vendredi 7 août 2009
Le Fatah navigue entre Gaza, Jérusalem et Washington
Le Fatah navigue entre Gaza, Jérusalem et Washington
La principale composante de l'OLP réunit son sixième Congrès à Bethléem.
mercredi 5 août 2009
Le Fatah a réuni le 4 août sa sixième assemblée générale à Bethléem, la première depuis vingt ans, après la fuite de la majeure partie de ses dirigeants du Liban vers la Tunisie. Les décisions seront difficiles à prendre lors de cette réunion en raison de la position inconfortable et ambigüe du parti. L'objectif premier de ce congrès consiste à contrer le Hamas qui cherche à être le principal sinon le seul, représentant des palestiniens en se posant en une force capable de négocier la paix et la création d'un Etat. Il faut dans le même temps que le Fatah prenne des positions fermes et tienne un discours dur face au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou au moment où ce dernier est sous la pression de l'administration américaine.
A l'ouverture des débats, Mahmoud Abbas a axé son discours sur «les princes des ténèbres», qualifiant ainsi les félons de Gaza « qui devraient suivre la voie des négociations tant qu'il restait ne serait-ce qu'un infime espoir». Pour faire un bon équilibre, il a ajouté quelques mots à destination des plus durs affirmant que «bien que la paix est notre choix, nous nous réservons le droit de résister». Ses propos ont été immédiatement appuyés par ceux du général Jibril Rajoub. Cet ancien homme de confiance de Yasser Arafat et actuel conseiller pour la sécurité nationale à la présidence de l'Autorité palestinienne a précisé que le Fatah «n'avait pas renoncé et ne renoncerait pas à l'option d'un combat armé.»
Les congressistes évoluent entre la logique de l'affrontement pour ne pas se faire marginaliser par le Hamas et celle d'une négociation en cherchant à profiter d'un contexte plus favorable à Washington. Les militants de Gaza contestent la légitimité de la représentation palestinienne tandis que ceux de Cisjordanie, lassés des guerres faisant des ravages dans l'économie et dans leurs rangs, voudraient bien en finir en choisissant la voie pacifique mais en ménageant la chèvre et le chou.
Les pragmatiques voient leur territoire se réduire en peau de chagrin et ne veulent plus perdre de temps pour voir la naissance d'un Etat même à l'issue d'un accord provisoire. Mais ils doivent se montrer aussi suffisamment anti-israéliens pour satisfaire les désidérata des extrémistes qui ne veulent en aucun cas d'un accord de paix et, suffisamment «modérés» pour ne pas rompre tout à fait les liens avec les Etats-Unis qui tiennent à inventer un nouveau processus de paix.
L'existence de deux entités palestiniennes antagonistes facilite la prise de décision antinomique ayant pour conséquence le blocage de tout processus de paix. Selon la thèse à défendre et en fonction de l'opportunité du moment, l'une ou l'autre est mise en avant. L'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) a été contrainte de signer les accords d'Oslo en 1993 avec comme condition impérative une timide reconnaissance d'Israël et pour le moins, le renoncement à sa destruction.
A l'opposé le Fatah, pourtant partie intégrante de l'OLP, représentant la branche armée, a choisit le combat comme seul moyen de recouvrer l'indépendance et refuse une quelconque reconnaissance d'un Etat juif en Palestine. L'autorité palestinienne subit donc ces contradictions. Et son leader n'a pas le charisme ni les moyens d'imposer sa volonté comme le faisait Yasser Arafat. Il est contraint de transiger, une fois à droite, une fois à gauche, pour assurer la cohésion de son parti.
Israël joue sur du velours
Israël, pendant ce temps, joue sur du velours puisqu'il reporte sur les palestiniens la responsabilité d'une inaction, sinon d'une rupture, en critiquant leur refus d'une reconnaissance claire et non ambiguë de son existence. Cette dichotomie entre paix et poursuite du combat attise la méfiance et fournit des arguments à la droite nationale israélienne qui s'oppose à toute négociation et à tout retrait des implantations de Cisjordanie.
Le double langage des palestiniens, oscillant entre lutte armée ou combat politique, a toujours été utilisé par Israël pour freiner toute avancée dans le processus de paix. Ils doutent des intentions pacifiques des palestiniens car les uns et les autres se contredisent sur la stratégie à suivre. Alors, la sécurité étant le crédo de tous les gouvernements, ils l'améliorent ou la consolident en étendant précisément les implantations en Cisjordanie. Les palestiniens ne semblent pas avoir compris que certains en Israël ont plus peur de la paix que de la guerre.
