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jeudi 19 août 2010

REMOUS AU SEIN DE L’ARMEE ISRAELIENNE





REMOUS AU SEIN DE L’ARMEE ISRAELIENNE
Par Jacques BENILLOUCHE

A l’heure où Tsahal a besoin de consensus pour faire face au problème du nucléaire iranien et aux menaces du Hezbollah, les remous liés à la nomination du nouveau chef d’Etat-major israélien, devant remplacer le général Gabi Ashkénazi en février 2011, font désordre. Chaque jour des révélations sont publiées sur un prétendu « complot politique», une sorte de mini coup d’Etat ourdi par de hauts officiers dans le but de placer leur poulain à la tête de la première armée du Proche-Orient. Ces remous prouvent que Tsahal n’est plus à l’abri des magouilles politiques.

Faux documents
Des faux documents, comportant une série de recommandations censées avoir été fournies par un bureau d’étude à la demande du général commandant la région du centre, Yohav Galant, ont été divulgués pour le discréditer afin de le mettre hors-course. Les documents permettaient de rehausser le prestige du général Galant tout en discréditant ses rivaux ainsi que le chef d'Etat-major sortant qui lui seraient hostiles.

Il semble que la manœuvre avait aussi pour but de pousser le ministre de la défense à la démission. Minoritaire au sein du parti travailliste, il est en effet de plus en plus contesté par son comité central et il ne serait pas impossible que cette manipulation ait été fabriquée de toutes pièces pour le jeter hors du gouvernement. Cette « guerre des généraux », au moment critique où elle intervient, donne une image désastreuse à l’institution la plus protégée du pays. Elle prouve surtout que Tsahal n’est plus à l’abri des agissements douteux d’une certaine classe politique.

Ce poste sensible a toujours fait l’objet de convoitises ou de déceptions. Lorsque l’aviateur Dan Haloutz, ami proche d’Ariel Sharon, avait pris son poste en 2005 à la surprise générale, Gabi Ashkénazi avait décidé par dépit de quitter l’armée. Il reçut cependant une compensation en devenant directeur général du ministère de la défense. Il devait retrouver le poste qu’il convoitait, le 22 janvier 2006, à la suite de la démission forcée du chef d’Etat-major, critiqué alors pour la conduite de la guerre du Liban et du comportement désastreux des troupes terrestres.

Amitiés politiques
Les amitiés politiques ont souvent été à l’origine de ces nominations, parfois au détriment de l’efficacité. Les marchandages, liés à la réalité de coalitions hétéroclites, ont toujours conduit à écarter le prétendant le plus prestigieux, le plus médaillé et surtout le plus indépendant au profit d’un militaire plus effacé pouvant être mieux contrôlé. Ariel Sharon en avait fait lui-même la triste expérience puisque, héros de la guerre de 1973, il n’avait jamais obtenu ce poste prestigieux.

Cet incident a révélé une exception militaire en Israël. Chaque nomination de haut niveau de l’administration israélienne est soumise à un comité de sélection indépendant sauf celle du poste le plus important et le plus sensible pour le pays. Le chef de l’armée doit sa fonction à la discrétion d’une seule personne, en l’occurrence le ministre de la défense, même si par la suite, l’approbation définitive requiert l’imprimatur du gouvernement. Les pressions politiques ou les amitiés personnelles risquent de ne pas être étrangères à des décisions controversées. Certains anciens généraux, qui ont eu à souffrir de ce mode de désignation, souhaitent dorénavant la création d’une commission d’officiers et d’anciens officiers chargée de faire leur proposition au ministre de la défense.
La désignation au poste de ministre de la défense d’un général et non d’un civil a tendance à exacerber les relations avec la hiérarchie militaire et les tensions entre les deux têtes militaires du pays. La haine développée entre Barak et Ashkénazi n’est plus un mystère puisque le ministre a refusé de proroger le mandat du chef d’Etat-major comme il est souvent de tradition. Ashkénazi est pourtant doté d’une réputation d’homme intègre de grande honnêteté et intransigeant quant à l’application des règles militaires puisqu’il n’a pas hésité à limoger deux généraux qui avaient failli sur des problèmes mineurs. Aucune suspicion ne pèse donc sur lui.

Cependant les défis auxquels l’armée est confrontée sont nombreux mais les troubles qui la secouent peuvent réjouir les ennemis d’Israël. L’arrivée d’un nouveau chef de Tsahal, dans cette ambiance délétère, pourrait porter un coup au moral de l’armée et la désorganiser pendant plusieurs mois alors que se profile le danger d’un Iran nucléaire.

Conséquences dramatiques
Laver le linge sale en public laissera des traces. Même si le nom des coupables qui ont suscité ce faux sera divulgué, les dommages causés à l’institution militaire sont déjà d’une extrême gravité. La façon malsaine de présenter aux yeux du public des généraux qui se livrent à une concurrence impitoyable pour obtenir un poste prestigieux entachera l’image d’une armée qui vient à peine de sortir des déboires de la guerre du Liban et de celle de Gaza. Le meneur du groupe chargé de promouvoir la candidature du général Galant est connu des cercles militaires et médiatiques mais le public n’en saura rien pour protéger les hauts gradés de l’armée. L’opprobre rejaillira sur l’ensemble des forces armées qui auront du mal à surmonter leurs divisions internes.
Cette affaire ressemble étrangement à l’affaire Lavon lorsqu’en 1955 les services de renseignements militaires avaient construit de toutes pièces des fausses preuves pour prouver la responsabilité du ministre de la défense de l’époque, Pinhas Lavon, afin de camoufler leur propre échec dans des opérations douteuses. Il s’ensuivit un tremblement de terre politique qui mit fin aux fonctions du ministre mais aussi, par conséquence, du premier ministre David Ben Gourion. Il ne serait pas exagéré de voir une similitude dans ses deux affaires en ce qui concerne les conséquences dramatiques sur le milieu politique et militaire israélien.

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