BILLET D’HUMEUR : LE SUSPENSE COREEN
Par Jacques BENILLOUCHE
Il n’y a plus de suspense. Le monde s’était arrêté de vivre dans l’attente cruciale de l’annonce. La Corée du nord nous faisait languir depuis plusieurs mois mais, à présent enfin, l’héritier est désigné. Sa carrière a été fulgurante à la manière des officiers de Napoléon puisqu’il a été nommé général quatre étoiles, à l’âge de 27 ans, en ayant gagné ses galons dans un campus d’étudiants en Suisse. Il n’a aucune formation militaire ni politique, il n’a rien appris mais il a des relations au sommet. Kim Jung-un, fils de son père Kim Jung-il, a été porté à la vice-présidence du pays pour succéder au leader suprême lorsque le Ciel le décidera. Le népotisme règne en Corée du nord depuis 1948, année de sa fondation par Kim Il-sung qui l’a dirigée d’une main de fer jusqu’à sa mort en 1994. Nous avons pu découvrir enfin le visage poupon de celui qui dictera sa loi dans l’un des pays les plus fermés du monde.
Les observateurs politiques occidentaux ne laissent pas d’étonner car ils se montrent ouvertement rassurés et teintent leurs commentaires de sournoiserie politique. En effet, ils ne s’inquiètent nullement de la pérennité d’une dictature obscurantiste mais ils semblent réconfortés à l’idée que rien ne changera, ni pour les coréens et ni pour les autres : « Une succession sans heurts représente un soulagement pour les pays de la région, Corée du sud, Japon et Chine qui pouvaient redouter un effondrement du régime de nature à provoquer des troubles intérieurs et un afflux de réfugiés ». Ce commentaire judicieux camouffle étrangement une lâcheté politique qui exige que l’échiquier mondial doive rester figé dans l’intérêt égoïste de quelques pays. Les Grands de ce monde peuvent enfin dormir tranquilles. Ceux qui pourraient s’inquiéter du jeune âge du prétendant, ou de son célibat, peuvent être rassurés car la sœur de Kim Jung-il était à ses côtés, avec son mari, au défilé d’intronisation pour signifier à son neveu qu’elle le soutiendrait comme naguère les Régentes assuraient la survie de la dynastie royale. Le seul changement notable provient de la photo officielle qui montre des dignitaires coréens, aussi tristes que naguère, mais ayant troqué le costume Mao pour la tenue impérialiste, costume trois-pièces et cravate.
Les coréens sont certainement plus dans le vrai que nous. Ils ne perdent pas leur temps à des élections qui coûtent cher au budget de l’Etat et qui attisent les convoitises, les haines et les passions. Un seul homme décide et le peuple le suit aveuglément car le leader détient seul la vérité. Les pays occidentaux, Israël en particulier, devraient prendre exemple sur une passation de pouvoir en douceur, sans rancœur ni grincements de dents. Pas de Premier ministre à choisir parmi les moins méritants, pas de chef d’Etat-major à désigner pour ses accointances politiques et enfin pas de nominations fondées sur les incompétences. D’ailleurs il faut profiter de l’absence de Constitution en Israël pour en créer une instituant automatiquement, dans tous les domaines politique militaire et industriel, la succession des enfants aux pères. L’héritage perpétuel en quelque sorte. Le calme et la continuité seront ainsi assurés. Ceux qui s'opposeraient se verraient prescrire un stage de rééducation en Corée du nord pour les ramener à la raison.

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