Nouvelle gouvernance
Des officiels militaires israéliens, qui ont approché le chef de l'Autorité, rapportent que Mahmoud Abbas a exprimé une certaine lassitude de n'avoir pas su fédérer son peuple. La remarque de Samy Abou Zohri, porte parole du Hamas l'accusant «d'avoir été élu à la tête de l'autorité palestinienne, et non pas du peuple palestinien» l'a profondément marqué. C'est pourquoi, désintéressé du combat politique et désabusé par ses échecs répétés, il semble résigné à céder sa place à condition que la charge n'échoie pas à un dirigeant du Hamas. A l'occasion de la démission de son Premier ministre Salam Fayed, le 7 mars 2009, il avait bien tenté de remettre de l'ordre dans l'Autorité pour prouver qu'il en était le chef mais sans réel succès.
Les observateurs israéliens estiment que l'objet du Congrès est à rechercher ailleurs, dans le remplacement de Mahmoud Abbas. Seul son retrait pourrait faciliter une réconciliation avec le Hamas et le retour de Gaza dans le giron d'une Autorité remaniée. Les congressistes pourraient sortir de leur chapeau un nouveau dirigeant capable de fédérer toutes les tendances. Un héros respecté par tous les militants, Mohamed Ghneim, exilé depuis la Guerre de Six Jours de 1967, vient d'obtenir d'Israël le droit de se rendre à Ramallah, après 40 ans d'absence.
Netanyahou n'a pas donné l'accord de son retour à la légère. Il reste persuadé que Mahmoud Abbas n'est plus un partenaire crédible jouissant de la confiance de son peuple et préfère négocier avec une personnalité nouvelle. Abou Maher, nom de guerre de Ghneim, ou quelqu'un d'autre disposant d'une certaine aura, pourrait lui convenir. Le changement de gouvernance aura au moins l'avantage de lui faire gagner du temps car c'est de cela dont il a le plus besoin. Bien sur, le vétéran du Fatah ne pouvait pas désavouer ses amis et son premier discours tendait à s'attirer les faveurs de tous les militants: «Je suis venu dans ma patrie pour affirmer que nous poursuivrons la lutte jusqu'à la libération». Lutte militaire ou politique? Guerre ou paix? Sera-t-il le de Gaulle palestinien?
En tout état de cause, les palestiniens doivent retrouver de la crédibilité vis-à-vis des américains et de l'Europe. Ils devront apprendre à parler d'une seule voix pour appliquer une seule politique. Il faut souhaiter qu'elle soit claire et pragmatique.
Jacques Benillouche Slate.fr
samedi 1 août 2009
Netanyahou, premier ministre à tout prix
Netanyahou, premier ministre à tout prix
par Jacques BENILLOUCHE Slate.fr
mardi 28 juillet 2009
La passivité de Benjamin Netanyahou devant la désobéissance des colons est déconcertante. Il n'est pas de jour sans que de jeunes adolescents, portant kippa et châles religieux, et chauffés à blanc par leurs rabbins, soient envoyés pour installer en toute illégalité des avant-postes en Cisjordanie. Sitôt détruits, ils sont immédiatement reconstruits face à une armée et une police déroutées par tant d'agressivité, qui tentent d'éviter la manière forte. Les jeunes colons narguent ouvertement un gouvernement qui ne peut intervenir sans mettre en danger sa coalition fragile, constituée avec les nationalistes de Lieberman et les orthodoxes du Shass. Et fait nouveau, ils provoquent le seul allié inconditionnel de l'Etat hébreu.
Ces activistes s'en prennent en effet directement aux Etats-Unis. Des centaines de militants d'extrême droite, rassemblés à Jérusalem lundi 27 juillet, ont protesté contre la demande des Etats-Unis de geler la construction en Cisjordanie. Ils se sont dirigés vers le consulat américain aux cris de «Obama, Mitchell, à la maison». Ils étaient accompagnés par de nombreux députés de la majorité qui, par leur présence, cautionnaient cette attaque frontale contre les Etats-Unis.
La décision de création de onze nouveaux avant-postes, prise par les leaders des activistes juifs, tend à provoquer l'allié américain qui continue pourtant à faire preuve d'une patience exemplaire. Les appels à l'action évoquent le temps du combat contre l'indépendance: «La communauté internationale ne veut pas de nous ici et nous répondons en renforçant notre lien à la terre et en érigeant de nouvelles communautés. Il y a 63 ans, un esprit pionnier est apparu et, en une nuit, 11 nouvelles localités ont été construites dans le Néguev. Ici et maintenant, en établissant de nouvelles communautés en Judée-Samarie, nous allons remettre Israël sur le chemin de l'indépendance, créer une force nationale et se lever contre la pression internationale.».
