a reçu un certain écho à l’étranger, il n’a eu aucune portée locale car, peu connus du grand public, les signataires n’ont pas le charisme nécessaire pour réveiller l’opinion publique acquise en majorité aux thèses de droite. Ils affirment que « la paix est devenue l’otage du processus de paix » mais l’appel sonne creux parce qu’il n’est signé que par des juifs accusés d’être toujours en première ligne pour défendre des palestiniens qui, eux, ne montrent aucun activisme pour s’associer avec des représentants juifs. Ces déclarations, contrairement à l’aspect médiatique qui leur est donné, ne font pas avancer le processus de paix.

 

Une gauche inaudible

 

La gauche est laminée en Israël depuis la déconfiture aux dernières élections de 2008 qui la rendue inaudible. A l’occasion d’un débat sur l’avenir des territoires, le 24 mai 2011,  entre le professeur Denis Charbit et le chantre de la droite nationale Jacques Kupfer, l’assistance était à 80% favorable aux thèses démagogues de celui qui est assimilé au Le Pen israélien pour ses prises de position tranchées sur les arabes.  Selon lui, les palestiniens doivent être expulsés, manu militari, comme le furent les habitants juifs des implantations de Gaza. Ceux qui seraient exceptionnellement maintenus dans leurs foyers seraient privés des droits politiques, des avantages et des prestations israéliennes. Il considère les israéliens qui s’élèvent contre ces mesures comme des traitres au pays.

Le parti travailliste était déjà dans le coma et sa mort est à présent programmée depuis la scission qui a poussé Ehud Barak, ministre de la défense, à partir avec la moitié de ses députés pour fonder le micro parti « Indépendance », entièrement inféodé au Likoud de Benjamin Netanyahou. L’ancien responsable du parti avait concentré sur lui toutes les haines de ceux qui lui refusaient le rôle de leader parce qu’ils l’assimilaient à un infiltré du parti majoritaire de la droite.

            Les jeunes rebelles du parti ont déçu par leur passivité à l’instar du député Daniel Bensimon, ancien journaliste à Haaretz, qui avait déclaré que « le parti travailliste est arrivé au département des soins intensifs, et qu'il fallait maintenant que quelqu'un vienne en urgence lui prodiguer le remède nécessaire à son rétablissement ». Il avait quitté la présidence du groupe travailliste à la Knesset parce qu’il estimait « qu’il faudrait une refondation totale du parti afin qu'il puisse encore attirer des électeurs ». Mais il n’a rien fait pour mettre ses actes en accord avec ses paroles tandis que ses amis l’accusent à présent d’être allé à la soupe depuis son élection comme député.

            Les principales figures charismatiques, Yossi Beilin en particulier, ont lâché le parti.  Ce travailliste, homme de gauche convaincu, avait été longtemps associé au pouvoir du temps où les socialistes conduisaient la politique d’Israël. Son nom restera associé aux accords d’Oslo de 1993 , aux pourparlers de Taba en 2001, à l’initiative de paix de Genève conjointe avec certains dirigeants palestiniens et au processus de paix israélo-palestinien en général.  Il avait quitté le parti travailliste pour les affaires  en abandonnant son mandat parce qu’il était déçu de n'avoir pas pu mettre en application ses idées de paix au sein d’un parti orienté vers une politique centriste. Toutes les figures  montantes, représentant pour l’occident les symboles du camp de la paix, ont aussi déserté pour s’enfermer dans le silence.

