BILLET D’HUMEUR : LE LOUP CHINOIS DANS LA BERGERIE
par Jacques BENILLOUCHE
Agan est l'un des plus grands producteurs israéliens de produits chimiques agricoles pour la protection des cultures. Il approvisionne les marchés à travers le monde avec une gamme complète d'herbicides éprouvée sur le terrain, d’acaricides et de régulateurs de croissance. La société exporte plus de 90% de sa production à travers une centaine de pays, en concurrence avec les multinationales chimiques de premier plan. Agan, qui s’insère parmi les grands conglomérats israéliens, a été créé dans la zone industrielle d’Ashdod et emploie plus de 500 salariés. Ses ingénieurs de recherche sont parmi les plus créatifs, les plus originaux et les plus efficaces pour la découverte de nouvelles lignes de production.
Nochi Dankner, propriétaire d’Agan, a négocié la cession de son usine aux chinois, plus précisément à Chemchina. Il est étonnant que le gouvernement israélien, dans sa grande libéralité, n’intervienne pas pour bloquer le transfert d’un des plus beaux fleurons chimiques vers des mains étrangères. Dans le cadre de la protection des tissus industriels, il revient au ministre de l’industrie de rechercher, auprès d’investisseurs israéliens, des candidats nationaux à la reprise de cette société.
Nous connaissons les méthodes chinoises appliquées dans d’autres pays et leur façon progressive et discrète de s’approprier le know-how des occidentaux. Ils commencent par remplacer une partie du personnel, aux postes sensibles, pour éliminer les blocages des transferts de technologie puis remplacent les ouvriers d’Ashdod et de Beer-Cheva par des ouvriers chinois aux salaires plus réduits.
Les syndicats négocient actuellement pour garantir l’emploi en obtenant des conditions financières pour les préretraités ou pour les départs volontaires. Mais l’inquiétude sous-jacente ne concerne pas ces centaines d’emplois mais le risque de voir à moyen terme la production se décentraliser en Chine, là où les salaires sont les plus bas et où la contestation sociale est inexistante.
Cette introduction de la Chine dans les rouages industriels d’Israël préfigurera d’autres car les appétits des « fourmis discrètes » sont énormes. Les chinois disposent de la plus grande réserve de change du monde, avec 2 450 milliards de dollars d’actifs, deux fois le budget annuel de la France, composée à 65% en dollars, 26% en euros, 5% en livres sterling et 3% en yens. Israël sera donc bientôt colonisé par des gloutons chinois qui accapareront tout ce qui aura de plus dynamique dans le pays.
Un seul regret à soulever cependant ; les hommes d’affaires israéliens sont dénués de tous sens national puisqu’au nom de la rentabilité de leurs sous, ils sont prêts à brader l’avenir industriel de leur pays.
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