Le leader spirituel du parti Shass, le rabbin Ovadia Yossef, fustige de son côté les Américains: «il faut dénoncer les exigences américaines et rappeler que les Israéliens ne sont pas les vassaux des Américains qui n'ont pas le droit de réclamer le gel des implantations». L'installation de caravanes en Cisjordanie n'est pas du bon goût des américains, ni des européens, qui menacent le pays d'une révision de leur soutien inconditionnel. Brader l'amitié israélo-américaine pour quelques arpents de terre est de plus en plus condamné, non seulement par la gauche effritée et les centristes divisés, mais par tous ceux qui sont attachés à la préservation de la démocratie et des intérêts économiques communs.
Raser les colonies illégales
Benjamin Netanyahou n'a pas pris de position ferme contre les colons qui ne respectent pas les décisions de l'armée et du gouvernement. Son silence s'explique par ses engagements de campagne. Candidat, il avait déclaré «qu'il aurait à répondre aux besoins de la croissance naturelle de la population des implantations». Mais en fin politique, cette passivité semble être dictée par la stratégie qu'il a mise au point avec son armée. Il s'est engagé auprès des Etats-Unis à faire raser par la troupe, en une journée, la vingtaine de colonies sauvages de Cisjordanie, en échange d'une liberté totale pour étendre les colonies existantes. C'est le seul compromis acceptable qu'il pouvait proposer à sa coalition.
Mais les colons ne sont pas prêts à se laisser surprendre car ils bénéficient, sinon d'une solidarité, au moins d'une indulgence de la part de la population religieuse et nationaliste. Cette attitude va jusqu'à justifier des excès qui vont du simple sabotage, à l'atteinte à la nature et à la destruction des outils de vie et de subsistance. Parce que la police avait reçu l'ordre de forcer l'évacuation de trois postes illégaux, les réfractaires n'ont rien trouvé pour se défendre que de brûler et déraciner des centaines d'oliviers appartenant à des arabes habitant près de Naplouse.
Tsipi Livni, arrivée en tête des élections avec son parti Kadima, avait anticipé ce genre de situation bloquée. Pour cette raison, elle avait refusé de former une équipe incluant les religieux et leurs alliés qui, forts de leur statut de partis charnières, usent de surenchère sans se soucier de l'intérêt général du pays. Leurs exigences ne cadrent pas avec leur poids politique réel, seize députés à peine aux revendications sectorielles pour ne pas dire religieuses. Leur programme politique met l'accent sur l'octroi de fonds publics pour faire vivre leurs écoles talmudiques, sur l'installation dans des zones inhabitées de Cisjordanie de familles immigrées prises en charge financièrement et sur l'aide aux jeunes qui étudient les textes sacrés à longueur de journée, loin de la réalité du pays et du modernisme. Nombreux sont ceux qui trouvent dans ces écoles un refuge pour échapper au service militaire national. Alors, les plus courageux ou les plus dociles sont envoyés par leurs leaders pour construire en quelques heures quelques cabanes dans des zones que ni le gouvernement et ni l'armée n'ont choisies, n'hésitant pas à affronter les forces de l'ordre et, acte inconcevable jusqu'alors, l'armée de conscrits.
Ouverture politique
Netanyahou, prêt à gouverner à tout prix, n'exprime pas les mêmes réserves que Tsipi Livni. Pourtant, s'il a accepté de pactiser avec ces alliés instables qui monnayent leur participation au prix fort et qui quitteront au pied levé la coalition lorsqu'une simple subvention leur sera refusée, le Premier ministre est convaincu que ce gouvernement a une durée de vie limitée. Il ne perd pas en effet l'espoir de faire venir quelques réfractaires de Kadima conduits par l'ancien ministre de la défense Chaoul Mofaz, quitte à modifier à son profit le règlement intérieur de la Knesset. Il craint en effet une guerre civile avec les colons comme elle avait été redoutée en 2005 à l'occasion du désengagement de Gaza. Le gouvernement d'Ariel Sharon avait pris à l'époque des mesures préventives. Cette guerre n'a finalement pas eu lieu, fort heureusement. Mais la Cisjordanie n'est pas Gaza et les activistes sont fermement décidés à ne pas reculer si d'aventure on les obligeait à renoncer à leurs colonies.