           
Erosion du camp de la paix

            Le déclin de la gauche tend à expliquer l’érosion en Israël du camp de la paix qui s’étiole à la Knesset. Les travaillistes avaient soutenu tous les processus de paix avec les palestiniens et quand ils étaient au pouvoir, ils ont été à l’origine des accords d’Oslo de 1993 signés par Yitzhak Rabin et le chef de l’OLP, Yasser Arafat. Ces accords avaient créé à l’époque un souffle d’optimisme auprès d’une population qui espérait une fin rapide des hostilités. Mais le rejet par les palestiniens, quelques années plus tard, d’une proposition de Barak de céder 93% de la Cisjordanie, a sonné le glas à toute espérance de résolution pacifique du conflit. Tous ceux qui ont cru à la paix ont été désabusés et, convaincus que les palestiniens n’avaient pas de volonté affichée de cosigner un accord même imparfait, des bataillons d’électeurs de gauche ont paradoxalement rejoint en masse le camp nationaliste, le seul selon eux à garantir la sécurité si la guerre devait perdurer.
            A partir de 2001, la déroute systématique du parti travailliste aux élections l’a marginalisé pour le transformer en parti d’appoint dans des coalitions de droite avec Ariel Sharon puis du centre avec Ehud Olmert. Le nombre de députés, réduit en peau de chagrin, le disqualifie aujourd’hui pour constituer une alternative politique crédible. La création de Kadima lui a donné le coup de grâce puisque des personnalités marquantes ou historiques l’ont déserté avec à leur tête Shimon Pérès. La politique suivie par Tsipi Livni ne se distingue plus en effet de celle des travaillistes qui prônent, eux-aussi, la nécessité d’un dialogue avec les palestiniens et l’acceptation du principe de deux Etats pour deux peuples.
            Le parti se rétracte alors sur lui-même, revient sur ses vieilles positions, s’appuie sur des dogmes périmés, n’innove plus, ne bouge pas, et ne se remet pas en cause. Au lieu d’analyser les vraies raisons de leur déclin, les travaillistes attribuent leur défaite à une dérive centriste, sinon droitière, de l’électorat israélien, ce qui n’est pas totalement inexact.
           
Assimilation de la défaite

            Les dirigeants travaillistes n’ont jamais tiré les leçons de leur échec. Le parti, pourtant solide et bien implanté dans le paysage politique, est soutenu par des milliers de militants encartés et de cadres actifs expérimentés détenant le pouvoir dans plusieurs grandes villes. Pourtant le moral est bas parce que les socialistes ont accusé leur secrétaire général, Ehud Barak, d’avoir tardé à prendre les mesures pour assimiler la défaite, pour entamer le travail de rénovation et pour faire émerger de nouveaux jeunes leaders. Il en ressort ainsi une impression de chaos généralisé dont nul n’entrevoit la fin.
            Le parti ne manquait pas de talents mais les ambitions ont été étouffées. Le premier ministre Netanyahou a exploité le désarroi des vaincus tandis que les travaillistes se taisent, temporisent et fourbissent des armes démodées. Ils vivent dans le souvenir des victoires passées tandis qu’aucun leader charismatique n’arrive à faire vibrer la masse disciplinée de ceux qui, naguère, ont mené Rabin à la victoire. En l’absence de stratégie de reconquête, un boulevard s’ouvre à la droite qui peut continuer à occuper le terrain dans l’atonie complète de l’opposition.   
            De nombreux députés regrettent aujourd’hui de n’avoir pas appuyé Tsipi Livni dans le cadre d’une coalition centriste-travailliste. Mais à l’époque, Barak avait senti que Kadima lui proposait en fait le baiser de la mort dans une stratégie d’absorption de son parti. Faible et laminée, la gauche n’est plus crédible quand elle cherche à convaincre que le processus de paix n’est pas définitivement enterré. Son accointance avec la droite nationale a rendu  impopulaire l’idée même de paix. Le parti ne fédère plus et les clivages communautaires ont refait surface.
             Cette faiblesse politique des travaillistes permet au premier ministre de camper sur une position intransigeante sachant que le pouvoir ne risque pas de lui échapper. Il est au firmament des sondages et sa dernière visite aux Etats-Unis, où il n’a rien proposé ni rien dit de nouveau, le conforte dans son bras de fer avec Barack Obama. Il n’a pas besoin de faire de propositions aux palestiniens et encore moins d’expliquer la politique future qu’il compte suivre au Proche-Orient. Le déclin des travaillistes risque de sonner le glas à un accord de paix avec les palestiniens. La maladie socialiste, si elle se prolonge, risque aussi de contaminer la démocratie dont la vivacité faisait l’originalité de l’Etat d’Israël. Les extrêmes imposeront alors leurs vues au grand détriment de la stabilité de la région.

1 commentaire:

AMMON a dit…

Il semble que se soit la problématique de beaucoup de partis de gauche et pas qu'en Israel. Les hommes ou femmes politique ne remplissent plus leurs mandats d'une façon correcte et les gens s'en détournent. La pensée unique a fait place à la critique constructive et responsable.
Votre analyse me convient.
Jean-Claude