LE VICTORIA CONFIRME L’IMPLANTATION DE L’IRAN EN SYRIE
Par Jacques BENILLOUCHE
L’arraisonnement du navire Victoria chargé d’armes à destination probablement des militants du Hamas confirme que l’Iran poursuit tranquillement son plan d’action dans la région tandis que les objectifs des caméras se tournent vers des horizons plus agités. Le bâtiment, navigant sous pavillon libérien et appartenant à une compagnie allemande, a été affrété par une société française. Après avoir pris son chargement au port de Lattaquié en Syrie, il a fait une escale technique au port de Mersin en Turquie pour prendre ensuite la direction d’Alexandrie ou d’El Arish en Egypte.
L’Iran dévoile ainsi l’objectif qu’il s’était donné en faisant traverser le canal de Suez à deux de ses navires de guerre qui ont rejoint le port de Lattaquié en Syrie le 25 février.
Base navale iranienne
Les services de renseignements israéliens avaient découvert l’objectif réel de cette expédition qui n’avait pas uniquement pour but d’afficher une présence navale au large des côtes israéliennes, inédite depuis 1979. L’Iran avait en effet planifié la construction de sa première base navale en Méditerranée, dans un port syrien pour être plus proche de ses alliés de Syrie, du Hamas et du Hezbollah. Les Gardiens de la Révolution ont installé une base dans le port avec leur propre dépôt d’armement et leurs infrastructures techniques. Ils ont planifié des travaux d’élargissement et d’approfondissement afin de doter le port de Lattaquié d’installations permettant l’accueil des gros navires militaires et des sous-marins.
En consolidant sa présence à proximité immédiate des frontières israéliennes, à 280 kms des premières villes du nord, l’Iran voulait ouvrir un nouveau front contre Israël tout en installant à proximité de ses protégés un lieu de stockage d’armement.
Le croiseur Kharg, escorté par la frégate Alvand, était chargé de déposer les premières équipes techniques chargées de la construction du nouveau port « iranien » en Syrie. Cette installation était synchronisée avec l’annonce par le ministre russe de la défense, Anatoli Serdioukov, de la vente de missiles antinavires Yakhont, probablement les plus rapides au monde selon les spécialistes. Ce missile, capable de voler au raz de la mer pour éviter la détection par les radars, peut atteindre les villes côtières israéliennes grâce à sa portée de 300 kms. Les vedettes israéliennes n’auront plus la maitrise maritime dans la région tandis que l’Iran risque de donner un coup à l’hégémonie maritime israélienne au Proche-Orient.
La Russie semble avoir donné sa caution pour garantir la sécurité de ce nouveau port protégé par la présence voisine, à 72 kms, de la base russe de Tartous. En cherchant à contrer l’omniprésence de la VIème flotte américaine, la collaboration entre les flottes russe, syrienne et iranienne brouille l’attitude des russes dans le conflit du Proche-Orient.
Double jeu syrien
La Syrie démontre aussi son double jeu puisqu’elle se réarme tout en affichant sa volonté d’une reprise du dialogue de paix avec Israël. Le ministre syrien de la défense Ali Mohammed Habib ne cache pas l’objectif qu’il cherche à atteindre puisqu’à l’occasion d’une cérémonie à Damas en l’honneur de l’amiral iranien, l’habibollah Sayyari, il a déclaré que : « La présence des navires de guerre iraniens dans la mer Méditerranée pour la première fois après 32 ans est un grand mouvement qui va paralyser Israël. »
Benjamin Netanyahou a tenu à démontrer qu’il restait le maitre des évènements. Il a donc donné l’ordre à sa marine d’arraisonner le Victoria à 200 miles nautiques à l’ouest des côtes israéliennes. Les troupes d’élite de la Shayetet 13, les mêmes qui ont opéré contre la flottille de Gaza, ont pris le contrôle du navire, sans combat, et l’ont redirigé vers le port israélien d’Ashdod. De grandes quantités d’armement ont été découvertes dans les containers du Victoria en particulier : 2.500 obus de mortier, 6 missiles antinavires C-704, 2 systèmes de radars, deux lanceurs et de nombreuses munitions de calibre moyen.
Cette opération rappelle l’épisode du Karine-A. Israël avait alors saisi en mer Rouge, le 3 janvier 2002, un navire qui transportait 50 tonnes d'armement, notamment des roquettes katioucha, des roquettes anti-char, des obus de mortier, des mines et 1,5 tonne d'explosifs. Ce matériel avait alors été financé par le Fatah de Yasser Arafat.
Les israéliens tiennent à la transparence de leur opération puisqu’ils ont convié les Ambassadeurs occidentaux en poste en Israël à se rendre à Ashdod pour assister à l’ouverture des conteneurs d’armes du Victoria. Les services secrets, qui suivaient ce navire depuis plusieurs jours, sont convaincus que les armes étaient destinées au Hamas et qu’il s’agit de matériel très sophistiqué. Ce transfert pouvait facilement s’opérer depuis que les nouvelles autorités égyptiennes avaient décidé de la réouverture de la frontière de Gaza à Rafah. Le port d’El Arish permettait par ailleurs une proximité avec les tunnels de contrebande.
Cependant il semble bien que les égyptiens veillent à ne pas laisser des transferts d’armement s’effectuer contre leur volonté. Des responsables sécuritaires israéliens confirment que les forces armées égyptiennes ont saisi cinq véhicules transportant des armes en provenance du Soudan destinées à la bande de Gaza. Les véhicules ont été interceptés dimanche en territoire égyptien, près de la frontière avec le Soudan, après une fusillade qui a fait de nombreux blessés. Les camions transportaient de grandes quantités de mortiers, de lance-grenades, de fusils ainsi que des explosifs à destination du Hamas et de ses alliés d’Al-Qaeda au Sinaï.
Nuisance iranienne
Les israéliens ont toujours estimé que la capacité de nuisance des iraniens était mal évaluée par les occidentaux et ils ne perdent jamais l’occasion de démontrer les menées hasardeuses du régime des mollahs.
Les émeutes dans les pays arabes semblent revigorer un Iran qui avait subi durant ces derniers mois des déconvenues qui l’avaient décrédibilisé. L’épisode du virus Stuxnet contre les usines nucléaires iraniennes lui avait porté un sérieux coup. S’il n’est pas l’instigateur des soulèvements arabes, il semble bien qu’il veuille récupérer à son profit le mécontentement des émeutiers dont la majorité désorganisée est à la recherche d’une doctrine pour consolider sa révolution. Mais il ne perd pas de vue que sa cible principale reste Israël et qu’il peut compter sur la passivité actuelle des Etats-Unis pour parfaire l’encerclement militaire total d’Israël. En perturbant les axes maritimes voisins de l’Etat juif par la création d’une base maritime, il cherche à augmenter la charge de défense d’Israël dans un domaine où l’Etat juif était jusqu’alors le maitre dans la région. Il permettrait aussi un transfert d’armes de haute technologie par les voies maritimes à tous les protégés des iraniens. L’arraisonnement du Victoria donne un coup d’arrêt temporaire à ces projets.















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