Ce risque non exagéré confine Netanyahou dans une position d'hésitation, qui laisse penser que la situation intérieure ne le passionne plus. Ses préoccupations se reportent sur l'Iran. Même le sort de l'économie, qu'il a rétablie en 2002, le laisse indifférent. Alors que la situation économique en Israël inquiète les experts, que les chiffres de la croissance qui flirtaient avec les 6% frôlent le zéro absolu, que l'indice du chômage s'élève de 4% à 10%, que les immigrants réintègrent leur pays d'origine par manque de travail, l'économie est exclue du débat et des projets politiques des partis.
Le poids des colons, soutenus par les religieux en embuscade, mine la situation politique en Israël et hypothèque l'avenir des relations internationales. Le Premier ministre attend donc des Etats-Unis et de l'Europe qu'ils minimisent leurs pressions pour lui laisser le temps de régler le problème crucial des implantations dans le cadre d'une solution pacifique. Mais pour mener à bien sa mission, il a besoin d'un gouvernement fort, non soumis aux diktats des extrêmes, qui ne pourra être conçu qu'avec l'apport des centristes de Tsipi Livni. Chaoul Mofaz semble être désigné pour être le catalyseur de ce regroupement qui, seul, pourra s'opposer à la dérive des acharnés des implantations illégales et des réfractaires à l'évacuation des colonies décidée démocratiquement par le gouvernement.
Jacques Benillouche Slate.fr
par Jacques BENILLOUCHE Slate.fr
mardi 28 juillet 2009
La passivité de Benjamin Netanyahou devant la désobéissance des colons est déconcertante. Il n'est pas de jour sans que de jeunes adolescents, portant kippa et châles religieux, et chauffés à blanc par leurs rabbins, soient envoyés pour installer en toute illégalité des avant-postes en Cisjordanie. Sitôt détruits, ils sont immédiatement reconstruits face à une armée et une police déroutées par tant d'agressivité, qui tentent d'éviter la manière forte. Les jeunes colons narguent ouvertement un gouvernement qui ne peut intervenir sans mettre en danger sa coalition fragile, constituée avec les nationalistes de Lieberman et les orthodoxes du Shass. Et fait nouveau, ils provoquent le seul allié inconditionnel de l'Etat hébreu.
Ces activistes s'en prennent en effet directement aux Etats-Unis. Des centaines de militants d'extrême droite, rassemblés à Jérusalem lundi 27 juillet, ont protesté contre la demande des Etats-Unis de geler la construction en Cisjordanie. Ils se sont dirigés vers le consulat américain aux cris de «Obama, Mitchell, à la maison». Ils étaient accompagnés par de nombreux députés de la majorité qui, par leur présence, cautionnaient cette attaque frontale contre les Etats-Unis.
La décision de création de onze nouveaux avant-postes, prise par les leaders des activistes juifs, tend à provoquer l'allié américain qui continue pourtant à faire preuve d'une patience exemplaire. Les appels à l'action évoquent le temps du combat contre l'indépendance: «La communauté internationale ne veut pas de nous ici et nous répondons en renforçant notre lien à la terre et en érigeant de nouvelles communautés. Il y a 63 ans, un esprit pionnier est apparu et, en une nuit, 11 nouvelles localités ont été construites dans le Néguev. Ici et maintenant, en établissant de nouvelles communautés en Judée-Samarie, nous allons remettre Israël sur le chemin de l'indépendance, créer une force nationale et se lever contre la pression internationale.».
Le leader spirituel du parti Shass, le rabbin Ovadia Yossef, fustige de son côté les Américains: «il faut dénoncer les exigences américaines et rappeler que les Israéliens ne sont pas les vassaux des Américains qui n'ont pas le droit de réclamer le gel des implantations». L'installation de caravanes en Cisjordanie n'est pas du bon goût des américains, ni des européens, qui menacent le pays d'une révision de leur soutien inconditionnel. Brader l'amitié israélo-américaine pour quelques arpents de terre est de plus en plus condamné, non seulement par la gauche effritée et les centristes divisés, mais par tous ceux qui sont attachés à la préservation de la démocratie et des intérêts économiques communs.
Raser les colonies illégales
Benjamin Netanyahou n'a pas pris de position ferme contre les colons qui ne respectent pas les décisions de l'armée et du gouvernement. Son silence s'explique par ses engagements de campagne. Candidat, il avait déclaré «qu'il aurait à répondre aux besoins de la croissance naturelle de la population des implantations». Mais en fin politique, cette passivité semble être dictée par la stratégie qu'il a mise au point avec son armée. Il s'est engagé auprès des Etats-Unis à faire raser par la troupe, en une journée, la vingtaine de colonies sauvages de Cisjordanie, en échange d'une liberté totale pour étendre les colonies existantes. C'est le seul compromis acceptable qu'il pouvait proposer à sa coalition.
