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mardi 3 mai 2011

BEN LADEN : UNE PERTE POUR AL-QAEDA A GAZA




BEN LADEN : UNE PERTE POUR AL-QAEDA A GAZA

Par Jacques BENILLOUCHE

L’élimination d’Oussama Ben Laden a été annoncée en Israël, le jour de « Yom Ha shoah » qui commémore les victimes civiles des camps de la mort. Les israéliens voulaient y voir un symbole, celui de la destruction inéluctable de tous ceux qui œuvrent pour leur disparition. Ben Laden avait toujours affirmé sa volonté de détruire Israël . Bien sûr, les déclarations des dirigeants israéliens sont élogieuses à l’encontre du commando qui a réalisé cet exploit mais elles ne sont pas pour autant triomphantes car la chute de Ben Laden aura des répercussions certaines au Proche-Orient.

Pas de triomphalisme

Le président israélien Shimon Pérès a affirmé que « l'élimination de Ben Laden est l'une des prouesses les plus importantes du monde libre, et une prouesse remarquable du président américain Barack Obama, qui a donné les ordres. Des terroristes et meurtriers si dangereux ne doivent pas se croire à l'abri. Aujourd'hui, le monde est meilleur sans lui ». La chef de l'opposition israélienne, Tsipi Livni, a elle aussi réagi en estimant que ce raid « marquait un changement dans l'équation de la lutte du monde libre contre le terrorisme. Cela prouve que la lutte incessante contre le terrorisme, sans compromis, aboutit ».
Une source de nuisance disparait certes parce qu’elle était la cause d’une grande surenchère entre les factions antagonistes à Gaza, entrainant les dirigeants palestiniens vers une certaine réserve, sinon vers une intransigeance, vis-à-vis du dialogue avec Israël. Mais les risques de représailles de la part de groupes radicaux incontrôlables poussent les israéliens à la prudence parce qu’ils sont bien placés pour savoir qu’ils ont affaire à une hydre à plusieurs têtes et que le successeur de Ben Laden est déjà en place.
Les organisations arabes ne désarment pas. Le gouvernement Hamas de Gaza, par la voix de son chef Ismaël Haniyeh, a condamné l’élimination de Ben Laden : « Cet acte s’inscrit dans la politique américaine qui vise à opprimer l’Islam et à faire couler le sang arabe ». Il a ensuite rendu hommage au « Shahid » disparu. Le porte-parole des Frères musulmans, Jamil Abou Bakr, a lancé une mise en garde : « Al-Qaeda sera probablement affectée par la mort de son chef Oussama ben Laden, mais si la communauté internationale ne change pas son attitude envers l'islam, la question palestinienne et son soutien aux tyrans corrompus, d'autres mouvements semblables à Al-Qaeda verront le jour ». Il a également précisé que désormais « il n'y a plus de raisons à la présence américaine en Irak et en Afghanistan et que les Etats-Unis doivent donc se retirer de ces deux pays ».

Trois factions pour un même islam

Le Hamas n’a pourtant jamais été l’ami d’Al-Qaeda. Ce mouvement fondé en 1987 s’était récemment implanté à Gaza en se portant concurrent du Hamas et du Djihad islamique. Le Hamas, proche de la doctrine des Frères musulmans importée d’Egypte, représentait l’islam traditionnel. Le Djihad islamique, issu d’une scission du Fatah s’était mis aux ordres de l’Iran par l’intermédiaire des pasdarans, parce qu’il se voulait révolutionnaire en refusant de s’impliquer dans l’action sociale pour se concentrer sur la lutte armée. Alors qu’il n’était pas chiite, il tenait à sa distinction comme mouvement salafiste influencé par la révolution iranienne et par des penseurs chiites et iraniens.
Al-Qaeda de Oussama Ben Laden, s’affichait en revanche comme une organisation d’inspiration sunnite fondamentaliste et étendait son réseau d’influence à travers le monde grâce à des cellules disposant de liens avec tous les extrémistes sunnites. Elle tient sa force, qui à certains égards pouvait être sa faiblesse, d’une structure non hiérarchisée sous influence totale de l’Afghanistan.

Objectif Al-Qaeda

Les forces américaines poursuivaient sans cesse les leaders jusqu’à les abattre à Gaza par un missile tiré par un navire de la VIème flotte américaine de la Méditerranée . Les américains, les israéliens, les égyptiens et les jordaniens coopèrent étroitement contre l'Armée de l'Islam, un mouvement proche d'Al-Qaeda qui opère à Gaza et dans le Sinaï.
Les services de renseignements occidentaux suivaient de près les implantations dans la région car les militants représentaient une forte puissance de combat. Ecarté d’Irak, le groupe terroriste avait créé une infrastructure dans l’est de la Syrie, à proximité de la frontière irakienne en collaboration avec des baasistes du régime de Saddam Hussein. Un officier américain avait estimé dans le « Longwar Journal » que « la préoccupation majeure est que la Syrie va commencer à ressembler au nord-ouest du Pakistan où Al-Qaeda a uni ses forces avec les talibans ». 
La surenchère s’exprimait sur le terrain puisqu’Al-Qaeda a cherché à défier le Hamas en août 2009 en proclamant la « création d’un émirat islamique » à Gaza. Des heurts ont ainsi entrainé la mort de huit militants et 80 personnes ont été blessées. Il est acquis que le groupe inspiré par Oussama ben Laden a réalisé l’enlèvement du soldat Guilad Shalit en liaison cependant avec le Hamas. Il a même réussi à débaucher quelques djihadistes qui ont constitué « l’armée des Croyants » en affirmant : « nous n’avons pas de liens organiques avec Al-Qaeda mais nous partageons son idéologie ».
Les israéliens voyaient d’un mauvais œil le développement à Gaza de groupes à l’idéologie radicale qui poussaient le Hamas à refuser la trêve conclue avec Israël et qui appliquaient à la lettre les directives de leur inspirateur. Ben Laden avait exigé d’internationaliser le combat des palestiniens en formant en Afghanistan de nombreux volontaires étrangers, dont une dizaine de français, qui ont réussi à s’introduire à Gaza depuis l’Egypte et qui ont radicalisé les méthodes de combats des palestiniens. Le plus grand groupe Al-Qaeda dans la bande de Gaza, Al-Tahwir Al-Jihad, serait d’ailleurs à l’origine de l’enlèvement et de l’assassinat, le 14 avril, du militant pacifiste italien Vittorio Arrigoni.
La probable chute de Bassar Al-Assad, et par conséquence l’affaiblissement de l’influence de l’Iran au Proche-Orient, ainsi qu’à présent l’élimination du grand chef terroriste pourraient décourager les partisans radicaux du combat à outrance contre Israël. Une petite fenêtre semble s’ouvrir dans l’attente de la prise de fonction du remplaçant de Ben Laden. Ce succès américain semble cependant décevoir ceux des israéliens qui espéraient le départ de Barack Obama, jugé anti-israélien, qui se voit conforté dans son rôle de leader du monde libre. Il prouve qu’il a été plus efficace de George W. Bush et qu’il a préféré les actes aux paroles. Sa volonté de poursuivre les terroristes, partout où ils se cachent, enchante les partisans israéliens de la méthode forte qui pourraient à présent adouber le président américain.    

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