Mais les colons ne sont pas prêts à se laisser surprendre car ils bénéficient, sinon d'une solidarité, au moins d'une indulgence de la part de la population religieuse et nationaliste. Cette attitude va jusqu'à justifier des excès qui vont du simple sabotage, à l'atteinte à la nature et à la destruction des outils de vie et de subsistance. Parce que la police avait reçu l'ordre de forcer l'évacuation de trois postes illégaux, les réfractaires n'ont rien trouvé pour se défendre que de brûler et déraciner des centaines d'oliviers appartenant à des arabes habitant près de Naplouse.
Tsipi Livni, arrivée en tête des élections avec son parti Kadima, avait anticipé ce genre de situation bloquée. Pour cette raison, elle avait refusé de former une équipe incluant les religieux et leurs alliés qui, forts de leur statut de partis charnières, usent de surenchère sans se soucier de l'intérêt général du pays. Leurs exigences ne cadrent pas avec leur poids politique réel, seize députés à peine aux revendications sectorielles pour ne pas dire religieuses. Leur programme politique met l'accent sur l'octroi de fonds publics pour faire vivre leurs écoles talmudiques, sur l'installation dans des zones inhabitées de Cisjordanie de familles immigrées prises en charge financièrement et sur l'aide aux jeunes qui étudient les textes sacrés à longueur de journée, loin de la réalité du pays et du modernisme. Nombreux sont ceux qui trouvent dans ces écoles un refuge pour échapper au service militaire national. Alors, les plus courageux ou les plus dociles sont envoyés par leurs leaders pour construire en quelques heures quelques cabanes dans des zones que ni le gouvernement et ni l'armée n'ont choisies, n'hésitant pas à affronter les forces de l'ordre et, acte inconcevable jusqu'alors, l'armée de conscrits.
Ouverture politique
Netanyahou, prêt à gouverner à tout prix, n'exprime pas les mêmes réserves que Tsipi Livni. Pourtant, s'il a accepté de pactiser avec ces alliés instables qui monnayent leur participation au prix fort et qui quitteront au pied levé la coalition lorsqu'une simple subvention leur sera refusée, le Premier ministre est convaincu que ce gouvernement a une durée de vie limitée. Il ne perd pas en effet l'espoir de faire venir quelques réfractaires de Kadima conduits par l'ancien ministre de la défense Chaoul Mofaz, quitte à modifier à son profit le règlement intérieur de la Knesset. Il craint en effet une guerre civile avec les colons comme elle avait été redoutée en 2005 à l'occasion du désengagement de Gaza. Le gouvernement d'Ariel Sharon avait pris à l'époque des mesures préventives. Cette guerre n'a finalement pas eu lieu, fort heureusement. Mais la Cisjordanie n'est pas Gaza et les activistes sont fermement décidés à ne pas reculer si d'aventure on les obligeait à renoncer à leurs colonies.
Ce risque non exagéré confine Netanyahou dans une position d'hésitation, qui laisse penser que la situation intérieure ne le passionne plus. Ses préoccupations se reportent sur l'Iran. Même le sort de l'économie, qu'il a rétablie en 2002, le laisse indifférent. Alors que la situation économique en Israël inquiète les experts, que les chiffres de la croissance qui flirtaient avec les 6% frôlent le zéro absolu, que l'indice du chômage s'élève de 4% à 10%, que les immigrants réintègrent leur pays d'origine par manque de travail, l'économie est exclue du débat et des projets politiques des partis.
Le poids des colons, soutenus par les religieux en embuscade, mine la situation politique en Israël et hypothèque l'avenir des relations internationales. Le Premier ministre attend donc des Etats-Unis et de l'Europe qu'ils minimisent leurs pressions pour lui laisser le temps de régler le problème crucial des implantations dans le cadre d'une solution pacifique. Mais pour mener à bien sa mission, il a besoin d'un gouvernement fort, non soumis aux diktats des extrêmes, qui ne pourra être conçu qu'avec l'apport des centristes de Tsipi Livni. Chaoul Mofaz semble être désigné pour être le catalyseur de ce regroupement qui, seul, pourra s'opposer à la dérive des acharnés des implantations illégales et des réfractaires à l'évacuation des colonies décidée démocratiquement par le gouvernement.
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